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Ces richesses qui échappaient au PIB !

28 Avr

Quitte à utiliser un agrégat des richesses produites autant en trouver un qui nous permette de mesurer vraiment la richesse créée sur le territoire d’un pays, afin qu’il puisse nous renseigner sur l’évolution du niveau de vie et que nous puissions effectuer des comparaison de richesse entre pays par l’utilisation du ratio PIB par habitant.

Malheureusement le PIB a quelques faiblesses dues à ce qu’il ne recense pas à tort ou à raison et à ce qu’il recense abusivement ou non.

En réalité le problème du PIB c’est qu’il est un indicateur dont l’évaluation est issue d’informations statistiques déclarés er enregistrés par la comptabilité nationale, mais également traités par les services fiscaux. Or les créateurs de richesses font quelquefois des cachoteries au fisc.

I. Jusqu’à présent, on ne comptabilisait pas :

A. La production informelle

1. Les aspects de la production informelle

Le bouilleur de cru clandestin fabrique de l'alcool sans le déclarer au fisc. Il est à la fois dans la production domestique et dans l'économie informelle

Le bouilleur de cru clandestin fabrique de l’alcool sans le déclarer au fisc. Il est à la fois dans la production domestique et dans l’économie informelle

La production informelle c’est le dépanneur de télévision qui fournit son service de réparation et se fait payer en liquide ; le restaurateur qui minimise le nombre de repas servis ; une amie qui fabrique des bijoux artisanaux et les vend par le bouche à oreille sans avertir les services fiscaux de ce que lui rapporte son commerce, toutes ces activités sont  clandestines et non déclarées.

Mais la production informelles ce sont aussi des activités illégales par nature, comme l’ami d’un ami qui copie des logiciels et en écoule des versions pirates ; le dealer qui vend de la drogue ; le fabriquant de produits textiles qui propose des griffes en contrefaçon.

À noter que les activités clandestines et activités illégales sont pénalement répréhensibles et que les activités illégales sont, par définition, toujours clandestines. Eh oui, imaginez un peu ce qui va arriver aux fabricants de faux sacs Vitton qui s’empresse de déclarer aux impôts qu’il a un chiffre d’affaires de 100 000 euros de sacs en contrefaçon.

Pourtant, indépendamment du jugement moral que l’on peut porter sur les activités informelles, celles-ci correspondent à des besoins donc possèdent une valeur aux yeux de ceux qui les consomment. À ce titre elles font partie des richesses produites même s’ils ne sont pas recensables.

Ainsi un impôt 0 pour celle qui fabrique des bijoux à domicile aboutirait au recensement de son activité et à une hausse du PIB, on remarque d’ailleurs que les mesures favorisant le statut d’auto-entrepreneur favorise la déclaration de richesses créées, mais que les allègements fiscaux disparaissent et c’est la production informelle qui augmente.

2. Effets de la production informelle sur le PIB

La production informelle issue des activités non déclarées et illégales, on parle aussi d’économie souterraine, n’apparaît pas dans la création de richesse du pays. Cela conduit à sous-estimer la production de certains pays ou de certaines régions comme par exemple celle du sud de l’Italie ou encore la Grèce, considérant les oublis de déclaration de richesses qui ont battu des records dans ce pays.

En fait la déclaration d’une partie de la production réalisée a tout simplement été omise afin de limiter les impôts et taxes à payer et cela se vérifie dans les faits. Ainsi le PIB de la Russie a remonté avec l’instauration d’une taxation plus simple et moins écrasante, ce n’est pas dû au fait que la production ait explosé du jour au lendemain, mais au fait que la production non déclarée ait baissé.

B. La production domestique

Comme nous l’avons vu, le prix de marché sert à estimer la valeur de la production. De même qu’il est difficile d’estimer la valeur de la production non-marchande, il ne sera pas facile non plus d’estimer la valeur de la production produite et consommée par le producteur que l’on appelle aussi production domestique. Bien que cette production soit la plupart du temps le fait des ménages, donc de personnes privées à la différence d’une production non-marchande, elle ne sera pas non plus cédée sur un marché.

Il en va ainsi des carottes cultivées dans le jardin pour être mangées par le cultivateur du dimanche et sa famille, sa production comptera pour rien dans le PIB alors que s’il avait acheté ses carottes au marché, la valeur ajoutée du  maraîcher qui les lui aurait vendu serait tombée dans les chiffres de la production intérieure.

Anormal peut-être, puisque l’autoconsommation de carottes n’enlève rien au fait que ces carottes aient été produites.

Mais l’exemple le plus amusant des effets de la production privée non vendue sur le PIB concerne le mariage d’un particulier avec sa domestique. Avant le mariage, la domestique dûment déclarée aux services sociaux et fiscaux, participe à l’accroissement du PIB par sa prestation de service marchand, après le mariage c’en est fini car les tâches ménagères ne feront plus l’objet de prestations marchandes. Évidemment il est aussi toujours possible que l’ex-domestique force son nouveau mari à faire la vaisselle, mais cela ne nous regarde pas.

Cependant ces cas de production privée non rémunérée sont marginaux dans les pays développés et leur recensement pose problème à moins d’obliger chacun à déclarer ce qu’il cultive ou de vérifier si l’ancienne bonne fait toujours le ménage.

Pour les pays en développement par contre la production domestique est importante. La production de l’agriculture vivrière n’est pas recensée alors qu’elle assure le moyen de subsistance d’une partie encore importante de la population.

C. Le bénévolat

La production non rémunérée ne peut être recensée dans le PIB. Le travail bénévole, qui, hors association, est souvent suspecté d’être du travail au noir, ne compte donc pas pourtant il génère bien une valeur mais elle est difficile à estimer.

II. Mais maintenant on compte aussi :

Le problème étant que les statistique doivent être harmonisées au seins de l’Union Européenne. Or en Europe ce qui est illégal dans un pays ne l’est pas forcément dans l’autre.

A. La production informelle

Pour l’institut statistique européen Eurostat, il convient donc de comptabiliser dans chaque pays de l’Union européenne les activités de prostitution et le commerce de la drogue dans le calcul du PIB. Eurostat impose en effet que toutes les transactions commerciales librement consenties, légales ou non, soient comptabilisées dans le PIB.

Ainsi le PIB de l’Espagne a, d’un coup de baguette statistique, augmenté de 9 % pour l’année 2010 avec la prise en compte de ces activités.

L’INSEE pour la France a refusé d’appliquer cette nouvelle comptabilisation en considérant que de telles activtés ne sont pas librement consenties, reconnaissant que certes la prostitution est partiellement comptabilisée car les prostituées sont censées déclarer leur revenu, mais qu’il n’est pas question d’intégrer le proxénétisme ou le trafic de drogue.

B. La production domestique

jardinIl était convenu que toute production aux fins de satisfaire ses propres besoins sans passer par le marché ne pouvait figurer dans le PIB faute de pouvoir estimer un montant facturé : on ne peut se facturer à soi-même.

Cependant les statisticiens de l’INSEE pratiquent des exceptions puisqu’ils comptabilisent tout de même une production non vendue et autoconsommée : celle des jardins ouvriers.

Dans la même logique mais avec un raisonnement un peu tordu l’INSEE nous considère tous comme des locataires réels ou fictifs. Il est évidemment normal  que les services d’hébergement soient comptabilisés, ainsi un propriétaire louant son appartement est un prestataire de service marchand. Mais le fait pour un propriétaire d’habiter son propre logement correspond à une prestation de service qu’il se fait à lui-même, le PIB enregistrera donc pour chaque propriétaire résidant chez lui un loyer fictif correspondant à ce qu’il aurait perçu en tant que bailleur. Tu aurais loué l’appartementque tu occupes 600 euros par mois si tu étais locataire, mais tu es propriétaire  ? Alors on va rajouter la somme au PIB !

On peut conclure de tout cela que le PIB n’est pas le meilleur des indicateurs pour  exprimer le bien-être dans une société, tout cela parce qu’il a subi de multiples transformation de son mode de calcul.

Il pourrait d’ailleurs en subir bien d’autres, puisque certains  veulent exclure du PIB la valeur ajoutée généré par des produits polluants. C’est là un argument souvent développé par les partisans de la croissance 0 et du développement durable, nous aurons l’occasion d’en reparler dans le chapitre consacré aux relations entre l’économie et l’environnement.

Mais nous ne pouvons que constater que la réponse aux défis écologiques passe par le développement économique et le progrès technologique. Ainsi si la croissance du PIB s’accompagne de pollutions, elle créé également un marché pour la dépollution qui à son tour vient alimenter le PIB.

Ce qui pourrait le mieux traduite les richesses créées c’est la valeur ajoutée marchande. Ceci précisé le PIB reste tout de même le « moins pire » des indicateurs.

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