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Les sources de la croissance économique

9 Mar

Un cours particulièrement clair du professeur Caccomo au sujet des sources de la croissance économique et du rôle de l’entrepreneur :

 

PIB ou IDH ?

26 Sep

principesAlors que le Production Intérieur Brut est un indicateur quantitatif, l’Indicateur de Développement Humain se veut un indicateur qualitatif donc tenant compte d’éléments participant à la qualité de vie comme le niveau d’instruction ou encore les conditions sanitaires. Il a été élaboré en 1990 par le PNUD (Programme des  Nations-Unies pour le Développement), organe des Nations-Unies proche des thèses tiers-mondistes, à partir des travaux d’Amartya Sen.

L’IDH est élaboré à partir de trois composantes :

  1. une première variable alliant le taux d’alphabétisation et de scolarisation ;
  2. l’espérance de vie à la naissance ;
  3. le revenu réel par habitant.

Le résultat se situe entre 0 et 1, plus le pays se situe aux alentours de 1 plus son niveau de développement est élevé.

Mais cet IDH pose un certain nombre de problèmes.

Un problème de fiabilité car les statistiques à partir desquelles il est établi sont de qualité inégale selon les pays. Ainsi en l’absence d’un état-civil correctement tenu, les données relatives à l’espérance de vie et à la mortalité ne sont que peu exploitables.

Un problème de sincérité concernant notamment l’alphabétisation et la scolarisation, les résultats issus sont le plus souvent gonflés d’autant que l’appareil statistique permet difficilement d’estimer le taux net de scolarisation en primaire (rapport des enfants d’âge primaire inscrits par rapport au total des enfants d’âge primaire). Les statistiques en terme de revenus ne sont pas non plus sincères lorsqu’elles émanent de dictatures comme Cuba.

Un problème de parti pris de l’IDH dans la mesure où il a été élaboré par des théoriciens anticapitalistes considérant que l’Etat devrait posséder un rôle prépondérant dans toute société et que les échanges marchands ne sont pas à somme positive ! Bien que le PIB tienne compte, à tort ou à raison, de la production non-marchande, les défenseurs de l’IDH donnent à cette production non marchande un poids plus important que la production marchande.

Ainsi l’IDH conduit à surestimer le bien-être par habitants dans les pays socialistes notamment par le critère alphabétisation nécessaire à toute diffusion de propagande.

Par contre l’IDH ne tient pas compte du respect des libertés fondamentales de l’homme, de la stabilité des institutions, du respect de l’état de droit, de la propriété privée et du droit à l’initiative, critères qui peuvent sembler « bourgeois » aux économistes tiers-mondistes mais qui n’en demeurent pas moins des conditions sine qua non de la phase de décollage économique menant au développement. À cet égard d’ailleurs la France est classée à la 44°ème place mondiale dans l’indice des libertés économiques 2006 de l’Heritage Foundation, et se situe à la 24ème place sur l’Europe des 25 (devant la Grèce).

Enfin les pays qui se sont le plus rapidement développés, à savoir les NPI d’Asie du Sud, n’ont pas fait de la scolarisation le préalable du développement. On constate d’ailleurs qu’un fort taux de croissance des dépenses d’éducation n’a pas de retombées positives sur la croissance économique.

Ainsi selon Easterly (2001), sur la période 1960-1985, la croissance annuelle des dépenses d’éducation par enfant était de 2,8 % en Asie de l’Est et de 4,3 % en Afrique sub-saharienne, pourtant la croissance n’atteint que 0,5 % par an en Afrique sub-saharienne alors qu’elle fut de 4,2 % par an en Asie de l’Est. Ceci s’explique d’une part par la qualité défaillante de l’éducation dispensée ou par son côté idéologique dans les dictatures marxistes, et d’autre part par la faible incitation à continuer des études quand les perspectives de promotion sociale sont faibles de par l’absence de développement. Effectivement c’est le développement économique à partir de la production marchande qui est le préalable à la scolarisation et à l’alphabétisation ainsi qu’à l’élévation des conditions sanitaires et non le contraire.

On peut classer des pays à niveau de développement inégal par leur IDH et leur PIB par habitant en parité de pouvoir d’achat.

Valeur de l’IDH (2012) PIB par habitant en parité de pouvoir d’achat (2011)
Norvège 0,944 63 909
USA 0,914 52 308
Japon 0,89 36 747
France 0,884 36 629
Arabie Saoudite 0.836 51 924
Cuba 0.815 20 611
Algérie 0,717 14 167
Pakistan 0,515 4 844
Libéria 0.442 840
Soudan 0,414 4 068
PNUD, Rapport sur le développement humain

Le PIB en parité de pouvoir d’achat (PPA) est le PIB converti à un taux de change (calculé par la Banque Mondiale et l’OCDE) qui permet de niveler les différences de prix entre pays. Un dollar exprimé en PPA a le même pouvoir d’achat dans un pays donné qu’un dollar américain aux États-Unis.

rdotQUESTIONS

  1. En quoi le PIB est-il un indicateur quantitatif ? N’est-il pas aussi d’un certain façon qualitatif ?

Quantitatif car le PIB mesure des quantités, c’est-à-dire la somme des valeurs ajoutés. Mais il possède des implications qualitatives car c’est bien l’augmentation des richesses dans un pays (notion quantitative) qui permet une amélioration qualitative.

  1. Comparer la situation de ces différents pays selon les indicateurs IDH et PIB par habitant, que constatez-vous ? Expliquez 

Ces richesses qui échappaient au PIB !

28 Avr

Quitte à utiliser un agrégat des richesses produites autant en trouver un qui nous permette de mesurer vraiment la richesse créée sur le territoire d’un pays, afin qu’il puisse nous renseigner sur l’évolution du niveau de vie et que nous puissions effectuer des comparaison de richesse entre pays par l’utilisation du ratio PIB par habitant.

Malheureusement le PIB a quelques faiblesses dues à ce qu’il ne recense pas à tort ou à raison et à ce qu’il recense abusivement ou non.

En réalité le problème du PIB c’est qu’il est un indicateur dont l’évaluation est issue d’informations statistiques déclarés er enregistrés par la comptabilité nationale, mais également traités par les services fiscaux. Or les créateurs de richesses font quelquefois des cachoteries au fisc.

I. Jusqu’à présent, on ne comptabilisait pas :

A. La production informelle

1. Les aspects de la production informelle

Le bouilleur de cru clandestin fabrique de l'alcool sans le déclarer au fisc. Il est à la fois dans la production domestique et dans l'économie informelle

Le bouilleur de cru clandestin fabrique de l’alcool sans le déclarer au fisc. Il est à la fois dans la production domestique et dans l’économie informelle

La production informelle c’est le dépanneur de télévision qui fournit son service de réparation et se fait payer en liquide ; le restaurateur qui minimise le nombre de repas servis ; une amie qui fabrique des bijoux artisanaux et les vend par le bouche à oreille sans avertir les services fiscaux de ce que lui rapporte son commerce, toutes ces activités sont  clandestines et non déclarées.

Mais la production informelles ce sont aussi des activités illégales par nature, comme l’ami d’un ami qui copie des logiciels et en écoule des versions pirates ; le dealer qui vend de la drogue ; le fabriquant de produits textiles qui propose des griffes en contrefaçon.

À noter que les activités clandestines et activités illégales sont pénalement répréhensibles et que les activités illégales sont, par définition, toujours clandestines. Eh oui, imaginez un peu ce qui va arriver aux fabricants de faux sacs Vitton qui s’empresse de déclarer aux impôts qu’il a un chiffre d’affaires de 100 000 euros de sacs en contrefaçon.

Pourtant, indépendamment du jugement moral que l’on peut porter sur les activités informelles, celles-ci correspondent à des besoins donc possèdent une valeur aux yeux de ceux qui les consomment. À ce titre elles font partie des richesses produites même s’ils ne sont pas recensables.

Ainsi un impôt 0 pour celle qui fabrique des bijoux à domicile aboutirait au recensement de son activité et à une hausse du PIB, on remarque d’ailleurs que les mesures favorisant le statut d’auto-entrepreneur favorise la déclaration de richesses créées, mais que les allègements fiscaux disparaissent et c’est la production informelle qui augmente.

2. Effets de la production informelle sur le PIB

La production informelle issue des activités non déclarées et illégales, on parle aussi d’économie souterraine, n’apparaît pas dans la création de richesse du pays. Cela conduit à sous-estimer la production de certains pays ou de certaines régions comme par exemple celle du sud de l’Italie ou encore la Grèce, considérant les oublis de déclaration de richesses qui ont battu des records dans ce pays.

En fait la déclaration d’une partie de la production réalisée a tout simplement été omise afin de limiter les impôts et taxes à payer et cela se vérifie dans les faits. Ainsi le PIB de la Russie a remonté avec l’instauration d’une taxation plus simple et moins écrasante, ce n’est pas dû au fait que la production ait explosé du jour au lendemain, mais au fait que la production non déclarée ait baissé.

B. La production domestique

Comme nous l’avons vu, le prix de marché sert à estimer la valeur de la production. De même qu’il est difficile d’estimer la valeur de la production non-marchande, il ne sera pas facile non plus d’estimer la valeur de la production produite et consommée par le producteur que l’on appelle aussi production domestique. Bien que cette production soit la plupart du temps le fait des ménages, donc de personnes privées à la différence d’une production non-marchande, elle ne sera pas non plus cédée sur un marché.

Il en va ainsi des carottes cultivées dans le jardin pour être mangées par le cultivateur du dimanche et sa famille, sa production comptera pour rien dans le PIB alors que s’il avait acheté ses carottes au marché, la valeur ajoutée du  maraîcher qui les lui aurait vendu serait tombée dans les chiffres de la production intérieure.

Anormal peut-être, puisque l’autoconsommation de carottes n’enlève rien au fait que ces carottes aient été produites.

Mais l’exemple le plus amusant des effets de la production privée non vendue sur le PIB concerne le mariage d’un particulier avec sa domestique. Avant le mariage, la domestique dûment déclarée aux services sociaux et fiscaux, participe à l’accroissement du PIB par sa prestation de service marchand, après le mariage c’en est fini car les tâches ménagères ne feront plus l’objet de prestations marchandes. Évidemment il est aussi toujours possible que l’ex-domestique force son nouveau mari à faire la vaisselle, mais cela ne nous regarde pas.

Cependant ces cas de production privée non rémunérée sont marginaux dans les pays développés et leur recensement pose problème à moins d’obliger chacun à déclarer ce qu’il cultive ou de vérifier si l’ancienne bonne fait toujours le ménage.

Pour les pays en développement par contre la production domestique est importante. La production de l’agriculture vivrière n’est pas recensée alors qu’elle assure le moyen de subsistance d’une partie encore importante de la population.

C. Le bénévolat

La production non rémunérée ne peut être recensée dans le PIB. Le travail bénévole, qui, hors association, est souvent suspecté d’être du travail au noir, ne compte donc pas pourtant il génère bien une valeur mais elle est difficile à estimer.

II. Mais maintenant on compte aussi :

Le problème étant que les statistique doivent être harmonisées au seins de l’Union Européenne. Or en Europe ce qui est illégal dans un pays ne l’est pas forcément dans l’autre.

A. La production informelle

Pour l’institut statistique européen Eurostat, il convient donc de comptabiliser dans chaque pays de l’Union européenne les activités de prostitution et le commerce de la drogue dans le calcul du PIB. Eurostat impose en effet que toutes les transactions commerciales librement consenties, légales ou non, soient comptabilisées dans le PIB.

Ainsi le PIB de l’Espagne a, d’un coup de baguette statistique, augmenté de 9 % pour l’année 2010 avec la prise en compte de ces activités.

L’INSEE pour la France a refusé d’appliquer cette nouvelle comptabilisation en considérant que de telles activtés ne sont pas librement consenties, reconnaissant que certes la prostitution est partiellement comptabilisée car les prostituées sont censées déclarer leur revenu, mais qu’il n’est pas question d’intégrer le proxénétisme ou le trafic de drogue.

B. La production domestique

jardinIl était convenu que toute production aux fins de satisfaire ses propres besoins sans passer par le marché ne pouvait figurer dans le PIB faute de pouvoir estimer un montant facturé : on ne peut se facturer à soi-même.

Cependant les statisticiens de l’INSEE pratiquent des exceptions puisqu’ils comptabilisent tout de même une production non vendue et autoconsommée : celle des jardins ouvriers.

Dans la même logique mais avec un raisonnement un peu tordu l’INSEE nous considère tous comme des locataires réels ou fictifs. Il est évidemment normal  que les services d’hébergement soient comptabilisés, ainsi un propriétaire louant son appartement est un prestataire de service marchand. Mais le fait pour un propriétaire d’habiter son propre logement correspond à une prestation de service qu’il se fait à lui-même, le PIB enregistrera donc pour chaque propriétaire résidant chez lui un loyer fictif correspondant à ce qu’il aurait perçu en tant que bailleur. Tu aurais loué l’appartementque tu occupes 600 euros par mois si tu étais locataire, mais tu es propriétaire  ? Alors on va rajouter la somme au PIB !

On peut conclure de tout cela que le PIB n’est pas le meilleur des indicateurs pour  exprimer le bien-être dans une société, tout cela parce qu’il a subi de multiples transformation de son mode de calcul.

Il pourrait d’ailleurs en subir bien d’autres, puisque certains  veulent exclure du PIB la valeur ajoutée généré par des produits polluants. C’est là un argument souvent développé par les partisans de la croissance 0 et du développement durable, nous aurons l’occasion d’en reparler dans le chapitre consacré aux relations entre l’économie et l’environnement.

Mais nous ne pouvons que constater que la réponse aux défis écologiques passe par le développement économique et le progrès technologique. Ainsi si la croissance du PIB s’accompagne de pollutions, elle créé également un marché pour la dépollution qui à son tour vient alimenter le PIB.

Ce qui pourrait le mieux traduite les richesses créées c’est la valeur ajoutée marchande. Ceci précisé le PIB reste tout de même le « moins pire » des indicateurs.

Le PIB, un indicateur critiqué

24 Jan

 

Gregory Mankiw

Gregory Mankiw

Le PIB mesure à la fois le revenu total de l’économie et la dépense totale en biens et services. Le PIB par tête nous indique donc le revenu et la dépense du Français moyen. Chacun préférant gagner plus et dépenser plus, le PIB par habitant semble donc être une mesure naturelle du bien-être économique individuel de l’individu moyen.

Néanmoins, tout le monde n’est pas d’accord sur ce point. En 1968, alors qu’il était candidat à l’élection présidentielle, le sénateur américain Robert Kennedy s’exprimait ainsi :

« [Le PIB] ne reflète pas la santé de nos enfants, la qualité de leur éducation ou le plaisir de leurs jeux. Il n’inclut pas la beauté de notre poésie, la force de nos mariages, l’intelligence du débat public ou la probité de nos fonctionnaires. Il ne mesure pas notre courage, ni notre sagesse, ni notre dévotion à notre pays. En fait, il mesure tout sauf ce qui fait que la vie vaut d’être vécue, et nous dit tout sur l’Amérique, sauf pourquoi nous sommes fiers d’être Américains.» 

Robert Kennedy a raison. Pourquoi attache-t-on alors autant d’importance au PIB ?

Parce qu’un PIB important nous permet de vivre mieux. Certes, le PIB ne mesure pas la santé de nos enfants, mais les pays à PIB élevé ont les moyens d’assurer des prestations médicales de qualité pour les enfants. Le PIB ne mesure pas la qualité de l’éducation dispensée aux jeunes, mais les pays à PIB élevé sont dotés de systèmes éducatifs de meilleure qualité. Le PIB ne mesure pas la beauté de la poésie, mais les pays à PIB élevé peuvent se permettre d’apprendre à lire à davantage de gens et leur offre donc la possibilité d’apprécier la poésie. En résumé, le PIB ne mesure pas directement ces choses qui font que la vie vaut d’être vécue, mais il mesure notre capacité à produire ce qui rend la vie agréable.

Le PIB n’est donc certainement pas une mesure parfaite du bien-être. Des choses essentielles ne sont pas prises en compte dans le PIB. Les loisirs, par exemple. Si tout le monde travaillait sept jours par semaine, au lieu de cinq aujourd’hui, la production de biens et de services serait nettement supérieure, et le PIB bien plus élevé. Mais la perte du week-end et de ses possibilités de loisirs ne serait certainement pas une bonne chose en termes de qualité de vie.

Autre exemple d’élément qui n’entre pas dans le calcul du PIB, la qualité de l’environnement. Si le gouvernement éliminait toute la réglementation antipollution, les entreprises entreprises pourraient produire davantage sans se préoccuper de la pollution qu’elles génèrent. Le PIB augmenterait donc, mais le bien-être social pourrait bien décliner.

Et comme le PIB valorise les biens et services à l’aide des prix de marché, il exclut par construction toutes les activités qui s’exercent en dehors des marchés. L’éducation des enfants par exemple contribue de toute évidence au bien-être social, mais n’est pourtant pas reflétée par le PIB. Si les parents décidaient de travailler moins afin de consacrer davantage de temps à leurs enfants, la production de biens et services diminuerait et le PIB déclinerait, une diminution qui ne signifierait pas nécessairement une détérioration des conditions de vie.

Par conséquent, on pourra conclure que le PIB est un indicateur correct du bien-être social, dans la plupart des cas, même s’il est important de se souvenir de ce qu’il prend en compte et de ce qu’il ignore.

Gregory MANKIW, Principes de l’économie, Economica, 1998

On peut aussi reprendre une démonstration habituellement utilisée pour critiquer la notion du PIB :

Supposons que votre professeur d’économie, après un repas un peu trop arrosé, prenne son véhicule pour se rendre au lycée. Sous l’effet de l’ivresse il percute un pilône électrique et perd connaissance.

Un tel évènement est certes regrettable, il aurait mieux valu qu’il n’advienne pas, mais il va contribuer à augmenter le PIB.

Ainsi suite à l’accident un véhicule du SMUR viendra transporter le professeur blessé dans un service hospitalier. Les policiers pourront demander un alcootest sanguin qui révèlera l’état du conducteur et conduira à un retrait de permis. Le véhicule hors d’usage sera pris en charge par un casseur et le pilône électrique sera remis en état par les services du conseil général. Transféré dans une clinique pour une rééducation de la hanche, le professeur fera intervenir sa mutuelle et enfin il devra repasser son permis de conduire et se racheter un nouveau véhicule.

Cette triste affaire a permis d’augmenter le PIB en créant de nouvelles valeurs ajoutées d’abord pour les services hospitaliers et la clinique, pour le casseur, pour le fabricant d’appareils d’éclairage urbain, pour l’auto-école et le concessionnaire automobile.

Maintenant imaginons que le même accident ait eu lieu dans un pays très pauvre comme la Mauritanie, le conducteur a fait une sortie de route et son véhicule s’est retourné. L’absence de véritables services de secours a fait qu’il a été pris en charge par des particuliers, malheureusement il est décédé avant d’atteindre le premier hôpital, fin de l’histoire. L’accident n’a pas permis d’augmenter le PIB car la victime est morte.

Que peut-on conclure de cette démonstration ?

La production non marchande a-t-elle de la valeur ?

23 Jan

 

nice peopleL’hôpital avant la télé-réalité ?

Le numéro de juin 2003 d’Alternatives Economiques, sous la plume de Denis Clerc s’est intéressé à la réforme du RMI et plus particulièrement à la création du Revenu Minimum d’Activité qui permettrait d’aider des emplois non seulement dans le secteur non marchand – comme c’était le cas pour les contrats emploi-solidarité – mais aussi dans le secteur marchand. Là dessus il précise vite pour ceux qui auraient pu le croire « qu’il ne s’agit pas pour autant d’affirmer, comme le font les libéraux, que ce seront donc de «vrais » emplois, alors que les CES seraient de « faux » emplois : comme si les besoins qui poussent les gens à aller à l’hôpital public ou dans une association de lutte contre les violences conjugales étaient moins importants et fondamentaux que ceux qui les poussent à aller acheter des grilles de PMU ou à s’abonner à la diffusion en continu de Nice People ! (émission de télé-réalité) »

On peut synthétiser cette indignation par une profession de foi : « Il est faux de considérer que les emplois publics seraient inutiles, en réalité on peut estimer que les besoins satisfaits par l’hospitalisation publique sont plus importants que ceux liés à l’abonnement à une chaîne de diffusion en continu de Nice People. »

L’utilité, une notion subjective et quantifiable

À cela un de mes élèves répond : « L’auteur de l’article juge en fonction de ce qu’il considère lui comme utile, il considère que ses besoins à lui doivent être les besoins de tous, c’est un dictateur et je ne permettrai jamais plus à personne de juger de ce que je trouve utile ». Ca c’est le cri du cœur, mais il a bien compris que les besoins sont subjectifs et l’utilité que nous ressentons à utiliser ce qui satisfait nos besoin est donc tout aussi subjective. En conséquence dire que ceci est plus utile que cela correspond à une analyse de ses besoins personnels, analyse pas forcément transposable au reste de l’humanité, même si l’on peut supposer qu’elle le soit dans le cas cité.

Mais la critique étudiante est poussée plus loin : « En plus le problème est très mal posé, si j’étais gravement malade je préfèrerais consacrer mon budget à me soigner plutôt qu’à regarder Nice People, je pense que ce serait pareil pour tout le monde. Mais alors dans ce cas on verrait facilement ce qui est considéré comme le plus utile au niveau d’un ensemble de personnes tout ça grâce au système des prix.  » . Bien raisonné, le système des prix permet de confronter des besoins différents lors d’un échange, effectivement lorsque le besoin que nous ressentons pour un bien ou un service est supérieur à son prix, nous choisissons de l’acquérir. Mais pour l’acquérir faut il encore que quelqu’un nous le propose et pour que ceci arrive, il faut que le prix obtenu de ce bien ou service soit supérieur à l’utilité ressentie pour ce bien par son offreur. Le prix se fixe donc à un niveau médian entre des besoins subjectifs tous différents.

Qu’elle est l’utilité de la production non marchandes ?

Mais mon élève continue sa démonstration : « Le problème des services publics c’est qu’ils sont décidés en dehors des besoins véritablement exprimés par la population mais en fonction des intérêts de groupes organisés qui n’en sont pas forcément consommateurs. En fait les services non marchands sont ressentis comme gratuits puisque ceux qui en paient le prix n’ont pas le choix de ne pas payer. Ces services non marchands pourront être consommés sans limitation sauf contrôle administratif ou files d’attente, ils seront donc proposés et créeront des emplois publics toujours plus nombreux, maintenant ce qu’on sait seulement est que leur utilité est supérieure à 0, mais quand on sait ce que ça nous coûte en impôts et taxes, je dirais que globalement c’est désutile. Enfin pour moi. »

La vrai question est donc la suivante : comment juger de l’utilité en dehors d’un marché libre ? Et partant comment déterminer la valeur créé par la production non marchande ?

C’est bien la le problème, quelle est la valeur c’est-à-dire la satisfaction issue de la prestation d’un service non marchand ?

gaspipublicÀ cette question bien malin qui répondra. C’est encore dans le magazine « Alternatives Economiques » que Jacques Généreux pose ainsi le problème : « Un gouvernement à la recherche d’un État plus efficace se demanderait si chaque euro dépensé peut, ou non, être plus utilement affecté à un autre emploi public. » Ici il n’est pas question de dépenser moins mais à la rigueur de dépenser autrement, certaines dépenses publiques peuvent donc être moins utiles que d’autres ? D’accord avec le syndicaliste lambda je dirais que cela n’a aucun sens, alors que ce dernier dirait que ce qui est utile c’est ce pourquoi il est payé, j’avancerais qu’il est impossible de mesurer l’utilité d’une dépense publique dans la mesure où l’utilité ne se révèle que par des choix individuels réalisés par ceux qui paient le prix desdits choix. A coût égal l’employé de la voirie est-il plus utile que celui de la piscine municipale ?

La production non marchande augmente-t-elle artificiellement le PIB ?

Les services non marchands peuvent être utilisés aussi longtemps que leur utilité est supérieure au coût d’opportunité de leur consommation auquel on peut ajouter la participation éventuellement demandée pour en jouir. Il en découle évidemment une surconsommation qui d’apparence légitime le rôle desdits services. Cependant un service non marchand s’il se révèle correspondre véritablement à des besoins fondamentaux et pas forcément vitaux d’ailleurs, n’a plus besoin de rester service non marchand. Les acteurs de ce service trouveront alors la juste rémunération de leur utilité à travers un prix de marché qui éteindra toute pénurie ou surproduction.

Questions :

Chaque euro dépensé par l’Etat ne serait pas plus utilement rendu aux entreprises et aux contribuables pour qu’ils en fassent l’usage de leur choix. »
Si oui, cela permettrait-il alors d’augmenter le Produit Intérieur ?

Non
Considérer que la production non marchande augmente de façon artificielle le PIB revient-il à remettre en cause l’action de l’Etat dans la société ?
Non, les fonctions régaliennes de l’Etat, la notion de biens publics et d’externalités mis en avant pour justifier le rôle actuel de l’Etat sont un autre problème, que ces fonctions soient légitimes ou non leur prestation par l’Etat ne créé pas une valeur estimable par un indicateur de croissance.
Pourrait-on trouver un moyen d’estimer la valeur relative des services non marchands ?
On pourrait tenter de déterminer la valeur de telle ou telle production non marchande, mais on se heurte à la non-révalation volontaire des choix individuels (cavalier libre) et au paradoxe d’Arrow.
L’augmentation du PIB traduit-il un augmentation du pouvoir d’achat ?
L’augmentation du poids des services non marchands se traduit par des prélèvements obligatoires plus importants. Dans un pays comme la France où la moitié des richesses sont prélevées par l’Etat, la croissance du PIB reflète en partie la croissance des fonctions de l’Etat dans l’économie, ce qui ne coïncide pas nécessairement avec une augmentation du pouvoir d’achat.

Un agrégat de la création de richesses ne peut qu’additionner des valeurs créées

L’économiste Murray Rothbard tient compte du problème de comptabilisation de la production non marchande dans le PIB.

Afin de déterminer un agrégat additionnant vraiment les valeurs créées, il définit deux agrégats :

    La Produit National Privé (PNP) défini comme le Produit National Brut (PNB) dont l’on retire les production issue de l’Etat et des entreprises publiques. Mais dans la mesure où les entreprises publiques vendent leur production sur un marché, il semble plus judicieux de ne déduire que la part subventionnée de leur production.

    Le Produit Privé restant aux Producteurs (PPP) est calculé en déduisant du PNB les revenus de transfert ainsi que les dépenses publiques. Effectivement ces postes sont déduits car ils sont versés aux non-producteurs, ils représentent une ponction sur les richesses créées. Mais là encore on pourrait considérer que déduire les revenus de transferts et les dépenses de l’Etat revient, en partie, à déduire deux fois la même chose. A cela Rothbard répond par un exemple. Supposons une économie simplifiée dans laquelle les agriculteurs produisent 1 000 boisseaux de blé, l’Etat en prélèvera 200 sous forme de taxes afin de subventionner des productions non marchandes. Le PNB serait alors de 1 200 boisseaux de blé, le PNP de 1 000 boisseaux et le PPP de 800 boisseaux. 800 boisseaux seulement car il s’agit de ce qui resterait entre les mains des producteurs après impôts.

leclercL’utilisation de ces nouveaux agrégats concernant l’économie américaine (une économie dans laquelle l’intervention de l’Etat est bien moindre qu’en France) nous montre qu’alors que le PNB a crû au rythme moyen de 3,5 % par an entre 1947 et 1983, le PNP n’a augmenté que de 2,4 % par an. Cet écart se creuse lorsque l’on considère la période 1973-1983, en effet la hausse du PNB est de 2,8 % contre seulement 1 % pour le PNP, on constate même que sur la période 1978-1983 le PNB continue à augmenter alors que le PNP baisse de 0,4 % par an. Si l’on transpose à la situation française, on se rend compte que les écarts sont encore plus importants attendu la place prépondérante prise par l’Etat dans l’économie, ceci expliquerait que la faible augmentation du PNB s’accompagne d’une baisse du pouvoir d’achat de la population puisque la valeur ajoutée créé par le secteur marchand n’augmente plus… (voir la publicité d’Edouard Leclerc)

En effet le meilleur indicateur de l’augmentation du niveau de vie serait alors le PPP que l’on divise par le nombre de producteurs marchands, ce qui implique que l’on ne tienne pas compte des producteurs non marchands tels que les fonctionnaires. Des travaux statistiques montrent qu’à partir de 1966 l’augmentation du PPP par producteur aux Etats-Unis n’augmente plus, qu’il stagne voire régresse puisqu’il est le même en 1964 et en 1983.

Mais la principale critique à faire aux indicateurs de Murray Rothbard est le refus de prendre en considération la valeur générée par la production non marchande. Les fonctions régaliennes de l’Etat : armée, justice et police ont une utilité, il est très difficile d’estimer leur valeur mais celle-ci ne peut être rendue égale à zéro. La non-excluabilité de ces services non-marchands en ferait des biens collectifs, c’est-à-dire des biens pour lesquels les bénéficiaires ne révèlent pas spontanément la valeur qu’ils leur attribuent puisqu’ils espèrent en bénéficier en laissant les autres payer ces services à leur place, on parle là de cavaliers libres.

 Même en supposant le caractère de biens collectifs de certains services non-marchands, leur inclusion dans le PNB pose véritablement problème dans la mesure où ces services procurent rarement une utilité directe à leurs usagers, il s’agit en effet le plus souvent de consommations intermédiaires ce qui est évident pour la défense. Or le PNB est défini comme la somme des valeurs ajoutés, il exclut donc les consommations intermédiaires. En conséquence, exclure les services non marchands du PNB ne revient pas à leur dénier toute utilité, il s’agit seulement d’une rigueur comptable.

D’un autre côté, nombreux sont ceux qui jugent certains services non marchands inutiles même s’ils ne s’accordent pas sur ceux qui le seraient. Lipset et Schneider citent un sondage auprès des contribuables révélant que ceux-ci considèrent que 48 % des prélèvements obligatoires auxquels ils sont soumis sont gaspillés (1). David Boaz a estimé qu’une part des dépenses publiques ne servent à personne sauf aux intérêts particuliers qui ont fait pression pour en bénéficier directement (2). La Commission Grace s’est penchée sur l’efficacité des dépenses publiques et leur intérêt, elle a déduit de son enquête que le tiers des dépenses était « dilapidée en gaspillages » (3).

D’après Robert BATEMARCO, Review of Austrian Economics

Questions : 

1. Expliquez en quoi la production non marchande peut être en grande partie assimilée à des consommations intermédiaires, indiquez-en des exemples.

2. Comment le PNB par habitant peut-il croître alors que le pouvoir d’achat des ménages stagne ?

3. Rappeler ce que sont les biens collectifs, les cavaliers libres, les dépenses publiques sont-elles à classer dans les financement des biens collectifs ?

4. Pourquoi utilisera-t-on de préférence le PNP au PNB en tant qu’indicateur de croissance économique ?

(1) Lipset et Schneider, The Confidence Gap (New York, Free Press, 1983).

(2) David Boaz, How to Really Cut the Budget, Inquiry, 12 avril 1982.

(3) Peter Grace, War on Waste : President’s Private Sector Survey on Cost Control (New York : Macmillan, 1984).

Mesurer la production

22 Jan

I. Le choix de l’unité de mesure

  • A. L’unité monétaire
Les pièces seraient plus belles s'il n'y avait pas les symbole de l'Etat dessus.

Les pièces seraient plus belles s’il n’y avait pas les symbole de l’Etat dessus.

Les richesses produites dans une société sont de natures diverses, il s’agit de bijoux précieux, de téléviseurs, de conseils en marketing,  de concerts rock payants, de fruits et de légumes, etc …

Comment additionner ces richesses si dissemblables, autrement dit comment comptabiliser l’ensemble des richesses produites, comment bâtir cet agrégat qui mesurerait de façon certaine la production des richesses dans un pays lors d’une année civile ?

On ne peut pas additionner des téléviseurs et des tomates mais, en se creusant un peu les méninges on peut trouver un point commun à toutes ces marchandises : elles sont vendues sur un marché donc possèdent tous un prix de vente qui dépendra de leur offre et de leur demande. Ce prix de vente est défini dans l’unité monétaire du pays.

  • B. Mais les unités monétaires peuvent perdre de leur valeur

On évaluera donc la production en valeur, c’est-à-dire en fonction des prix du marché dans la monnaie du pays. Que ce soit en dollars, en euros ou en yens il est facile d’additionner la valeur de la production vendue.

Mais si une monnaie n’est pas stable, qu’elle perd de sa valeur par exemple, cette monnaie ne sera plus un bon outil de mesure de la production.

Par exemple si la valeur de la production double, mais qu’en même temps ce sont les prix qui ont doublé alors Est-ce que l’on a vraiment produit davantage ? La réponse est évidemment non.

Dans ce cas comment mesurer l’évolution des richesses produites dans le temps ?

La réponse est ici :  Mesurer en valeur et en volume 

II. Production marchande et non marchande

  • A. Évaluer la production marchande

La production de biens et services marchands se mesure facilement puisqu’elle est vendue sur le marché, elle pourra donc logiquement être évaluée par son prix de vente qui révèle la valeur accordée à cette production.

  • B. Évaluer la production non marchande

Par contre la production non marchande ne peut se mesurer de la même façon. En effet elle consiste en des services non-marchands financés principalement par les prélèvements obligatoires et fournis « gratuitement » (en réalité payés aux prix fort par les contribuables) ou à moins de 50 % de leur coût de revient aux usagers.

La production non-marchande ne peut donc être évaluée sur un marché.

spockFace à cette difficulté qui empêche de déterminer la valeur de la production non marchande, les statisticiens ont donc décidé de comptabiliser cette production en fixant sa valeur à hauteur de la somme des coûts de production supportés par les administrations pour les produire.

La valeur finale de la production non marchande est donc estimée à son coût total de production, lequel recouvre notamment les consommations intermédiaires, la rémunération du personnel, la consommation de capital fixe et les impôts liés à la production.

Donc plus les fonctionnaires coûtent chers aux contribuables, plus la valeur estimée de leur production grandit, c’est plutôt bizarre non ?

III. Calculer le PIB

  • A. Le PIB additionne des valeurs 

L’agrégat que la comptabilité nationale a choisi pour déterminer la valeur de l’ensemble des biens et services produits par un pays sur une période donnée est le Produit Intérieur Brut.

La valeur de la production retenue est celle de la production vendue (biens et services marchands) ou fournie en partie ou intégralement aux frais du contribuable (services non-marchands), ainsi les statisticiens de l’INSEE calculent le PIB en effectuant l’addition de la production marchande et la production non-marchande.

  • B. Comment additionner des valeurs correctement ?

Mais attention, en additionnant toutes les productions on peut compter un même produit plusieurs fois puisque certains biens et services sont achetés par des producteurs pour être incorporés dans les produits qu’ils fabriquent. C’est pour cela que l’on ne comptabilise que les biens et services finaux.

Ainsi dans un pays où l’on produit pour 10 millions d’euros de pneus, 25 millions d’équipements automobiles, où l’on construit et vend pour 68 millions d’euros d’automobiles, peut-on dire que le PIB est de 10 millions + 25 millions +  68 millions ?

Pour répondre à cette question il faut se demander si les pneus et les équipements sont vendus à des consommateurs finaux ou aux fabricants d’automobiles qui les utilisent comme consommations intermédiaires pour les transformer en des produits finis.

En supposant que l’intégralité des pneus et équipements sont achetés pour se transformer en automobiles alors on  ne peut additionner ces productions, eh oui pov’ pomme,  si l’on compte par exemple la production de pneus et d’automobiles on comptera deux fois les pneus puisque évidemment chaque automobile vendue comprendra aussi ses roues.

En conséquence le PIB de ce pays spécialisé dans les automobiles ne consistera qu’en la production du seul produit final, il sera donc de 68 millions d’euros.

  • C. La valeur ajoutée, y a que cela de vrai !

Bien sûr en réalité certains pneus et équipements seront vendus au détail et ceux-ci devront s’ajouter à la production finale. Donc pour calculer le PIB il faudra déterminer la valeur ajoutée du producteur  c’est-à-dire déduire de la valeur de sa production au prix du marché, toutes les consommations intermédiaires. Ainsi  la valeur ajoutée représente la contribution productive propre d’une entreprise.

Valeur ajoutée = Valeur des biens et des service produits – Valeur des consommations intermédiaires

Notons que les consommations intermédiaires comprennent les matières premières, l’énergie, les produits semi-finis, les services marchands mais pas le capital fixe.

Pour aller plus loin 

On se rend compte qu’il est difficile de calculer la valeur ajoutée pour le secteur non-marchand, les statisticiens de l’INSEE conviennent donc que leur  valeur ajoutée sera égale à  : rémunérations des salariés + consommation de capital fixe (amortissements) + impôts liés à la production.

On distingue la valeur ajoutée au prix du marché comprenant les taxes, les impôts indirects (TVA …), éléments qui ne sont pas une contribution de l’entreprise à la satisfaction du consommateur, et la valeur ajoutée au coût des facteurs, qui élimine les impôts (valeur ajoutée hors taxe).

VA au coût des facteurs = VA au prix du marché – taxes et impôts

Une partie de la valeur créée est destinée à remplacer du matériel usé (amortissement ou investissement de remplacement), elle constitue une consommation de capital fixe (les machines, équipements, bâtiments sont appelés capital fixe), c’est pourquoi on parle de valeur ajoutée brute. Pour passer à la valeur ajoutée nette il suffit de déduire la consommation de capital fixe.

Le PIB est donc défini comme la somme des valeurs ajoutées hors taxe réalisées par les unités institutionnelles résidant en France à laquelle on ajoute la TVA grevant les produits et les droits de douane. Ce produit intérieur brut valait en 2014 en France : 2060 milliards d’euros.

    D. PIB, PNB, PIN

Une fois la production déterminée, un nouveau choix est à réaliser pour présenter la production réalisée.

Le Produit Intérieur Brut ne mesure que la valeur de la production réalisée en France sur le territoire métropolitain. Cela signifie que quelle que soit la nationalité de l’entreprise qui produit en France elle contribuera à former le PIB, par contre une entreprise française implantée en Italie ou aux États-Unis ne verra pas sa production apparaître dans le PIB français.

Si l’on choisit d’utiliser à la place du PIB le PNB (Produit National Brut), il en ira tout autrement. En effet le PNB prend pour critère l’appartenance nationale ; on estimera ce qui est produit par les entreprises françaises sur le territoire national mais aussi à l’étranger. Par contre, l’activité de entreprises étrangères sur le sol national ne sera pas prise en compte.

Pour perfectionner l’agrégat de mesure des richesses créées en une année, on peut vouloir aussi tenir compte de  la dépréciation des machines et des bâtiments au cours de la production. L’usure du capital fixe, son amortissement, pourra donc être déduite du PIB pour obtenir le Produit Intérieur Net.

PIN = PIB – Consommation de capital fixe

La question des 35 heures

17 Jan
Feu rouge pour l'activité

Feu rouge pour l’activité

Une fausse solution anti-chômage

Il n’existe pas un stock fini d’emplois à répartir au sein de la société.

Aussi, dire qu’il n’y a pas de travail pour tout le monde, et donc que ceux qui travailleraient plus voleraient du travail aux autres est une bêtise.

Un tel raisonnement consiste à déterminer le nombre d’heures de travail salarié en France et de diviser ce nombre d’heures par le total de la population active. Si le résultat est de 30 par exemple, il suffira de décréter les 30 heures de travail pour que le chômage disparaisse, mais bien sûr !

Sauf que devant le fait accompli, ces « salauds de patrons » en profiteraient pour essayer d’augmenter la productivité du travail (pour ne pas embaucher plus), feraient faillite face à la concurrence étrangère voire délocaliseraient, ou encore remplaceraient la main d’œuvre par des machines, quant aux vocations de créations d’entreprises elle se feraient sans recours au salariat.

La vérité c’est bien qu’il n’existe pas un stock d’emploi déterminé et immuable dans une société, mais que ce nombre d’emploi varie en fonction des conditions économiques et juridiques du pays, lesquelles sont liées.  

Xavier COLLET

Les 35 heures dans les PME

Voilà que les discours et, bientôt les mesures, se multiplient pour alléger la charge que représentent les 35 heures pour les P.M.E.

On s’est évidemment aperçu de l’impossibilité d’appliquer la loi AUBRY à des entreprises qui ont un très faible effectif. Quand il y a trois personnes concernées par les 35 heures, il est absolument impossible de réduire leur travail de douze heures au total pour embaucher une personne supplémentaire : c’est trop peu. D’ailleurs, où trouverait-on quelqu’un. qui veuille s’embaucher aujourd’hui dans certains corps de métiers où la pénurie de main d’oeuvre qualifiée se fait de plus en plus dramatique.  Or, dans une petite entreprise on doit pouvoir faire l’économie d’une formation et c’est un personnel compétent et expérimenté dont on a besoin.

Faute d’embaucher, que se passe-t-il ? On va faire des heures supplémentaires, mais on sera vite bloqué par les quotas prévus par la loi, au delà desquels les salariés ne peuvent plus percevoir une rémunération à des taux horaires majorés, puis au-delà desquels ils ne peuvent plus travailler du tout (se privant ainsi d’un appoint salarial parfois indispensable à l’équilibre du budget du ménage).  Comme le travail est toujours là, il reste soit à laisser tomber le client et à fermer les portes de l’entreprise dans un bref délai, soit à demander un effort de productivité aux trois personnes, qui vont désormais travailler plus pour un salaire identique, dans un nombre d’heures diminué. Il n’est pas dit que cela ne déclenche pas quelques tensions dans l’entreprise.

Mais, si l’on y réfléchi bien, quelles sont les failles de la loi AUBRY, et sont-elles spécifiques aux PME ? L’erreur du dispositif consiste à considérer le travail comme une donnée purement arithmétique, et le travailleur comme un pion que l’on peut déplacer sans problèmes sur l’échiquier de la production. On a vu aussi qu’un travailleur ne peut se diviser, et qu’on ne peut embaucher le tiers d’un salarié.

Si tout cela est apparent pour les PME, ne peut-on observer la même chose dans des entreprises de plus grande taille ? Nous avons maintenant dépassé la période du gigantisme et de la massification industriels. Beaucoup d’entreprises, non seulement dans le secteur des services, mais aussi dans l’industrie, sont en fait des agglomérations de petites unités, des fédérations de PME.   Toutes les méthodes actuelles de gestion des hommes, du matériel et de la clientèle, convergent vers cette atomisation de la production, qui donne souplesse, efficacité, qualité des relations et des produits.

Une grande entreprise, ou désignée comme telle, connaîtra donc tous les symptômes dont souffrent les PME : indivisibilité du travailleur, non substituabilité d’une personne à l’autre, inadaptation qualitative, course à la productivité artificielle, etc. Les 35 heures y feront donc les mêmes dégâts.

C’est une méconnaissance de ces réalités qui a pu laisser penser qu’une grande entreprise aurait les ressources internes suffisantes pour gérer les 35 heures, grâce à son volant de main d’oeuvre, et à l’importance de ses coûts fixes. Car, faut-il le répéter, c’est considérer l’entreprise comme un tout homogène à l’intérieur duquel la circulation est parfaitement fluide, la substituabilité totale et sans coût, etc.

La seule chose qui peut se passer est qu’une grande entreprise pourra cacher ses échecs nouveaux en se faisant subventionner directement ou indirectement par l’État. Pas d’inquiétude pour les 35 heures à la SNCF ou à la Poste, ou ailleurs. Les grandes compagnies privées, elles, n’ont pas ce recours : elles sont donc volontairement visées par la loi AUBRY.  Dans ces conditions il convient d’assurer aux grandes entreprises privées les mêmes compensations que celles qu’on envisage pour les PME. Sinon, ce serait soumettre des citoyens à des lois différentes, et établir une discrimination condamnée par notre Constitution et par le droit européen. Si on fait des exceptions pour les PME, il faut les faire aussi pour tout le monde.

C’est un peu ce que dit Pierre Cahuc, dans la Revue française d’économie, il nous montre que les premières entreprises signataires de l’accord de RTT (réduction du temps de travail) sont les plus dynamiques de chaque secteur. Prévoyant des besoins de recrutement, elles auraient accepté de passer un accord de façon à bénéficier de baisses de cotisations sociales relativement généreuses. Il s’agit donc là d’un effet d’aubaine. Les quelques créations auraient donc de toute façon eu lieu, mais quand l’État réduit les cotisations sociales ou verse une aide, il prend en charge une partie du surcoût. Il faut alors s’intéresser à ce qui serait advenu si, au lieu de subventionner la réduction de la durée du travail, le gouvernement avait baissé les cotisations sociales patronales.

Pour les retardataires qui se sont trouvés dans l’obligation de passer au 35 heures sans négociation d’accord, un maintien du salaire pour une durée réduite du travail revient à une augmentation du coût unitaire, donc à des effets défavorables sur l’emploi. Inévitablement, après des embauches initiales, l’emploi va tendre à diminuer, soit parce que l’entreprise perd des parts de marché, soit parce qu’elle va tenter d’économiser davantage de travail pour restaurer ses marges.

Jean Gilles MALLIARAKIS

Questions

1. Quel est l’objectif des 35 heures, comment cet objectif aurait-il dû être atteint ?

2. La réduction du temps de travail a-t-elle un impact sur le PIB ? Sur le niveau de vie ?

3. Peut-on réduire simultanément la durée du temps de travail et la productivité ? Quelles en seraient les conséquences ?

4. Sous quelles conditions les 35 heures créent-elles des emplois ?

5. Vouloir partager le travail existant signifie-t-il que les besoins de la population sont saturés ?

6. Comment la loi sur les 35 heures a-t-elle été modifiée ?