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La production non marchande a-t-elle de la valeur ?

23 Jan

 

nice peopleL’hôpital avant la télé-réalité ?

Le numéro de juin 2003 d’Alternatives Economiques, sous la plume de Denis Clerc s’est intéressé à la réforme du RMI et plus particulièrement à la création du Revenu Minimum d’Activité qui permettrait d’aider des emplois non seulement dans le secteur non marchand – comme c’était le cas pour les contrats emploi-solidarité – mais aussi dans le secteur marchand. Là dessus il précise vite pour ceux qui auraient pu le croire « qu’il ne s’agit pas pour autant d’affirmer, comme le font les libéraux, que ce seront donc de «vrais » emplois, alors que les CES seraient de « faux » emplois : comme si les besoins qui poussent les gens à aller à l’hôpital public ou dans une association de lutte contre les violences conjugales étaient moins importants et fondamentaux que ceux qui les poussent à aller acheter des grilles de PMU ou à s’abonner à la diffusion en continu de Nice People ! (émission de télé-réalité) »

On peut synthétiser cette indignation par une profession de foi : « Il est faux de considérer que les emplois publics seraient inutiles, en réalité on peut estimer que les besoins satisfaits par l’hospitalisation publique sont plus importants que ceux liés à l’abonnement à une chaîne de diffusion en continu de Nice People. »

L’utilité, une notion subjective et quantifiable

À cela un de mes élèves répond : « L’auteur de l’article juge en fonction de ce qu’il considère lui comme utile, il considère que ses besoins à lui doivent être les besoins de tous, c’est un dictateur et je ne permettrai jamais plus à personne de juger de ce que je trouve utile ». Ca c’est le cri du cœur, mais il a bien compris que les besoins sont subjectifs et l’utilité que nous ressentons à utiliser ce qui satisfait nos besoin est donc tout aussi subjective. En conséquence dire que ceci est plus utile que cela correspond à une analyse de ses besoins personnels, analyse pas forcément transposable au reste de l’humanité, même si l’on peut supposer qu’elle le soit dans le cas cité.

Mais la critique étudiante est poussée plus loin : « En plus le problème est très mal posé, si j’étais gravement malade je préfèrerais consacrer mon budget à me soigner plutôt qu’à regarder Nice People, je pense que ce serait pareil pour tout le monde. Mais alors dans ce cas on verrait facilement ce qui est considéré comme le plus utile au niveau d’un ensemble de personnes tout ça grâce au système des prix.  » . Bien raisonné, le système des prix permet de confronter des besoins différents lors d’un échange, effectivement lorsque le besoin que nous ressentons pour un bien ou un service est supérieur à son prix, nous choisissons de l’acquérir. Mais pour l’acquérir faut il encore que quelqu’un nous le propose et pour que ceci arrive, il faut que le prix obtenu de ce bien ou service soit supérieur à l’utilité ressentie pour ce bien par son offreur. Le prix se fixe donc à un niveau médian entre des besoins subjectifs tous différents.

Qu’elle est l’utilité de la production non marchandes ?

Mais mon élève continue sa démonstration : « Le problème des services publics c’est qu’ils sont décidés en dehors des besoins véritablement exprimés par la population mais en fonction des intérêts de groupes organisés qui n’en sont pas forcément consommateurs. En fait les services non marchands sont ressentis comme gratuits puisque ceux qui en paient le prix n’ont pas le choix de ne pas payer. Ces services non marchands pourront être consommés sans limitation sauf contrôle administratif ou files d’attente, ils seront donc proposés et créeront des emplois publics toujours plus nombreux, maintenant ce qu’on sait seulement est que leur utilité est supérieure à 0, mais quand on sait ce que ça nous coûte en impôts et taxes, je dirais que globalement c’est désutile. Enfin pour moi. »

La vrai question est donc la suivante : comment juger de l’utilité en dehors d’un marché libre ? Et partant comment déterminer la valeur créé par la production non marchande ?

C’est bien la le problème, quelle est la valeur c’est-à-dire la satisfaction issue de la prestation d’un service non marchand ?

gaspipublicÀ cette question bien malin qui répondra. C’est encore dans le magazine « Alternatives Economiques » que Jacques Généreux pose ainsi le problème : « Un gouvernement à la recherche d’un État plus efficace se demanderait si chaque euro dépensé peut, ou non, être plus utilement affecté à un autre emploi public. » Ici il n’est pas question de dépenser moins mais à la rigueur de dépenser autrement, certaines dépenses publiques peuvent donc être moins utiles que d’autres ? D’accord avec le syndicaliste lambda je dirais que cela n’a aucun sens, alors que ce dernier dirait que ce qui est utile c’est ce pourquoi il est payé, j’avancerais qu’il est impossible de mesurer l’utilité d’une dépense publique dans la mesure où l’utilité ne se révèle que par des choix individuels réalisés par ceux qui paient le prix desdits choix. A coût égal l’employé de la voirie est-il plus utile que celui de la piscine municipale ?

La production non marchande augmente-t-elle artificiellement le PIB ?

Les services non marchands peuvent être utilisés aussi longtemps que leur utilité est supérieure au coût d’opportunité de leur consommation auquel on peut ajouter la participation éventuellement demandée pour en jouir. Il en découle évidemment une surconsommation qui d’apparence légitime le rôle desdits services. Cependant un service non marchand s’il se révèle correspondre véritablement à des besoins fondamentaux et pas forcément vitaux d’ailleurs, n’a plus besoin de rester service non marchand. Les acteurs de ce service trouveront alors la juste rémunération de leur utilité à travers un prix de marché qui éteindra toute pénurie ou surproduction.

Questions :

Chaque euro dépensé par l’Etat ne serait pas plus utilement rendu aux entreprises et aux contribuables pour qu’ils en fassent l’usage de leur choix. »
Si oui, cela permettrait-il alors d’augmenter le Produit Intérieur ?

Non
Considérer que la production non marchande augmente de façon artificielle le PIB revient-il à remettre en cause l’action de l’Etat dans la société ?
Non, les fonctions régaliennes de l’Etat, la notion de biens publics et d’externalités mis en avant pour justifier le rôle actuel de l’Etat sont un autre problème, que ces fonctions soient légitimes ou non leur prestation par l’Etat ne créé pas une valeur estimable par un indicateur de croissance.
Pourrait-on trouver un moyen d’estimer la valeur relative des services non marchands ?
On pourrait tenter de déterminer la valeur de telle ou telle production non marchande, mais on se heurte à la non-révalation volontaire des choix individuels (cavalier libre) et au paradoxe d’Arrow.
L’augmentation du PIB traduit-il un augmentation du pouvoir d’achat ?
L’augmentation du poids des services non marchands se traduit par des prélèvements obligatoires plus importants. Dans un pays comme la France où la moitié des richesses sont prélevées par l’Etat, la croissance du PIB reflète en partie la croissance des fonctions de l’Etat dans l’économie, ce qui ne coïncide pas nécessairement avec une augmentation du pouvoir d’achat.

Un agrégat de la création de richesses ne peut qu’additionner des valeurs créées

L’économiste Murray Rothbard tient compte du problème de comptabilisation de la production non marchande dans le PIB.

Afin de déterminer un agrégat additionnant vraiment les valeurs créées, il définit deux agrégats :

    La Produit National Privé (PNP) défini comme le Produit National Brut (PNB) dont l’on retire les production issue de l’Etat et des entreprises publiques. Mais dans la mesure où les entreprises publiques vendent leur production sur un marché, il semble plus judicieux de ne déduire que la part subventionnée de leur production.

    Le Produit Privé restant aux Producteurs (PPP) est calculé en déduisant du PNB les revenus de transfert ainsi que les dépenses publiques. Effectivement ces postes sont déduits car ils sont versés aux non-producteurs, ils représentent une ponction sur les richesses créées. Mais là encore on pourrait considérer que déduire les revenus de transferts et les dépenses de l’Etat revient, en partie, à déduire deux fois la même chose. A cela Rothbard répond par un exemple. Supposons une économie simplifiée dans laquelle les agriculteurs produisent 1 000 boisseaux de blé, l’Etat en prélèvera 200 sous forme de taxes afin de subventionner des productions non marchandes. Le PNB serait alors de 1 200 boisseaux de blé, le PNP de 1 000 boisseaux et le PPP de 800 boisseaux. 800 boisseaux seulement car il s’agit de ce qui resterait entre les mains des producteurs après impôts.

leclercL’utilisation de ces nouveaux agrégats concernant l’économie américaine (une économie dans laquelle l’intervention de l’Etat est bien moindre qu’en France) nous montre qu’alors que le PNB a crû au rythme moyen de 3,5 % par an entre 1947 et 1983, le PNP n’a augmenté que de 2,4 % par an. Cet écart se creuse lorsque l’on considère la période 1973-1983, en effet la hausse du PNB est de 2,8 % contre seulement 1 % pour le PNP, on constate même que sur la période 1978-1983 le PNB continue à augmenter alors que le PNP baisse de 0,4 % par an. Si l’on transpose à la situation française, on se rend compte que les écarts sont encore plus importants attendu la place prépondérante prise par l’Etat dans l’économie, ceci expliquerait que la faible augmentation du PNB s’accompagne d’une baisse du pouvoir d’achat de la population puisque la valeur ajoutée créé par le secteur marchand n’augmente plus… (voir la publicité d’Edouard Leclerc)

En effet le meilleur indicateur de l’augmentation du niveau de vie serait alors le PPP que l’on divise par le nombre de producteurs marchands, ce qui implique que l’on ne tienne pas compte des producteurs non marchands tels que les fonctionnaires. Des travaux statistiques montrent qu’à partir de 1966 l’augmentation du PPP par producteur aux Etats-Unis n’augmente plus, qu’il stagne voire régresse puisqu’il est le même en 1964 et en 1983.

Mais la principale critique à faire aux indicateurs de Murray Rothbard est le refus de prendre en considération la valeur générée par la production non marchande. Les fonctions régaliennes de l’Etat : armée, justice et police ont une utilité, il est très difficile d’estimer leur valeur mais celle-ci ne peut être rendue égale à zéro. La non-excluabilité de ces services non-marchands en ferait des biens collectifs, c’est-à-dire des biens pour lesquels les bénéficiaires ne révèlent pas spontanément la valeur qu’ils leur attribuent puisqu’ils espèrent en bénéficier en laissant les autres payer ces services à leur place, on parle là de cavaliers libres.

 Même en supposant le caractère de biens collectifs de certains services non-marchands, leur inclusion dans le PNB pose véritablement problème dans la mesure où ces services procurent rarement une utilité directe à leurs usagers, il s’agit en effet le plus souvent de consommations intermédiaires ce qui est évident pour la défense. Or le PNB est défini comme la somme des valeurs ajoutés, il exclut donc les consommations intermédiaires. En conséquence, exclure les services non marchands du PNB ne revient pas à leur dénier toute utilité, il s’agit seulement d’une rigueur comptable.

D’un autre côté, nombreux sont ceux qui jugent certains services non marchands inutiles même s’ils ne s’accordent pas sur ceux qui le seraient. Lipset et Schneider citent un sondage auprès des contribuables révélant que ceux-ci considèrent que 48 % des prélèvements obligatoires auxquels ils sont soumis sont gaspillés (1). David Boaz a estimé qu’une part des dépenses publiques ne servent à personne sauf aux intérêts particuliers qui ont fait pression pour en bénéficier directement (2). La Commission Grace s’est penchée sur l’efficacité des dépenses publiques et leur intérêt, elle a déduit de son enquête que le tiers des dépenses était « dilapidée en gaspillages » (3).

D’après Robert BATEMARCO, Review of Austrian Economics

Questions : 

1. Expliquez en quoi la production non marchande peut être en grande partie assimilée à des consommations intermédiaires, indiquez-en des exemples.

2. Comment le PNB par habitant peut-il croître alors que le pouvoir d’achat des ménages stagne ?

3. Rappeler ce que sont les biens collectifs, les cavaliers libres, les dépenses publiques sont-elles à classer dans les financement des biens collectifs ?

4. Pourquoi utilisera-t-on de préférence le PNP au PNB en tant qu’indicateur de croissance économique ?

(1) Lipset et Schneider, The Confidence Gap (New York, Free Press, 1983).

(2) David Boaz, How to Really Cut the Budget, Inquiry, 12 avril 1982.

(3) Peter Grace, War on Waste : President’s Private Sector Survey on Cost Control (New York : Macmillan, 1984).

Mesurer la production

22 Jan

I. Le choix de l’unité de mesure

  • A. L’unité monétaire
Les pièces seraient plus belles s'il n'y avait pas les symbole de l'Etat dessus.

Les pièces seraient plus belles s’il n’y avait pas les symbole de l’Etat dessus.

Les richesses produites dans une société sont de natures diverses, il s’agit de bijoux précieux, de téléviseurs, de conseils en marketing,  de concerts rock payants, de fruits et de légumes, etc …

Comment additionner ces richesses si dissemblables, autrement dit comment comptabiliser l’ensemble des richesses produites, comment bâtir cet agrégat qui mesurerait de façon certaine la production des richesses dans un pays lors d’une année civile ?

On ne peut pas additionner des téléviseurs et des tomates mais, en se creusant un peu les méninges on peut trouver un point commun à toutes ces marchandises : elles sont vendues sur un marché donc possèdent tous un prix de vente qui dépendra de leur offre et de leur demande. Ce prix de vente est défini dans l’unité monétaire du pays.

  • B. Mais les unités monétaires peuvent perdre de leur valeur

On évaluera donc la production en valeur, c’est-à-dire en fonction des prix du marché dans la monnaie du pays. Que ce soit en dollars, en euros ou en yens il est facile d’additionner la valeur de la production vendue.

Mais si une monnaie n’est pas stable, qu’elle perd de sa valeur par exemple, cette monnaie ne sera plus un bon outil de mesure de la production.

Par exemple si la valeur de la production double, mais qu’en même temps ce sont les prix qui ont doublé alors Est-ce que l’on a vraiment produit davantage ? La réponse est évidemment non.

Dans ce cas comment mesurer l’évolution des richesses produites dans le temps ?

La réponse est ici :  Mesurer en valeur et en volume 

II. Production marchande et non marchande

  • A. Évaluer la production marchande

La production de biens et services marchands se mesure facilement puisqu’elle est vendue sur le marché, elle pourra donc logiquement être évaluée par son prix de vente qui révèle la valeur accordée à cette production.

  • B. Évaluer la production non marchande

Par contre la production non marchande ne peut se mesurer de la même façon. En effet elle consiste en des services non-marchands financés principalement par les prélèvements obligatoires et fournis « gratuitement » (en réalité payés aux prix fort par les contribuables) ou à moins de 50 % de leur coût de revient aux usagers.

La production non-marchande ne peut donc être évaluée sur un marché.

spockFace à cette difficulté qui empêche de déterminer la valeur de la production non marchande, les statisticiens ont donc décidé de comptabiliser cette production en fixant sa valeur à hauteur de la somme des coûts de production supportés par les administrations pour les produire.

La valeur finale de la production non marchande est donc estimée à son coût total de production, lequel recouvre notamment les consommations intermédiaires, la rémunération du personnel, la consommation de capital fixe et les impôts liés à la production.

Donc plus les fonctionnaires coûtent chers aux contribuables, plus la valeur estimée de leur production grandit, c’est plutôt bizarre non ?

III. Calculer le PIB

  • A. Le PIB additionne des valeurs 

L’agrégat que la comptabilité nationale a choisi pour déterminer la valeur de l’ensemble des biens et services produits par un pays sur une période donnée est le Produit Intérieur Brut.

La valeur de la production retenue est celle de la production vendue (biens et services marchands) ou fournie en partie ou intégralement aux frais du contribuable (services non-marchands), ainsi les statisticiens de l’INSEE calculent le PIB en effectuant l’addition de la production marchande et la production non-marchande.

  • B. Comment additionner des valeurs correctement ?

Mais attention, en additionnant toutes les productions on peut compter un même produit plusieurs fois puisque certains biens et services sont achetés par des producteurs pour être incorporés dans les produits qu’ils fabriquent. C’est pour cela que l’on ne comptabilise que les biens et services finaux.

Ainsi dans un pays où l’on produit pour 10 millions d’euros de pneus, 25 millions d’équipements automobiles, où l’on construit et vend pour 68 millions d’euros d’automobiles, peut-on dire que le PIB est de 10 millions + 25 millions +  68 millions ?

Pour répondre à cette question il faut se demander si les pneus et les équipements sont vendus à des consommateurs finaux ou aux fabricants d’automobiles qui les utilisent comme consommations intermédiaires pour les transformer en des produits finis.

En supposant que l’intégralité des pneus et équipements sont achetés pour se transformer en automobiles alors on  ne peut additionner ces productions, eh oui pov’ pomme,  si l’on compte par exemple la production de pneus et d’automobiles on comptera deux fois les pneus puisque évidemment chaque automobile vendue comprendra aussi ses roues.

En conséquence le PIB de ce pays spécialisé dans les automobiles ne consistera qu’en la production du seul produit final, il sera donc de 68 millions d’euros.

  • C. La valeur ajoutée, y a que cela de vrai !

Bien sûr en réalité certains pneus et équipements seront vendus au détail et ceux-ci devront s’ajouter à la production finale. Donc pour calculer le PIB il faudra déterminer la valeur ajoutée du producteur  c’est-à-dire déduire de la valeur de sa production au prix du marché, toutes les consommations intermédiaires. Ainsi  la valeur ajoutée représente la contribution productive propre d’une entreprise.

Valeur ajoutée = Valeur des biens et des service produits – Valeur des consommations intermédiaires

Notons que les consommations intermédiaires comprennent les matières premières, l’énergie, les produits semi-finis, les services marchands mais pas le capital fixe.

Pour aller plus loin 

On se rend compte qu’il est difficile de calculer la valeur ajoutée pour le secteur non-marchand, les statisticiens de l’INSEE conviennent donc que leur  valeur ajoutée sera égale à  : rémunérations des salariés + consommation de capital fixe (amortissements) + impôts liés à la production.

On distingue la valeur ajoutée au prix du marché comprenant les taxes, les impôts indirects (TVA …), éléments qui ne sont pas une contribution de l’entreprise à la satisfaction du consommateur, et la valeur ajoutée au coût des facteurs, qui élimine les impôts (valeur ajoutée hors taxe).

VA au coût des facteurs = VA au prix du marché – taxes et impôts

Une partie de la valeur créée est destinée à remplacer du matériel usé (amortissement ou investissement de remplacement), elle constitue une consommation de capital fixe (les machines, équipements, bâtiments sont appelés capital fixe), c’est pourquoi on parle de valeur ajoutée brute. Pour passer à la valeur ajoutée nette il suffit de déduire la consommation de capital fixe.

Le PIB est donc défini comme la somme des valeurs ajoutées hors taxe réalisées par les unités institutionnelles résidant en France à laquelle on ajoute la TVA grevant les produits et les droits de douane. Ce produit intérieur brut valait en 2014 en France : 2060 milliards d’euros.

    D. PIB, PNB, PIN

Une fois la production déterminée, un nouveau choix est à réaliser pour présenter la production réalisée.

Le Produit Intérieur Brut ne mesure que la valeur de la production réalisée en France sur le territoire métropolitain. Cela signifie que quelle que soit la nationalité de l’entreprise qui produit en France elle contribuera à former le PIB, par contre une entreprise française implantée en Italie ou aux États-Unis ne verra pas sa production apparaître dans le PIB français.

Si l’on choisit d’utiliser à la place du PIB le PNB (Produit National Brut), il en ira tout autrement. En effet le PNB prend pour critère l’appartenance nationale ; on estimera ce qui est produit par les entreprises françaises sur le territoire national mais aussi à l’étranger. Par contre, l’activité de entreprises étrangères sur le sol national ne sera pas prise en compte.

Pour perfectionner l’agrégat de mesure des richesses créées en une année, on peut vouloir aussi tenir compte de  la dépréciation des machines et des bâtiments au cours de la production. L’usure du capital fixe, son amortissement, pourra donc être déduite du PIB pour obtenir le Produit Intérieur Net.

PIN = PIB – Consommation de capital fixe

Le circuit économique complet

30 Nov

PRÉCÉDENT

Définition : Au sens usuel, un circuit désigne un certain ensemble de chemin à parcourir, définissant une circulation entre des pôles définis. Le premier modèle complet de circuit économique sera définit au dix-huitième siècle par le docteur Quesnay par analogie avec la circulation sanguine.

I. Les intervenants de la vie économique

                   A. Les secteurs institutionnels

La comptabilité nationale compte 6 secteurs institutionnels définis à partir de leur fonction principale et de leur ressource principale :

les ménages dont les entreprises individuelles, ils consomment des biens et des services, leurs revenus proviennent de leur activité, de leur patrimoine ou de prestations sociales ;

les sociétés non financières, elles produisent des biens et des services marchands et investissent, leurs ressources sont issues de la vente de leur production ;

les sociétés financières dont les entreprises d’assurance collectent l’épargne et la recyclent sous forme de prêts ou de placements financiers, leurs revenus sont tirés de leurs services marchands financiers ;

les administrations publiques produisent des services non marchands et redistribuent des revenus, leurs ressources sont issues des prélèvements obligatoires ;

les institutions sans but lucratif au service des ménages (ISBLSM) produisent des biens et services non-marchands ou à but non lucratif, leurs ressources sont des adhésions, des dons ou des contributions volontaires en nature versées par les ménages et/ou des subventions issues des administrations publiques ;

le reste du monde, ce qui correspond à tous les secteurs institutionnels situés hors du territoire national.

Classer ces différents intervenants selon les secteurs institutionnels :

Le boulanger d’en bas de chez moi. Peugeot SA La SNCF La mairie de Lyon L’Olympique de Marseille L’UMP La Société Générale Les AGF Les voisins La piscine municipale General Motors.

                  B. Marchand ou non-marchand ?

ayelAttention, pour bien distinguer les secteurs institutionnels, il faut savoir différencier la production marchande de la production non-marchande.

La production marchande, par exemple celle des bouteilles de limonade est assurée par les entreprises et payée par les demandeurs au prix du marché, alors que la production non-marchande concerne des services collectifs non payants ou vendus au-dessous de la moitié de leur coût de production (cas d’une médiathèque municipale, des services du planning familial, l’entrée n’est pas payante, les conseils et pilules y sont donnés à qui les réclame) et pour lesquels les contribuables doivent payer qu’ils les consomment ou non.

On appelle le consommateur d’un produit marchand un client, celui d’un produit non marchand est un usager.

Attention : ne pas dire que la production non marchande est gratuite, si tel était le cas les fonctionnaires seraient des bénévoles. Or c’est loin d’être le cas, ce sont donc les contribuables qui paient pour des productions dont ils n’ont pas nécessairement l’usage.

On pourrait considérer les EI (entreprises individuelles) comme des entreprises, mais en fait les entreprises non financières sont des sociétés, ce qui implique un contrat de société entre plusieurs personnes (sauf EURL), l’entrepreneur individuel étant seul on le classe parmi les ménages.

Le secteur reste du monde (RDM) regroupe des agents dont les activités sont différentes.

II. Les opérations et les flux économiques

Les revenus distribués rémunèrent les facteurs de production apportés par les ménages, que ce soit le travail, le capital, la terre.

                   A. Flux réel et monétaire

Une fois repérés les agents il faut prendre en compte le caractère double du circuit. Chaque échange comporte un flux réel et sa contrepartie sous forme de flux monétaire. Ceci est évident car les économies contemporaines ne sont pas basées sur le troc donc une prestation de service ou de biens suppose un paiement monétaire.

Ainsi dans le cadre spécifique du circuit économique l’échange de biens et de services est doublé d’un échange de monnaie.

Les flux réels sont exprimées dans des unités physiques différentes alors que les flux monétaires sont exprimés dans la même unité monétaire, on estimera donc les biens économiques par les flux monétaires, ce qui est plus simple.

                  B. Le circuit simplifié

Dans un circuit simplifié à deux types d’agents on suppose la présence des ménages et des sociétés non financières.

Les ménages consomment la totalité de leurs revenus (revenus « ressources » = consommation « emplois ») et les entreprises versent la totalité de leur production sous forme de revenus (production = revenus). Il n’y a donc pas d’épargne donc pas d’argent à emprunter pour réaliser des investissements donc économie stationnaire : production « ressources » = consommation « emplois »). Toute la production est consommée.

Économie dynamique : nous rajoutons les sociétés financières et le marché des capitaux, nous supposons que seuls les ménages épargnent.

Ici toute la production n’est pas donc pas consommée, l’épargne peut être investie et permettre la création de nouvelles richesses par les entreprises.

                   C. Les opérations dans le circuit

Le circuit économique met en évidence les opérations principales qui sont :

la production de biens et services ce qui inclut aussi l’utilisation de la production et son origine (consommation, investissement,…).

la répartition de revenus dont les revenus primaires issus de la rémunération des facteurs de production (travail par salaire, capital par intérêts ou dividendes, terres par fermages, loyers) et les revenus disponibles après que l’on rajoute aux revenus primaires les revenus de transferts (allocations sociales principalement) et que l’on en retire impôts, taxes et cotisations sociales.

les opérations financières relatives aux dettes et aux créances.

III.  L’équilibre « ressources-emplois »

Une fois repérée et mesurée, la production est distribuée. La comptabilité nationale décrit donc les opérations sur les biens et services. Lorsque ces opérations font intervenir le reste du monde on parle d’importations et d’exportations. Pour chaque produit, le total des emplois (c’est-à-dire des utilisations qui sont faites des biens et services) est forcément égal au total des ressources (c’est-à-dire des biens et services qui sont mis à la disposition des utilisateurs intérieurs ou extérieurs).

Exercice d’application