Mesurer la production

22 Jan

I. Le choix de l’unité de mesure

  • A. L’unité monétaire
Les pièces seraient plus belles s'il n'y avait pas les symbole de l'Etat dessus.

Les pièces seraient plus belles s’il n’y avait pas les symbole de l’Etat dessus.

Les richesses produites dans une société sont de natures diverses, il s’agit de bijoux précieux, de téléviseurs, de conseils en marketing,  de concerts rock payants, de fruits et de légumes, etc …

Comment additionner ces richesses si dissemblables, autrement dit comment comptabiliser l’ensemble des richesses produites, comment bâtir cet agrégat qui mesurerait de façon certaine la production des richesses dans un pays lors d’une année civile ?

On ne peut pas additionner des téléviseurs et des tomates mais, en se creusant un peu les méninges on peut trouver un point commun à toutes ces marchandises : elles sont vendues sur un marché donc possèdent tous un prix de vente qui dépendra de leur offre et de leur demande. Ce prix de vente est défini dans l’unité monétaire du pays.

  • B. Mais les unités monétaires peuvent perdre de leur valeur

On évaluera donc la production en valeur, c’est-à-dire en fonction des prix du marché dans la monnaie du pays. Que ce soit en dollars, en euros ou en yens il est facile d’additionner la valeur de la production vendue.

Mais si une monnaie n’est pas stable, qu’elle perd de sa valeur par exemple, cette monnaie ne sera plus un bon outil de mesure de la production.

Par exemple si la valeur de la production double, mais qu’en même temps ce sont les prix qui ont doublé alors Est-ce que l’on a vraiment produit davantage ? La réponse est évidemment non.

Dans ce cas comment mesurer l’évolution des richesses produites dans le temps ?

La réponse est ici :  Mesurer en valeur et en volume 

II. Production marchande et non marchande

  • A. Évaluer la production marchande

La production de biens et services marchands se mesure facilement puisqu’elle est vendue sur le marché, elle pourra donc logiquement être évaluée par son prix de vente qui révèle la valeur accordée à cette production.

  • B. Évaluer la production non marchande

Par contre la production non marchande ne peut se mesurer de la même façon. En effet elle consiste en des services non-marchands financés principalement par les prélèvements obligatoires et fournis « gratuitement » (en réalité payés aux prix fort par les contribuables) ou à moins de 50 % de leur coût de revient aux usagers.

La production non-marchande ne peut donc être évaluée sur un marché.

spockFace à cette difficulté qui empêche de déterminer la valeur de la production non marchande, les statisticiens ont donc décidé de comptabiliser cette production en fixant sa valeur à hauteur de la somme des coûts de production supportés par les administrations pour les produire.

La valeur finale de la production non marchande est donc estimée à son coût total de production, lequel recouvre notamment les consommations intermédiaires, la rémunération du personnel, la consommation de capital fixe et les impôts liés à la production.

Donc plus les fonctionnaires coûtent chers aux contribuables, plus la valeur estimée de leur production grandit, c’est plutôt bizarre non ?

III. Calculer le PIB

  • A. Le PIB additionne des valeurs 

L’agrégat que la comptabilité nationale a choisi pour déterminer la valeur de l’ensemble des biens et services produits par un pays sur une période donnée est le Produit Intérieur Brut.

La valeur de la production retenue est celle de la production vendue (biens et services marchands) ou fournie en partie ou intégralement aux frais du contribuable (services non-marchands), ainsi les statisticiens de l’INSEE calculent le PIB en effectuant l’addition de la production marchande et la production non-marchande.

  • B. Comment additionner des valeurs correctement ?

Mais attention, en additionnant toutes les productions on peut compter un même produit plusieurs fois puisque certains biens et services sont achetés par des producteurs pour être incorporés dans les produits qu’ils fabriquent. C’est pour cela que l’on ne comptabilise que les biens et services finaux.

Ainsi dans un pays où l’on produit pour 10 millions d’euros de pneus, 25 millions d’équipements automobiles, où l’on construit et vend pour 68 millions d’euros d’automobiles, peut-on dire que le PIB est de 10 millions + 25 millions +  68 millions ?

Pour répondre à cette question il faut se demander si les pneus et les équipements sont vendus à des consommateurs finaux ou aux fabricants d’automobiles qui les utilisent comme consommations intermédiaires pour les transformer en des produits finis.

En supposant que l’intégralité des pneus et équipements sont achetés pour se transformer en automobiles alors on  ne peut additionner ces productions, eh oui pov’ pomme,  si l’on compte par exemple la production de pneus et d’automobiles on comptera deux fois les pneus puisque évidemment chaque automobile vendue comprendra aussi ses roues.

En conséquence le PIB de ce pays spécialisé dans les automobiles ne consistera qu’en la production du seul produit final, il sera donc de 68 millions d’euros.

  • C. La valeur ajoutée, y a que cela de vrai !

Bien sûr en réalité certains pneus et équipements seront vendus au détail et ceux-ci devront s’ajouter à la production finale. Donc pour calculer le PIB il faudra déterminer la valeur ajoutée du producteur  c’est-à-dire déduire de la valeur de sa production au prix du marché, toutes les consommations intermédiaires. Ainsi  la valeur ajoutée représente la contribution productive propre d’une entreprise.

Valeur ajoutée = Valeur des biens et des service produits – Valeur des consommations intermédiaires

Notons que les consommations intermédiaires comprennent les matières premières, l’énergie, les produits semi-finis, les services marchands mais pas le capital fixe.

Pour aller plus loin 

On se rend compte qu’il est difficile de calculer la valeur ajoutée pour le secteur non-marchand, les statisticiens de l’INSEE conviennent donc que leur  valeur ajoutée sera égale à  : rémunérations des salariés + consommation de capital fixe (amortissements) + impôts liés à la production.

On distingue la valeur ajoutée au prix du marché comprenant les taxes, les impôts indirects (TVA …), éléments qui ne sont pas une contribution de l’entreprise à la satisfaction du consommateur, et la valeur ajoutée au coût des facteurs, qui élimine les impôts (valeur ajoutée hors taxe).

VA au coût des facteurs = VA au prix du marché – taxes et impôts

Une partie de la valeur créée est destinée à remplacer du matériel usé (amortissement ou investissement de remplacement), elle constitue une consommation de capital fixe (les machines, équipements, bâtiments sont appelés capital fixe), c’est pourquoi on parle de valeur ajoutée brute. Pour passer à la valeur ajoutée nette il suffit de déduire la consommation de capital fixe.

Le PIB est donc défini comme la somme des valeurs ajoutées hors taxe réalisées par les unités institutionnelles résidant en France à laquelle on ajoute la TVA grevant les produits et les droits de douane. Ce produit intérieur brut valait en 2014 en France : 2060 milliards d’euros.

    D. PIB, PNB, PIN

Une fois la production déterminée, un nouveau choix est à réaliser pour présenter la production réalisée.

Le Produit Intérieur Brut ne mesure que la valeur de la production réalisée en France sur le territoire métropolitain. Cela signifie que quelle que soit la nationalité de l’entreprise qui produit en France elle contribuera à former le PIB, par contre une entreprise française implantée en Italie ou aux États-Unis ne verra pas sa production apparaître dans le PIB français.

Si l’on choisit d’utiliser à la place du PIB le PNB (Produit National Brut), il en ira tout autrement. En effet le PNB prend pour critère l’appartenance nationale ; on estimera ce qui est produit par les entreprises françaises sur le territoire national mais aussi à l’étranger. Par contre, l’activité de entreprises étrangères sur le sol national ne sera pas prise en compte.

Pour perfectionner l’agrégat de mesure des richesses créées en une année, on peut vouloir aussi tenir compte de  la dépréciation des machines et des bâtiments au cours de la production. L’usure du capital fixe, son amortissement, pourra donc être déduite du PIB pour obtenir le Produit Intérieur Net.

PIN = PIB – Consommation de capital fixe

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La destruction créatrice mise en échec

18 Jan

Observons la complexité extrême d’un marché, fruit de l’interaction de milliards d’individus dont les volitions ne nous sont pas connaissables, mais résulteront en une autorégulation globale. Nous sommes ici dans un système ouvert et cette autorégulation suppose des déséquilibres momentanés qui se résolvent par l’adaptation des acteurs aux signes du marché.

La nécessaire adaptation des producteurs

Supposons donc, à titre d’illustration, la découverte de nouvelles méthodes de production agricole. Le développement des techniques d’hybridation par exemple. Tous les agriculteurs ne maîtriseront pas l’hybridation, comment résoudre ce problème dans une économie de marché pure ?

L’augmentation de la productivité induite par le progrès technique va permettre une hausse de l’offre de produits agricoles donc une baisse de leur prix.  En découle que les agriculteurs n’ayant pas acquis cette nouvelle technique ne vont plus pouvoir produire de façon rentable. Il leur faudra donc soit sortir de ce marché pour acquérir d’autres compétences, soit faire l’effort de s’adapter à des méthodes plus productives, soit enfin différencier leur production en phase avec les besoins des consommateurs.

crop

Maïs hybride

Enrichissement de la société

Au niveau global les gains de productivité seront captés par les agriculteurs innovateurs, mais aussi par les consommateurs qui bénéficieront de la baisse des prix. Les perdants seront ceux qui ne font pas l’effort de satisfaire une demande en quête d’un meilleur rapport qualité/prix.  Mais ces perdants là ne le seront que temporairement, ils réorienteront leur activité et leurs fonds vers des secteurs plus profitables pour lesquels de nouvelles compétences ou des savoir-faire déjà acquis sont nécessaires. La réorientation se fera car il n’est pas possible de continuer à produire à perte ou pour si peu.

La désastreuse béquille étatique

Supposons maintenant que l’agriculteur se voit octroyé les moyens de ne pas avoir à s’adapter, qu’il trouve moins coûteux d’investir dans l’achat de décisions politiques plutôt que dans sa reconversion. L’Etat apparaît là avec sa grande fonction de « correcteur des imperfections du marché ». Des agriculteurs ont un mauvais rhume, leurs revenus sont à la baisse c’est là le symptôme de la maladie qui les touche, maladie dont l’origine est leur inadaptation aux besoins des consommateurs. L’organisme marché devrait se soigner en secrétant les réaffectations de ressources productives tel que nous l’avons vu plus haut.

C’est sans compter sur l’existence des hommes de l’État qui vont alors justifier le rôle qu’ils se sont offerts.

D’abord dramatiser la maladie puis se poser en docteurs Diafoirus par le jeu de promesses irresponsables en faveur de ceux qui demandent la protection de leur « situation de marché acquise », ignorant qu’en matière de marché il n’existe justement aucune situation acquise des producteurs.

La politique volontariste de protection passera donc outre aux principes autorégulateurs : elle  fixera des prix de vente supérieurs à ceux résultant d’un équilibre de marché. Ainsi, par la grâce des hommes de l’Etat, sera maintenue la rentabilité des moins productifs, en passant l’abandon des nouvelles méthodes de production sera encouragé. Ce désarmement innovationnel pourra être justifié par une phobie technologique, en réalité les investissements coûteux permettant ce saut de productivité constituera un sacrifice d’adaptation trop important et inutile dans le cadre d’un marché perturbé par des prix artificiels.

Seulement voilà, faute d’une instance étatique mondiale pouvant imposer un prix minimum au niveau international, les consommateurs ont toujours la ressource de profiter de gains de productivité obtenus à l’étranger. Il faudra donc les en empêcher en mettant en place des barrières tarifaires et non tarifaires, le plus souvent sous forme de normes de santé publique.

Xavier COLLET

 Questions

1. Les innovations apparaissent-elles ici comme destructrices d’emploi.?

2. Dans ce cas quels sont les avantages et les inconvénients respectifs d’une régulation par le marché et d’une intervention de l’État ?

3. Pourquoi les partisans d’une préservation de leurs « situations acquises » obtiennent-ils souvent gain de cause ?

La fable des abeilles ou les fripons devenus des honnêtes gens

17 Jan
Les abeilles en leur ruche

abeilleUn nombreux essaim d’abeilles habitait une ruche spacieuse. Là, dans une heureuse abondance, elles vivaient tranquilles. Ces mouches, célèbres par leurs lois, ne l’étaient pas moins par le succès de leurs armes, et par la manière dont elles se multipliaient. Leur domicile était un séminaire parfait de science et d’industrie. Jamais abeilles ne vécurent sous un plus sage gouvernement : cependant, jamais il n’y en eut de plus inconstantes et de moins satisfaites. Elles n’étaient, ni les malheureuses esclaves d’une dure tyrannie, ni exposées aux cruels désordres de la féroce démocratie. Elles étaient conduites par des rois qui ne pouvaient errer, parce que leur pouvoir était sagement borné par les lois.

Ces insectes, imitant tout ce qui se fait à la ville, à l’armée ou au barreau, vivaient parfaitement comme les hommes et exécutaient, quoiqu’en petit, toutes leurs actions. Les merveilleux ouvrages opérés par l’adresse incomparable de leurs petits membres, échappaient à la faible vue des humains : cependant il n’est parmi nous, ni machine, ni ouvriers, ni métiers, ni vaisseaux, ni citadelles, ni armes, ni artisans, ni ruses, ni science, ni boutiques, ni instruments, en un mot, il n’y a rien de tout ce qui se voit parmi les hommes dont ces animaux industrieux ne se servissent aussi. Comme donc leur langage nous est inconnu, nous ne pouvons parler de ce qui les concerne qu’en employant nos expressions. L’on convient assez généralement qu’entre autres choses dignes d’être remarquées, ces animaux ne connaissaient point l’usage des cornets ni des dés ; mais puisqu’ils avaient des rois, et par conséquent des gardes, on peut naturellement présumer qu’ils connaissaient quelque espèce de jeux. Vit-on en effet jamais d’officiers et de soldats qui s’abstînssent de cet amusement ?

La prospérité des fripons

La fertile ruche était remplie d’une multitude prodigieuse d’habitants, dont le grand nombre contribuait même à la prospérité commune. Des millions étaient occupés à satisfaire la vanité et l’ambition d’autres abeilles, qui étaient uniquement employées à consumer les travaux des premières. Malgré une si grande quantité d’ouvriers, les désirs de ces abeilles n’étaient pas satisfaits. Tant d’ouvriers, tant de travaux, pouvaient à peine fournir au luxe de la moitié de la nation.

mandevilleQuelques-uns, avec de grands fonds et très peu de peines, faisaient des gains très considérables. D’autres, condamnés à manier la faux et la bêche, ne gagnaient leur vie qu’à la sueur de leur visage et en épuisant leurs forces par les occupations les plus pénibles. L’on en voyait cependant d’autres qui s’adonnaient à des emplois tout mystérieux, qui ne demandaient ni apprentissage, ni fonds, ni soins. Tels étaient les chevaliers d’industrie, les parasites, les courtiers d’amour, les joueurs, les filous, les faux-monnayeurs, les empiriques, les devins et, en général tous ceux qui haïssant la lumière tournaient par de sourdes pratiques à leur avantage, le travail de leurs voisins ? Qui incapables eux-mêmes de tromper étaient moins défiants. On appelait ces gens-là des fripons : mais ceux dont l’industrie était plus respectée, quoique dans le fond peu différents des premiers, recevaient un nom plus honorable. Les artisans de chaque profession, tous ceux qui exerçaient quelque emploi, ou quelque charge, avaient quelque espèce de friponnerie qui leur était propre. C’était les subtilités de l’art, et les tours de bâton.

Comme s’ils n’eussent pu, sans l’instruction d’un procès, distinguer le légitime d’avec l’illégitime, ils avaient des jurisconsultes occupés à entretenir des animosités, et à susciter de mauvaises chicanes. C’était le fin de leur art. Les lois leur fournissaient des moyens pour ruiner leurs parties et pour profiter adroitement des biens engagés. Uniquement attentifs à tirer de précieux honoraires, ils ne négligeaient rien pour empêcher qu’on ne terminât par voie d’accommodement les difficultés. Pour défendre une mauvaise cause, ils épluchaient les lois avec la même exactitude et dans le même but que les voleurs examinent les maisons et les boutiques. C’était uniquement pour découvrir l’endroit faible dont ils pourraient se prévaloir.

Les médecins préféraient la réputation à la science, et les richesses au rétablissement de leurs malades. La plupart, au lieu de s’appliquer à l’étude des règles de l’art, s’étudiaient à prendre une démarche composée. Des regards graves, un air pensif, étaient tout ce qu’ils possédaient pour se donner la réputation de gens doctes. Tranquilles sur la santé des patients, ils travaillaient seulement à acquérir les louanges des accoucheuses, des prêtres, et de tous ceux qui vivaient du produit des naissances ou des funérailles. Attentifs à ménager la faveur du sexe babillard, ils écoutaient avec complaisance les vieilles recettes de la tante de Madame. Les chalands et toute leur famille étaient soigneusement ménagés. Un sourire affecté, des regards gracieux, tout était mis en usage et servait à captiver ces esprits déjà prévenus. Il n’y avait pas même jusques aux gardes dont ils ne souffrirent les impertinences. Entre le grand nombre des Prêtres de Jupiter, gagés pour attirer sur la ruche la bénédiction d’en haut, il n’y en avait que bien peu qui eussent de l’éloquence et du savoir. La plupart étaient même aussi emportés qu’ignorants. On découvrait leur paresse, leur incontinence, leur avarice et leur vanité, malgré les soins qu’ils prenaient pour dérober aux yeux du public ces défauts. Ils étaient fripons comme des tailleurs, et intempérants comme des matelots. Quelques-uns à face blême, couverts d’habits déchirés, priaient mystiquement pour avoir du pain. Ils espéraient de recevoir de plus grosses récompenses ; mais à la lettre ils n’obtenaient que du pain. Et tandis que ces sacrés esclaves mouraient de faim, les fainéants pour qui ils officiaient étaient bien à leur aise. On voyait sur leurs visages de prospérité, la santé et l’abondance dont ils jouissaient.

Les soldats qui avaient été mis en fuite, étaient comblés d’Honneur, s’ils avaient le bonheur d’échapper à l’épée victorieuse, quoiqu’il y en eut plusieurs qui fussent de vrais poltrons, qui n’aimaient point le carnage. Si quelque vaillant général mettait en déroute les ennemis, il se trouvait quelque personne qui, corrompue par des présents, facilitait leur retraite. Il y avait des guerriers qui affrontant le danger, paraissaient toujours dans les endroits les plus exposés. D’abord ils y perdaient une jambe, ensuite ils y laissaient un bras, et enfin, lorsque toutes ces diminutions les avaient mis hors d’état de servir, on les renvoyait honteusement à la demi-paye ; tandis que d’autres, qui plus prudents n’allaient jamais au combat, tiraient la double paye, pour rester tranquilles chez eux.

Leurs Rois étaient à tous égards mal servis. Leurs propres Ministres les trompaient. Il y en avait à la vérité plusieurs qui ne négligeaient rien pour avancer les intérêts de la couronne ; mais en même temps ils pillaient impunément le trésor qu’ils travaillaient à enrichir. Ils avaient l’heureux talent de faire une très belle dépense, quoique leurs appointements fussent très chétifs ; et encore se vantaient-ils d’être fort modestes. Donnaient-ils trop d’étendue à leurs droits ? ils appelaient cela leurs tours de bâton. Et même s’ils craignaient qu’on ne comprît leur jargon, ils se servaient du terme d’Emoluments, sans qu’ils voulussent jamais parler naturellement et sans déguisement de leurs gains.

Car il n’y avait pas une abeille qui ne se fut très bien contentée, je ne dis pas de ce que gagnaient effectivement ces ministres, mais seulement de ce qu’ils laissaient paraître de leurs gains. Ils ressemblaient à nos joueurs qui, quoiqu’ils aient joué beau jeu, ne diront cependant jamais en présence des perdants tout ce qu’ils ont gagné.

Qui pourrait détailler toutes les fraudes qui se commettaient dans cette ruche ? Celui qui achetait des immondices pour engraisser son pré, les trouvait falsifiés d’un quart de pierres et de mortier inutiles et encore, quoique dupe, il n’aurait pas eu bonne grâce d’en murmurer, puisqu’à son tour il mêlait parmi son beurre une moitié de sel.

La justice même, si renommée pour sa bonne foi quoiqu’aveugle, n’en était pas moins sensible au brillant éclat de l’or. Corrompue par des présents, elle avait souvent fait pencher la balance qu’elle tenait dans sa main gauche. Impartiale en apparence, lorsqu’il s’agissait d’infliger des peines corporelles, de punir des meurtres et d’autres grands crimes, elle avait même souvent condamné au supplice des gens qui avaient continué leurs friponneries après avoir été punis du pilori. Cependant on croyait communément que l’épée qu’elle portait ne frappait que les abeilles qui étaient pauvres et sans ressources ; et que même cette déesse faisait attacher à l’arbre maudit des gens qui, pressés par la fatale nécessité, avaient commis des crimes qui ne méritaient pas un pareil traitement. Par cette injuste sévérité, on cherchait à mettre en sûreté le grand et le riche.

Les vices engendrent la prospérité ?

beeChaque ordre était ainsi rempli de vices, mais la Nation même jouissait d’une heureuse prospérité. Flattée dans la paix, on la craignait dans la guerre. Estimée chez les étrangers, elle tenait la balance des autres ruches. Tous ses membres à l’envi prodiguaient pour sa conservation leurs vies et leurs biens. Tel était l’état florissant de ce peuple. Les vices des particuliers contribuaient à la félicité publique. Dès que la vertu, instruite par les ruses politiques, eut appris mille heureux tours de finesse, et qu’elle se fut liée d’amitié avec le vice, les plus scélérats faisaient quelque chose pour le bien commun.

Les fourberies de l’Etat conservaient le tout, quoique chaque citoyen s’en plaignît. L’harmonie dans un concert résulte d’une combinaison de sons qui sont directement opposés. Ainsi les membres de la société, en suivant des routes absolument contraires, s’aidaient comme par dépit. La tempérance et la sobriété des uns facilitait l’ivrognerie et la gloutonnerie des autres. L’avarice, cette funeste racine de tous les maux, ce vice dénaturé et diabolique, était esclave du noble défaut de la prodigalité. Le luxe fastueux occupait des millions de pauvres. La vanité, cette passion si détestée, donnait de l’occupation à un plus grand nombre encore. L’envie même et l’amour-propre, ministres de l’industrie, faisaient fleurir les arts et le commerce. Les extravagances dans le manger et dans la diversité de mets, la somptuosité dans les équipages et dans les ameublements, malgré leur ridicule, faisaient la meilleure partie du négoce.

Toujours inconstant, ce peuple changeait de lois comme de modes. Les règlements qui avaient été sagement établis étaient annulés et on leur en substituait bientôt de tout opposés. Cependant en altérant ainsi leurs anciennes lois et en les corrigeant, ils prévenaient des fautes qu’aucune prudence n’aurait pu prévoir.

C’est ainsi que le vice produisant la ruse, et que la ruse se joignant à l’industrie, on vit peu à peu la ruche abonder de toutes les commodités de la vie. Les plaisirs réels, les douceurs de la vie, l’aise et le repos étaient devenus des biens si communs que les pauvres mêmes vivaient plus agréablement alors que les riches ne le faisaient auparavant. On ne pouvait rien ajouter au bonheur de cette société.

Les abeilles se repentent et deviennent vertueuses

Mais hélas ! quelle n’est pas la vanité de la félicité des pauvres mortels ? A peine ces abeilles avaient-elles goûté les prémices du bonheur, qu’elles éprouvèrent qu’il est même au dessus du pouvoir des Dieux de rendre parfait le séjour terrestre. La troupe murmurante avait souvent témoigné qu’elle était satisfaite du gouvernement et des ministres ; mais au moindre revers, elle changea d’idées. Comme si elle eût été perdue sans retour, elle maudit les politiques, les armées et les flottes. Ces Abeilles réunissant leurs plaintes, on entendait de tous côtés ces paroles : Maudites soient toutes les fourberies qui règnent parmi nous. Cependant chacune se les permettait encore ; mais chacune avait la cruauté de ne vouloir point en accorder l’usage aux autres.

Un personnage qui avait amassé d’immenses richesses en trompant son Maître, le Roi et le Pauvre, osait crier de toute sa force : Le pays ne peut manquer de périr pour toutes ses injustices. Et qui pensez-vous que fut ce rigide sermonneur ? C’était un gantier qui avait vendu toute sa vie et qui vendait actuellement des peaux de mouton pour des cabrons. Il ne faisait pas la moindre chose dans cette société qui ne contribuât au bien public. Cependant tous les fripons criaient avec impudence : Bon Dieux ! accordez-nous seulement la probité.

Mercure, le dieu des voleurs, ne put s’empêcher de rire à l’ouïe d’une prière si effrontée. Les autres Dieux dirent qu’il y avait de la stupidité à blâmer ce que l’on aimait. Mais Jupiter, indigné de ces prières, jura enfin que cette troupe criailleuse serait délivrée de la fraude dont elle se plaignait. Il dit : Au même instant l’honnêteté s’empara de tous les cœurs. Semblable à l’arbre instructif, elle dévoila les yeux de chacun, elle leur fit apercevoir ces crimes qu’on ne peut contempler sans honte. Ils se confessaient coupables par leurs discours et surtout par la rougeur qu’excitait sur leurs visages l’énormité de leurs crimes. C’est ainsi que les enfants qui veulent cacher leurs fautes, trahis par leur couleur, s’imaginent que dès qu’on les regarde, on lit sur leur visage mal assuré la mauvaise action qu’ils ont faite.

Mais grand Dieux ! quelle consternation ! quel subit changement ! En moins d’une heure le prix des denrées diminua partout. Chacun, depuis le Ministre d’Etat jusqu’au Villageois arracha le masque d’hypocrisie qui le couvrait. Quelques-uns, qui étaient très bien connus auparavant, parurent des étrangers quand ils eurent pris des manières naturelles.

Dès ce moment, le Barreau fut dépeuplé. Les débiteurs acquittaient volontairement leurs dettes, sans en excepter même celles que leurs créditeurs avaient oubliées. On les cédait généreusement à ceux qui n’étaient pas en état de les satisfaire. S’élevait-il quelque difficulté, ceux qui avaient tort restaient modestement dans le silence. On ne voyait plus de procès où il entrât de la mauvaise foi et de la vexation. Personne ne pouvait plus acquérir des richesses. La vertu et l’honnêteté régnaient dans la Ruche. Qu’est-ce donc que les avocats y auraient fait ? Aussi tous ceux qui avant la révolution n’avaient pas eu le bonheur de gagner du bien, désespérés ils pendaient leur écritoire à leur côté et se retiraient.

La justice, qui jusqu’alors avait été occupée à faire pendre certaines personnes, avait donné la liberté à ceux qu’elle tenait prisonniers. Mais dès que les prisons eurent été nettoyées, la déesse qui y préside devenant inutile, elle se fit contraint de se retirer avec son train et tout son bruyant attirail. D’abord paraissaient quelques SERRURIERS chargés de serrures, de verrous, de grilles, de chaînes et de portes garnies de barres de fer. Ensuite venaient les Geôliers, les GUICHETIERS et leurs suppôts. La déesse paraissait alors précédée de son fidèle ministre l’écuyer Carnifex, le grand exécuteur de ses ordres sévères. Il n’était point armé de son épée imaginaire (l’épée du bourreau ne sert pas, il se sert en Angleterre de sa seule hache pour la décapitation), à la place il portait la hache et la corde. Dame Justice aux yeux bandés, assise sur un nuage, fut chassée dans les airs accompagnée de ce cortège. Autour de son char et derrière il y avait ses sergents, huissiers, et ses domestiques de toute espèce qui se nourrissent des larmes des infortunés.

La RUCHE avait des MEDECINS, tout comme avant la révolution. Mais la médecine, cet art salutaire, n’était plus confiée qu’à d’habiles gens. Ils étaient en si grand nombre, et si bien répandus dans la ruche qu’ils n’y en avait aucun qui eut besoin de se servir de voiture. Leurs vaines disputes avaient cessé. Le soin de délivrer promptement les patients était ce qui les occupait uniquement. Pleins de mépris pour les drogues qu’on apporte des pays étrangers, ils se bornaient aux simples que produit le pays. Persuadés que les Dieux n’envoient aucune maladie aux Nations sans leur donner en même temps les vrais remèdes, ils s’attachaient à découvrir les propriétés des plantes qui croissaient chez eux.

LES RICHES ECCLESIASTIQUES, revenus de leur honteuse paresse ne faisaient plus desservir leurs églises par des abeilles prises à la journée. Ils officiaient eux-mêmes. La probité dont ils étaient animés les engageait à offrir des prières et des sacrifices. Tous ceux qui ne se sentaient pas capables de s’acquitter de ces devoirs ou qui croyaient qu’on pouvait se passer de leurs soins, résignaient sans délai leurs emplois. Il n’y avait pas assez d’occupation pour tant de personnes, si même il en restait pour quelques-uns. Le nombre en diminua donc considérablement. Ils étaient tous modestement soumis au GRAND PRETRE, qui uniquement occupé des affaires religieuses, abandonnait aux autres les affaires d’Etat. Le chef sacré, devenu charitable, n’avait pas la dureté de chasser de sa porte les pauvres affamés. Jamais on n’entendait dire qu’il retranchât quelque chose du salaire de l’indigent. C’était au contraire chez lui que l’affamé trouvait de la nourriture, le mercenaire du pain, l’ouvrier nécessiteux sa table et son lit.

Le changement ne fut pas moins considérable parmi les premiers ministres du roi et tous les officiers subalternes. Economes et tempérants alors, leurs pensions leur suffisaient pour vivre. Si une pauvre Abeille fut venue dix fois pour demander le juste paiement d’une petite somme, et que quelques Commis bien payé l’eut obligé, ou de lui faire présent d’un écu, ou de ne jamais recevoir son paiement, on aurait ci-devant appelé une pareille alternative, le tour de bâton du commis ; mais pour lors on lui aurait tout naturellement donné le nom de friponnerie manifeste.

La ruche ruinée

fabeeUne SEULE Personne suffisait pour remplir les places qui en exigeaient trois avant l’heureux changement. On n’avait plus besoin de donner des collègues pour éclairer les actions de ceux à qui l’on confiait le maniement des affaires. Les magistrats ne se laissaient plus corrompre ? et ils ne cherchaient plus à faciliter les larcins des autres. Un seul faisait alors mille fois plus d’ouvrage que plusieurs n’en faisaient auparavant.

Il n’y avait plus d’honneur à faire figure aux dépens de ses créditeurs. Les Livrées étaient pendues dans les boutiques des Fripiers. Ceux qui brillaient par la magnificence de leurs carrosses les vendaient pour peu de chose. La noblesse se défaisait de tous ses superbes chevaux si bien appariés, et même de leurs campagnes pour payer leurs dettes.

On évitait la vaine dépense avec le même soin qu’on fuyait la fraude. On n’entretenait plus d’Armée dehors. Méprisant l’estime des étrangers, et la gloire frivole qui s’acquiert par les armes, on ne combattait plus que pour défendre la patrie contre ceux qui en voulaient à ses droits et à sa liberté.

Jetez présentement les yeux sur la ruche glorieuse. Contemplez l’accord admirable qui règne entre les commerces et la bonne foi. Les obscurités qui couvraient ce spectacle ont disparu. Tout se voit à découvert. Que les choses ont changé de face ! Ceux qui faisaient des dépenses excessives et tous ceux qui vivaient de ce luxe furent forcés de se retirer. En vain ils tentèrent de nouvelles occupations ; elles ne purent leur fournir le nécessaire. Le prix des fonds et des bâtiments tomba. Les palais enchantés dont les murs semblables à ceux de Thèbes avaient été élevés par la musique, étaient déserts. Les grands qui auraient mieux aimé perdre la vie que de voir effacer les titres fastueux gravés sur leurs superbes portiques, se moquaient aujourd’hui de ces vaines inscriptions. L’architecture, cet art merveilleux, fut entièrement abandonné. Les artisans ne trouvaient plus personne qui voulut les employer. Les peintres ne se rendaient plus célèbres par leur pinceau. Le sculpteur, le graveur, le ciseleur et le statuaire n’étaient plus nommés dans la Ruche.
Le peu d’abeilles qui restèrent vivaient chétivement. On n’était plus en peine comment on dépenserait son argent, mais comment on s’y prendrait pour vivre. En payant leur compte à la taverne, elles prenaient la résolution de n’y remettre jamais le pied. On ne voyait plus de salope cabaretière qui gagnât assez pour porter des habits de drap d’or. Torcol ne donnait plus de grosses sommes pour avoir du Bourgogne et des ortolans. Le courtisan qui se piquant de régaler le jour de Noël sa maîtresse de pois verts, dépensait en deux heures autant qu’une compagnie de cavalerie aurait dépensé en deux jours, plia bagage, et se retira d’un si misérable pays.

La fière Cloé dont les grands airs avaient autrefois obligé son trop facile mari de piller l’Etat, vend à présent son équipage composé des plus riches dépouilles des Indes. Elle retranche sa dépense et porte toute l’année le même habit. Le siècle léger et changeant est passé. Les modes ne se succèdent plus avec cette bizarre inconstance. Dès lors, tous les ouvriers qui travaillaient les riches étoffes de soie et d’argent et tous les artisans qui en dépendent, se retirent. Une paix profonde règne dans ce séjour ; elle a à sa suite l’abondance. Toutes les manufactures qui restent ne fabriquent que des étoffes les plus simples ; cependant elles sont toutes fort chères. La nature bienfaisante n’étant plus contrainte par l’infatigable jardinier, elle donne, à la vérité, ses fruits dans sa saison ; mais aussi elle ne produit plus ni raretés, ni fruits précoces.

A mesure que la vanité et le luxe diminuaient, on voyait les anciens habitants quitter leur demeure. Ce n’était plus ni les marchands, ni les compagnies qui faisaient tomber les manufactures, c’était la simplicité et la modération de toutes les abeilles. Tous les métiers et tous les arts étaient négligés. Le contentement, cette peste de l’industrie, leur fait admirer leur grossière abondance. Ils ne recherchent plus la nouveauté, ils n’ambitionnent plus rien.

C’est ainsi que la ruche étant presque déserte, ils ne pouvaient se défendre contre les attaques de leurs ennemis cent fois plus nombreux. Ils se défendirent cependant avec toute la valeur possible, jusqu’à ce que quelques-uns d’entre eux eussent trouvé une retraite bien fortifiée. C’est là qu’ils résolurent de s’établir ou de périr dans l’entreprise. Il n’y eut aucun traître parmi eux. Tous combattirent vaillamment pour la cause commune. Leur courage et leur intégrité furent enfin couronnés de la victoire.

Ce triomphe leur coûta néanmoins beaucoup. Plusieurs milliers de ces valeureuses abeilles périrent. Le reste de l’essaim, qui s’était endurci à la fatigue et aux travaux, crut que l’aise et le repos qui mettait si fort à l’épreuve leur tempérance, était un vice. Voulant donc se garantir tout d’un coup de toute rechute, toutes ces abeilles s’envolèrent dans le sombre creux d’un arbre où il ne leur reste de leur ancienne félicité que le Contentement et l’Honnêteté.

Quittez donc vos plaintes, mortels insensés ! En vain vous cherchez à associer la grandeur d’une Nation avec la probité. Il n’y a que des fous qui puissent se flatter de jouir des agréments et des convenances de la terre, d’être renommés dans la guerre, de vivre bien à son aise et d’être en même temps vertueux. Abandonnez ces vaines chimères. Il faut que la fraude, le luxe et la vanité subsistent, si nous voulons en retirer les doux fruits. La faim est sans doute une incommodité affreuse. Mais comment sans elle pourrait se faire la digestion d’où dépend notre nutrition et notre accroissement. Ne devons-nous pas le vin, cette excellent liqueur, à une plante dont le bois est maigre, laid et tortueux ? Tandis que ses rejetons négligés sont laissés sur la plante, ils s’étouffent les uns les autres et deviennent des sarments inutiles. Mais si ces branches sont étayées et taillées, bientôt devenus fécondes, elles nous font part du plus excellent des fruits. C’est ainsi que l’on trouve le vice avantageux, lorsque la justice l’émonde, en ôte l’excès, et le lie. Que dis-je ! Le vice est aussi nécessaire dans un Etat florissant que la faim est nécessaire pour nous obliger à manger. Il est impossible que la vertu seule rende jamais une Nation célèbre et glorieuse. Pour y faire revivre l’heureux Siècle d’Or, il faut absolument outre l’honnêteté reprendre le gland qui servait de nourriture à nos premiers pères.

Bernard MANDEVILLE, La Fable des abeilles Londres : Aux dépens de la Compagnie, 1740 Traduction de Jean Bertrand p. 1/26 Gallica

 rdotQuestions

1. En quoi la société des abeilles est-elle d’abord friponne, illustrez.

2.Expliquez le passage en italique d’après le principe de la main invisible.

 Les vices expliquent Mandeville sont les moteurs de la vie sociale. Il emprunte la définition du vice directement a son adversaire direct, Shaftesbury, qui avait développé ce qu’on appelle aujourd’hui une « morale du sentiment ». Le vice consiste pour Shaftesbury à faire passer son intérêt privé avant l’intérêt général. La vertu, au contraire, rapproche et unit les intérêts particuliers et l’intérêt général. Le vice, c’est l’action égoïste.  Mandeville répond : Les actions humaines sont égoïstes, même si les hommes ne sont pas insatiables. Les vices produisent une certaine forme de sociabilité, que l’on doit à l’intérêt. Au fond, l’intérêt n’est pas dissociant. Les êtres humains s’associent parce que leur intérêt est de le faire, et non pas parce que la Providence a déposé en eux l’amour d’autrui, ou le sens de l’intérêt général.

 Quand on se demande si l’harmonie est naturelle ou artificielle, Hayek répond qu’elle n’est ni l’une ni l’autre. Elle n’est pas naturelle puisqu’elle dépend de l’action des hommes, elle n’est pas non plus artificielle, car elle ne réalise pas un dessein ni un projet volontaire. L’harmonie est un ordre résultant, et Hayek reprend l’expression d’un philosophe écossais, ami de Adam Smith,  Adam Ferguson : « le résultat de l’action des hommes, mais non de leurs dessein ». Cette formule de Ferguson résume toute la Fable des Abeilles de Mandeville.

3. Pourquoi la ruche honnête est-elle menée à la ruine ? Etablissez-en un rapport entre richesse et besoins.

 Aussitôt les activités économiques florissantes périclitent. Les prisonniers sont libérés, car la délinquance n’existe plus, mais cela n’arrange pas les affaires de la confrérie des serruriers, qui défilent en revendiquant, car on n’a plus besoin de leurs serrures. Les médecins n’ont plus de patients, car sans dégradation des mœurs, chacun mène une vie saine, hygiénique, les gens ne sont plus malades. Les policiers, les militaires, sont au chômage, les pauvres n’ont plus de bienfaiteurs, car il n’existe plus de riches, et finalement la ruche perd ses membres, elle s’étiole, et les dernières abeilles décident de l’abandonner et de vivre dans un coin d’arbre. Elles n’ont plus rien.

4. Les besoins que nous éprouvons sont-ils limités, sont-ils nécessairement fondés sur le vice ?

5. Les sociétés riches sont-elles plus corrompues que les sociétés pauvres ?

6. Quelle vision a Mandeville des besoins de l’individu ? Discutez-en..

On montrera qu’une société de confiance est un préalable à la prospérité. On discutera de la vision que possède Mandeville des besoins individuels, on mettra cette vision en parallèle avec la vision normative qu’en ont les donneurs de leçons et les censeurs contemporains…

Réponses d’après Eric Oudin, tiré du site Libéralia

La question des 35 heures

17 Jan
Feu rouge pour l'activité

Feu rouge pour l’activité

Une fausse solution anti-chômage

Il n’existe pas un stock fini d’emplois à répartir au sein de la société.

Aussi, dire qu’il n’y a pas de travail pour tout le monde, et donc que ceux qui travailleraient plus voleraient du travail aux autres est une bêtise.

Un tel raisonnement consiste à déterminer le nombre d’heures de travail salarié en France et de diviser ce nombre d’heures par le total de la population active. Si le résultat est de 30 par exemple, il suffira de décréter les 30 heures de travail pour que le chômage disparaisse, mais bien sûr !

Sauf que devant le fait accompli, ces « salauds de patrons » en profiteraient pour essayer d’augmenter la productivité du travail (pour ne pas embaucher plus), feraient faillite face à la concurrence étrangère voire délocaliseraient, ou encore remplaceraient la main d’œuvre par des machines, quant aux vocations de créations d’entreprises elle se feraient sans recours au salariat.

La vérité c’est bien qu’il n’existe pas un stock d’emploi déterminé et immuable dans une société, mais que ce nombre d’emploi varie en fonction des conditions économiques et juridiques du pays, lesquelles sont liées.  

Xavier COLLET

Les 35 heures dans les PME

Voilà que les discours et, bientôt les mesures, se multiplient pour alléger la charge que représentent les 35 heures pour les P.M.E.

On s’est évidemment aperçu de l’impossibilité d’appliquer la loi AUBRY à des entreprises qui ont un très faible effectif. Quand il y a trois personnes concernées par les 35 heures, il est absolument impossible de réduire leur travail de douze heures au total pour embaucher une personne supplémentaire : c’est trop peu. D’ailleurs, où trouverait-on quelqu’un. qui veuille s’embaucher aujourd’hui dans certains corps de métiers où la pénurie de main d’oeuvre qualifiée se fait de plus en plus dramatique.  Or, dans une petite entreprise on doit pouvoir faire l’économie d’une formation et c’est un personnel compétent et expérimenté dont on a besoin.

Faute d’embaucher, que se passe-t-il ? On va faire des heures supplémentaires, mais on sera vite bloqué par les quotas prévus par la loi, au delà desquels les salariés ne peuvent plus percevoir une rémunération à des taux horaires majorés, puis au-delà desquels ils ne peuvent plus travailler du tout (se privant ainsi d’un appoint salarial parfois indispensable à l’équilibre du budget du ménage).  Comme le travail est toujours là, il reste soit à laisser tomber le client et à fermer les portes de l’entreprise dans un bref délai, soit à demander un effort de productivité aux trois personnes, qui vont désormais travailler plus pour un salaire identique, dans un nombre d’heures diminué. Il n’est pas dit que cela ne déclenche pas quelques tensions dans l’entreprise.

Mais, si l’on y réfléchi bien, quelles sont les failles de la loi AUBRY, et sont-elles spécifiques aux PME ? L’erreur du dispositif consiste à considérer le travail comme une donnée purement arithmétique, et le travailleur comme un pion que l’on peut déplacer sans problèmes sur l’échiquier de la production. On a vu aussi qu’un travailleur ne peut se diviser, et qu’on ne peut embaucher le tiers d’un salarié.

Si tout cela est apparent pour les PME, ne peut-on observer la même chose dans des entreprises de plus grande taille ? Nous avons maintenant dépassé la période du gigantisme et de la massification industriels. Beaucoup d’entreprises, non seulement dans le secteur des services, mais aussi dans l’industrie, sont en fait des agglomérations de petites unités, des fédérations de PME.   Toutes les méthodes actuelles de gestion des hommes, du matériel et de la clientèle, convergent vers cette atomisation de la production, qui donne souplesse, efficacité, qualité des relations et des produits.

Une grande entreprise, ou désignée comme telle, connaîtra donc tous les symptômes dont souffrent les PME : indivisibilité du travailleur, non substituabilité d’une personne à l’autre, inadaptation qualitative, course à la productivité artificielle, etc. Les 35 heures y feront donc les mêmes dégâts.

C’est une méconnaissance de ces réalités qui a pu laisser penser qu’une grande entreprise aurait les ressources internes suffisantes pour gérer les 35 heures, grâce à son volant de main d’oeuvre, et à l’importance de ses coûts fixes. Car, faut-il le répéter, c’est considérer l’entreprise comme un tout homogène à l’intérieur duquel la circulation est parfaitement fluide, la substituabilité totale et sans coût, etc.

La seule chose qui peut se passer est qu’une grande entreprise pourra cacher ses échecs nouveaux en se faisant subventionner directement ou indirectement par l’État. Pas d’inquiétude pour les 35 heures à la SNCF ou à la Poste, ou ailleurs. Les grandes compagnies privées, elles, n’ont pas ce recours : elles sont donc volontairement visées par la loi AUBRY.  Dans ces conditions il convient d’assurer aux grandes entreprises privées les mêmes compensations que celles qu’on envisage pour les PME. Sinon, ce serait soumettre des citoyens à des lois différentes, et établir une discrimination condamnée par notre Constitution et par le droit européen. Si on fait des exceptions pour les PME, il faut les faire aussi pour tout le monde.

C’est un peu ce que dit Pierre Cahuc, dans la Revue française d’économie, il nous montre que les premières entreprises signataires de l’accord de RTT (réduction du temps de travail) sont les plus dynamiques de chaque secteur. Prévoyant des besoins de recrutement, elles auraient accepté de passer un accord de façon à bénéficier de baisses de cotisations sociales relativement généreuses. Il s’agit donc là d’un effet d’aubaine. Les quelques créations auraient donc de toute façon eu lieu, mais quand l’État réduit les cotisations sociales ou verse une aide, il prend en charge une partie du surcoût. Il faut alors s’intéresser à ce qui serait advenu si, au lieu de subventionner la réduction de la durée du travail, le gouvernement avait baissé les cotisations sociales patronales.

Pour les retardataires qui se sont trouvés dans l’obligation de passer au 35 heures sans négociation d’accord, un maintien du salaire pour une durée réduite du travail revient à une augmentation du coût unitaire, donc à des effets défavorables sur l’emploi. Inévitablement, après des embauches initiales, l’emploi va tendre à diminuer, soit parce que l’entreprise perd des parts de marché, soit parce qu’elle va tenter d’économiser davantage de travail pour restaurer ses marges.

Jean Gilles MALLIARAKIS

Questions

1. Quel est l’objectif des 35 heures, comment cet objectif aurait-il dû être atteint ?

2. La réduction du temps de travail a-t-elle un impact sur le PIB ? Sur le niveau de vie ?

3. Peut-on réduire simultanément la durée du temps de travail et la productivité ? Quelles en seraient les conséquences ?

4. Sous quelles conditions les 35 heures créent-elles des emplois ?

5. Vouloir partager le travail existant signifie-t-il que les besoins de la population sont saturés ?

6. Comment la loi sur les 35 heures a-t-elle été modifiée ?

 

Mesurer en valeur et en volume : la suite

26 Juin

Eh oui  la valeur et le volume reviennent … Et ils ne sont pas contents.

Ceci pour deux raisons bien claires : l’éminent professeur que je suis devait vous les expliquer le lendemain et il a attendu 10 jours… Pire encore, pour mieux vous expliquer comme passer de l’un à l’autre, je vais vous contraindre à utiliser des indices.

loupeOui des indices, pas ceux de Sherlock Holmes, non, des indices dont on se sert pour établir des statistiques.

Et je vous ai même pas encore expliqué comment on calcule en indice, qu’à cela ne tienne : le calcul des indices.

Donc pour mesurer la variation du volume des richesses mises sur le marché alors que les prix évoluent en permanence, on va les attraper et les figer ces prix avec vos petits bras grêles.

On les fige à une année que l’on appelle année de base, l’année à partir de laquelle on a commencé à faire nos statistiques ici, donc on dira que l’année de base est 2011. On va donc calculer les PIB en dollars en fonction des prix de l’année 2011.

Comme en indice on commence toujours à 100 (c’est comme ça et pas autrement), on mettra l’indice des prix de l’année de base à 100. Pour l’année d’après, si les prix ont doublé, donc été multipliés par 2, on multipliera par deux l’indice ; par contre si les prix ont été divisés par 2 (ça arrête pas souvent), on divisera l »indice de l’année de base par 2.

Ainsi si les prix ont été multipliés par 3, l’indice à l’année N+1 (l’année suivant l’année de base, que l’on appelle aussi année N) est de … 300 ! Oui tu vois que tu n’es pas si bête.

Reprenons donc les données du tableau et remplaçons la ligne inflation par la ligne indice des prix, comme ceci :

Années

2011

2012

2013

2014 (est.)

PIB en dollars 

1,2 milliard

2,4 milliards

4 milliards

4,5 milliards

Indice des prix

100

200

300

330

On peut donc calculer la production de l’année N en dollars de l’année de base :
[(PIB de l’année N) x 100]/Indice des prix de l’année N

Sachant que 100 représente l’indice des prix de l’année de base, si tu avais envie de me poser la question de savoir pourquoi on avait multiplié le PIB par 100. Mais comme tu es futé tu ne me l’as pas demandé. Pour autant je te réponds quand même !

Donc le savant calcul ci-dessus nous permet d’obtenir le PIB en volume.

Tiens regarde faire le pro :

Pour 2012, PIB en volume = (2,4 milliards x 100)/200 = 1,2 milliard.

Pour 2013, PIB en volume = (4 milliards x 100)/300 =   1, 333 milliard.

Pour 2014, PIB en volume = (4,5 milliards x 100)/330 = 1,364 milliard.

Maintenant, tu vas pouvoir calculer l »évolution du PIB en volume, tu connaîtras enfin le véritable taux de croissance économique du Noland !

On a donc :

Pour 2013 : [(1,333 – 1,2)/1,2] x 100 = 11,08 %

Pour 2014 : [( 1,364 – 1,333)/1,333] = 2,33 %

Il faut le savoir :  

Le PIB en valeur est aussi appelé PIB nominal ou encore PIB en dollar courant (ou euro courant tout dépend de la devise utilisédecruee).

Le PIB en volume est aussi appelé PIB réel ou encore PIB en dollar constant, c’est ce PIB là qui nous intéresse.

Le jour où François Hollande se vantera d’un taux de croissance de 2,33 %, il ne s’agira pas du taux de croissance du PIB français.

Mesurer en valeur et en volume

16 Juin
Quel beau cerveau que celui-là

Quel beau cerveau que celui-là ! Aurait dit Jack L

La fameuse question du calcul en valeur et en volume.
Pas si sorcier que cela surtout par l’exemple, la seule condition pour bien comprendre c’est d’avoir un cerveau.  Cela tombe bien, t’en as un presque tout neuf.

Démonstration par l’exemple : la Principauté de Noland 

La principauté de Noland est un petit pays dont nous supposerons pour simplifier que les seules activités productives sont consacrées à la production de bois et de sabots.

Cela tombe bien parce que pour faire des sabots, il faut du …

Lors de l’année 2011 la production de bois fut vendue sur le marché pour un montant total de 400 millions de dollars. Cette production a été intégralement achetée par les producteurs nolandais de sabots. La production totale de sabots s’est vendue sur le marché national et international pour un montant de 1,2 milliard de dollars.

Déterminons la production de richesse des nolandais en 2011

A priori il semblerait que la richesse produite serait de 400 millions de dollars + 1,2 milliard de dollars.

Bah oui la vente de bois + la vente de paires de sabots.

Mais n’oublions pas que l’intégralité des ventes de bois s’est faite auprès des sabotiers de la Principauté.

Donc si les entreprises forestières de Noland ont bien produit 400 millions de dollars de richesses on ne peut pas dire que les sabotiers en aient produit 1,2 milliard de dollars. Effectivement la vente de sabots rapporte 1,2 milliard de dollars moins les 400 millions de dollars qu’elle a coûté en achats de bois. On dira que la valeur ajoutée des producteurs de sabots est de 800 millions de dollars.

Pour simplifier le PIB de Noland sera la somme des valeurs ajoutées de ses producteurs, soit ici :
– 400 millions de dollars pour les entreprises forestières ;
– 800 millions de dollars pour les sabotiers.

Donc un PIB de 1,2 milliards de dollars.

Eh oui sinon on compterait le bois deux fois, pauvre pomme va !

Supposons maintenant que la principauté de Noland soit la proie d’une inflation galopante en 2012.

La masse monétaire a doublé et les prix aussi, en même temps le PIB est passé à 2,4 milliards de dollars.

Représentons cette évolution dans un tableau :

 Années

2011

2012

PIB en dollars

1,2 milliard

2,4 milliards

Inflation

100 %

Nous constatons donc que le PIB a doublé en même temps que les prix.

Mais est-ce que cela veut dire que les producteurs nolandais ont vraiment produit deux fois plus de richesses ?

La question est bonne et méritait d’être posée.

Regardons y de plus près avec nos petits yeux chassieux.

D »après les chiffres que l’on possède 20 millions de stères de bois ont été vendues en 2011 au prix moyen de 20 dollars la stère ; 64 millions de paires de sabots de variétés diverses ont été vendues au prix moyen de 18,75 dollars la paire.

Pour l’année 2012, le nombre de stères de bois vendues reste de 20 millions, mais le prix moyen a doublé à 40 dollars la stère ; de même 64 millions paires de sabots ont trouvé preneurs au prix moyen de 37,50 dollars la paire. À partir de ces chiffres, on trouve bien 20 millions x 40 = 800 millions de dollars de richesses créées pour les forestiers et [(37,50 X 64 000 000) – 800 000 000] = 1,6 milliard de dollars de richesses créées par les sabotiers.

Le PIB passe bien à 2,4 milliards de dollars alors que le volume de la production vendue n’a pas bougé…

Cette augmentation du PIB ne s’explique donc que par l’inflation.
On dira donc que la PIB en valeur a augmenté de 100 % alors que le PIB en volume a augmenté de … 0 %.

Maintenant à partir du tableau suivant, déterminons en valeur et en volume l’augmentation du PIB pour les années 2013 et 2014 :

Années

2011

2012

2013

2014 (prév)

PIB
en dollars

1,2 milliard

2,4 milliards

4 milliards

4,5 milliards

Inflation (au 1er janvier)

100 %

50 %

10 %

valueÉvolution du PIB en valeur : [(PIB de l’année N) – (PIB de l’année N-1)/PIB de l’année N – 1] x 100

Pour 2013 : [(4 – 2,4)/2,4] x 100 = 66,67 %
Pour 2014 : [(4,5 – 4)/4] x 100 = 12,5 %

On voit bien que le PIB en valeur peut augmenter sous l’effet de la hausse de la production mais aussi de la hausse des prix.

On doit donc distinguer l’effet-volume qui correspond à la hausse de la production, de l’effet-prix qui correspond à la hausse des prix.

Par conséquent, mesurer l’évolution du PIB en volume, c’est-à-dire isoler l’effet-volume implique que l’on neutralise l’effet-prix.

Eh oui comment mesurer la variation du volume des richesses mises sur le marché si les prix évoluent sans cesse ?

Allez on arrête là pour ce soir, je te mets la suite demain, tu vas voir c’est passionnant.

Comment calculer un taux de variation ?

15 Juin

calculusOn parle plus souvent d’un taux de croissance que d’un taux de variation. Cependant, un taux de croissance ne veut pas dire qu’il y nécessairement croissance, il peut aussi y avoir décroissance de la valeur de la variable en question, il serait donc bien approprié de parler d’un taux de variation.

Un taux de variation sert à exprimer la variation des valeurs d’une variable dans le temps :

Variation des valeurs d’une variable

Les variables en question concernent souvent des grandeurs macroéconomiques, elles peuvent être le PIB, l’inflation, le chômage, les importations, les investissements, les dépenses publiques. Mais bien sûr le calcul d’un taux de variation est aussi calculé pour une entreprise qui évaluera la variation de son chiffre d’affaires, pour un ménage qui calculera l’évolution de ses revenus et des taxes que le gouvernement lui impose. En dehors des sciences économiques on calculera aussi le taux de variation des températures par exemple, ou encore le taux de variation de la moyenne d’un trimestre à l’autre.

On calcule cette variation dans le temps : une journée, un mois, un trimestre, un an, un siècle, bien qu’en général on calculera surtout la variation d’une valeur d’une année à l’autre.

Exercice n°1

Les importations de Noland en volume en dollars de l’année 2011 furent de 2,65 millions de dollars en 2011 et de 2,92 millions de dollars en 2012, quel est leur taux de variation entre 2011 et 2012 ?

[(Importations en 2012 – Importations en 2011)/Importations en 2011] x 100 = [ (2,92 millions – 2,65 millions)/2,65 millions] x 100 = 10,19 %

Exercice n°2

Les exportations de Noland en volume en dollars de l’année 2011 furent de 3,12 millions de dollars en 2011 et de 2,59 millions de dollars en 2012, quel est leur taux de variation entre ces deux dates ?

[(2,59 millions – 3,12 millions)/3,12 millions] x 100 = – 16,99 %

Exercice n°3

On sait que les importations de Noland furent de 2,65 millions de dollars en 2011 et que leur taux de variation fut de 10,19 %, quelle formule utiliser pour retrouver le montant des importations de 2012 ?

On part donc d’un montant d’importations de 2,65 millions de dollars, on sait qu’en 2004 le montant de ces importations a augmenté de 10,19 % de 2,65 millions de dollars, ce qui nous donne 2,65 millions + [2,65 millions x (10,19/100)], il suffit ici de mettre en facteur 2,65 millions pour obtenir :

2,65 millions x (1 + 0,1019) = 2,65 millions x (1,1019) = 2,92 millions

Il suffit de vérifier avec l’exercice n°1 que l’on a trouvé le bon résultat, on en déduit qu’un taux de variation de 10,19 % s’obtient en multipliant la valeur de départ par 1 + le taux de variation. On appellera donc (1 + le taux de variation) le coefficient multiplicateur, celui-ci est aussi égal à (valeur d’arrivée/valeur de départ).

Exercice n°4

On sait que les exportations de Noland furent de 3,12 millions de dollars en 2011 et que leur taux de variation fut de – 16,99 %, quelle formule utiliser pour retrouver le montant des importations de 2004 ?

La difficulté apparente ici est que le taux de variation est négatif, mais on sait qu’en multipliant 3,12 millions par le coefficient multiplicateur on devrait retrouver le montant en volume des importations de 2012. Le coefficient multiplicateur = 1 + (- 0,1699) = 0,8301, donc 3,12 millions x 0,8301 = 2,59 millions.

Exercice n°5

Le taux de variation du PIB de Noland est de 1,9 % en 1997, de – 1,1 % en 1998, de 0,2 % en 1999, de 2,8 % en 2000, de 0,4 % en 2001, de 0,2 % en 2002 et de 2,1 % en 2003, quelle est l’augmentation du PIB Nolandais entre le premier janvier 1997 et le premier janvier 2004 ?

Attention :

Ici on serait tenté d’additionner les taux de variation, avant de répondre prenons un exemple simple afin de voir si l’on peut additionner ces taux. Supposons qu’en l’année n le PIB de Noland soit de 20 millions de dollars, il augmente ensuite de 10 % pour passer à 22 millions de dollars à l’année n+1 puis de 5 % pour un PIB de 23,1 millions de dollars en n+2. Si on additionne les taux de variation pour mesurer l’augmentation du PIB de l’année n à l’année n+2, on suppose alors que pour retrouver 23,1 millions de dollars il faille augmenter 20 millions de dollars de 15 %. Or 20 millions x 1,15 = 23 millions. Nous ne sommes pas loin du résultat recherché mais il semble que la méthode de l’addition ne soit pas la bonne.

Essayons encore : à partir des mêmes valeurs, supposons en n+1une augmentation de 100 % du PIB, nous obtenons 40 millions de dollars, une nouvelle augmentation de 100 % du PIB en n+2 nous donne un PIB de 80 millions de dollars. Si l’on part du PIB de l’année n et que l’on additionne les taux de variation, nous trouvons un taux de 200 %, donc 20 millions x (1+2) = 60 millions, nous sommes là loin du résultat.

On ne peut donc déterminer un taux de variation en additionnant les taux de variation intermédiaires, effectivement les pourcentages de variation s’appliquent à des variables qui évoluent : ainsi 10 % de 20 millions < 10 % de 22 millions, en calculant 20 % de 20 millions on restera donc en deça de la valeur recherchée. Or plus les taux de variations entre les valeurs sont importants plus l’erreur que nous commettons en additionnant les taux est importante. La méthode qui convient serait donc celle qui consiste à multiplier les coefficients multiplicateur. Voyons si cela fonctionne pour le PIB de Noland pour les deux hypothèses de croissance ci-dessus : 20 millions x 1,1 x 1,05 = 23,1 millions ; 20 millions x 2 x 2 = 80 millions. La méthode est bien la bonne, il nous est donc possible de calculer ainsi l’augmentation du PIB Nolandais entre 1996 et 2o03. Calcul du coefficient multiplicateur entre ces deux dates : (1 + 0,019) x (1 – 0,011) x (1 + 0,002) x (1 + 0,028) x (1 + 0,004) x (1+ 0,021) = 1,019 x 0,989 x 1,002 x 1,028 x 1,004 x 1,021 = 1,064 Pour passer du coefficient multiplicateur au taux de variation il suffit d’enlever 1, le taux de variation est donc de 1,064 – 1 = 0,064 soit 6,4 %

Exercice n°6

La croissance du PIB de Noland entre le premier janvier 2006 et le premier janvier 2010 fut de 12 %, quel est son taux moyen annuel de croissance ?

Afin de répondre à cette question déterminons le nombre de périodes entre ces deux dates : pour obtenir le PIB au premier janvier 2010 il faut partir du PIB au premier janvier 2006 que l’on multiplie par le coefficient multiplicateur de 2006, puis par celui de 2007, celui de 2008 et enfin celui de 2009. On considère donc 4 périodes au terme desquelles on obtient un coefficient multiplicateur de 1 + 0,12 soit 1,12. Appelons r le taux moyen annuel de croissance, on doit alors résoudre l’équation suivante : (1+r) x (1+r) x (1+r) x (1+r) = 1,12 => (1+r) PUISSANCE 4 = 1,12 => 1+r = 4√1,12 => r = 4√1,12 – 1 => r = 1,0289 – 1 = 0,0289 = 2,89 %.

Exercice n°7

La Chine possède un taux moyen de croissance annuel de 8 %, combien de temps lui faut-il à ce rythme pour doubler son PIB ?

Le doublement du PIB correspond à un taux de variation de 100 % donc à un coefficient multiplicateur de 1 + 1 = 2.

On doit donc résoudre l’équation suivante : (1,08) PUISSANCE n = 2 => 1,08 = n√2, ici il va falloir tâtonner avec la calculatrice jusqu’à trouver n ≈ 9

Il faut donc 9 ans aux Chinois pour doubler leur PIB.