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Dette grecque : les clés de la crise

17 Oct

Depuis les années 90 l’État grec emprunte massivement et les gouvernements successifs dépensent l’argent emprunté pour nourrir leur clientélisme en soignant tout particulièrement leurs fonctionnaires. Il y a beaucoup de chômeurs dans une économie qui produit peu ? Qu’à cela ne tienne, l’État embauche des centaines de milliers de fonctionnaires et les paie grassement, le quart de la population active travaille directement pour l’État .

Il n’y a pas forcément beaucoup à faire pour tous, mais il faut faire comme si avec des primes pour récompenser ceux qui arrivent à l’heure au travail ou encore ceux qui savent utiliser un ordinateur. Quant aux agents de l’État qui travaillent en plein air exposés aux rigueurs de l’hiver, ils  perçoivent aussi une prime en compensation. Tous les fonctionnaires peuvent prétendre à un treizième mois, et même un quatorzième mois.

L’État grec ce sont aussi des emplois dans des entreprises publiques, des dettes pour ne pas produire grand-chose sinon des services gratuits qui font plaisir. Une entreprise ne fait théoriquement pas dans les services non marchands, sauf peut-être en Grèce où la compagnie aérienne publique distribue des vols gratuits avant les élections.

Les entreprises publiques participent largement à l’endettement de l’État, comme l’avait précisé Stefanos Manos, ministre grec des finances en 1992 : « cela reviendrait moins cher à la compagnie ferroviaire nationale de payer le taxi à tous ses passagers plutôt que de continuer à exploiter ses lignes ». Hé oui, les entreprises publiques sont au service de leurs employés et non à celui du public.

Alors que la dette ne cesse de grimper, il aurait été intelligent de cesser les gaspillages clientélistes, mais non ce n’est pas dans les mœurs politiques qui échappent d’ailleurs à toute logique économique. Pourquoi donc limiter les dépenses et arrêter d’embaucher des fonctionnaires quand on peut toujours emprunter davantage pour régler les dépenses et payer le personnel ?

Tout cela se paie à crédit avec l’argent emprunté par l’État grec..

Mais la dette cela se rembourse notamment par les recettes fiscales. Sauf que l’impôt est impopulaire et cela se comprend. Les gouvernements grecs ne veulent pas mécontenter leur population qui déjà ne déclare qu’une partie de ses revenus. Les percepteurs ne sont pas chiens, une petite enveloppe permet d’éviter le redressement fiscal sinon pour les plus riches on peut s’arranger directement avec le ministre. Et puis, clientélisme oblige, on ne fait pas de contrôle fiscal avant les élections.

argent grecDifficile de faire payer les Grecs, mais il faut dire que depuis 2001, l’Union européenne a accepté d’intégrer la Grèce dans la zone euro. La dette n’a plus besoin de se payer en drachmes, mais en euros. Autrement dit, plus besoin de compter sur la solidarité transgénérationnelle en faisant payer les Grecs de demain pour les dépenses d’aujourd’hui, non, on met en place la solidarité européenne, les Européens vont payer pour les Grecs et en euros.

Mais alors fallait-il permettre à la Grèce de rentrer dans l’euro ?

En 2001 la Grèce comme tous les autres pays devait respecter les critères de Maastricht pour entrer dans la zone euro. Parmi ces critères il fallait une dette publique inférieure à 60 % du PIB et un déficit budgétaire inférieur à 3 % du PIB. Sur le papier la Grèce respectait ces critères, sauf que la comptabilité nationale était falsifiée, en réalité le déficit budgétaire était de 14 % du PIB !

Une véritable escroquerie internationale.

Il n’y avait alors plus de banque centrale grecque pour faire marcher la machine à imprimer les billets, la Grèce devait aller quémander ses euros auprès de la BCE. La solidarité européenne venait de se révéler une mauvaise affaire pour les Européens de la zone euro qui n’étaient pas Grecs.

En 2010, l’État grec n’a plus les moyens de rembourser ses échéances et les banques grecques n’ont plus un euro en caisse.Le FMI, l’Union européenne et la BCE (la fameuse troïka) acceptent de faire des prêts d’urgence. La situation n’a jamais cessé de se reproduire depuis, autrement dit la Grèce ne peut rembourser ses prêts qu’à condition de se faire prêter l’argent à rembourser…

Oui, enfin les prêts ne sont pas censés être consacrés à fonds perdus. La troïka impose donc à l’État grec d’assainir sa situation : il faut diminuer les dépenses publiques et licencier des fonctionnaires tout en augmentation les recettes publiques en accroissant la charge fiscale.

Les conséquences de cette cure devraient donc être une disparition progressive des déficits publics mais au prix d’un serrement de ceinture, on appelle cela l’austérité. Sous le poids des impôts les entreprises n’embauchent plus, la production recule. Il est demandé aux ménages et aux entreprises grecques de rembourser la dette des politiques aberrantes menées pendant des années par leur État. Ainsi la moitié des jeunes entrant sur le marché de l’emploi vont pointer au chômage, la moitié des retraites versées avoisinent un montant inférieur au seuil de pauvreté, les salaires sont à la baisse et le PIB est en chute libre…

Le reste de l’histoire c’est l’arrivée au pouvoir de l’extrême-gauche de Tsipras et ses exigences pour l’effacement de la dette grecque, sur la tonalité du « on remet les compteurs à zéro et on recommence les conneries ».

Les dépenses publiques repartent donc ne serait-ce que par la réouverture de la chaîne publique de radiotélévision ERT qui s’était fait remarquer pour ses dépenses extravagantes, employant presque quatre fois plus de personnels que les chaînes privées pour une part d’audience cumulée de 11 % face à 28 % pour la première chaîne privée.

Cette réouverture est donc tout un symbole, sans compte les 3 000 structures para-étatiques qui continuent à fonctionner. Par exemple la ville de Thessalonique possède trois centre de promotion de la fourrure …Est-ce bien utile ?

Quant au port du Pirée, sa privatisation est suspendue, c’était pourtant la seule structure économique qui marchait depuis que les Chinois avaient doublé le volume total de marchandises transitant par ce port.

Tsipras ne dit pas «merde à l’Europe », mais merde aux Européens condamnés à payer pour les mauvaises habitudes de l’État grec. À moins évidemment que la Grèce ne finisse par sortir de la zone euro, mais cela les Grecs ne le veulent pas.

rdot

QUESTIONS

Comparez la situation de la France avec celle de la Grèce en répondant aux questions suivantes :

  • Combien représentent les dépenses publiques dans le PIB et combien représentent les prélèvement obligatoires dans ce même PIB ?
  • Comment peut-on dépenser plus que l’on ne perçoit lorsque l’on est un État ?
  • Depuis quand ces États dépensent-ils plus qu’ils ne perçoivent ?

Expliquez pourquoi la dette grecque ne sera pas remboursée en réalité par les Grecs mais par l’ensemble des habitants des pays de la zone euro ? Pour cela réfléchissez aux conséquences de la création d’euros pour rembourser la dette.

Pensez-vous que la Grèce devrait sortir de la zone euro, avec quelles conséquences pour eux et pour nous ?