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Le RSI au coeur du modèle social français ?

28 Déc

Valeurs Mutualistes, le magazine des adhérents de la mutuelle MGEN a consacré un article dans son numéro de janvier-février 2015, à ceux que la mutuelle appelle les déserteurs ou encore les anti-sécu. 

Il y aurait donc en France des déserteurs ?

Qui sont-ils d’après l’article ?

Ceux qui refusent de payer leurs cotisations au régime social des indépendants (RSI) en demandant à se désaffilier pour pouvoir cotiser à une assurance privée moins chère à l’étranger.

Précisons pour plus de clarté que le RSI a été créé en 2006 pour assurer une couverture sociale particulière aux commerçants, artisans et professions libérales.

Mais, selon le journal « Les Échos » du 8 décembre 2015, ce régime est assez critiqué pour être à l’origine notamment de cafouillages dans les dossiers et les appels de cotisations. Ce qui peut entrainer pour conséquences des poursuites judiciaires sans motifs ou pour condamnations pour oublis de règlement de cotisations faute de rappels de l’administration. Le RSI est aussi accusé de  coûter cher et d’assurer une couverture sociale déficiente en matière de maladie, d’invalidité et de retraite.

Le journal de la MGEN ne précisait rien de tout cela et il faut croire qu’il n’y aurait pas à se plaindre du régime des indépendants puisque les déserteurs, toujours selon la MGEN, seraient au nombre de seulement 472 personnes.

Ce développement permet de mieux saisir le terme déserteur, il qualifie donc ceux qui refusent le monopole de la Sécurité sociale pour faire le choix de cotiser ailleurs et moins cher. De la même façon que certains achètent des produits étrangers moins chers et quelquefois de meilleure qualité que les produits français.

Mais alors, il y aurait donc une guerre économique ? 

Sans guerre pas de déserteurs et parler de guerre économique dans le cadre de la mondialisation c’est avoir un mur de Berlin de retard.

Il faut donc aller voir auprès du ministre de l’économie, Emmanuel Macron, pour connaître l’opinion officielle du gouvernement sur la question. Le gouvernement socialiste a-t-il aussi un mur de Berlin de retard ?

Revenant sur la question du régime social des indépendants (RSI), Emmanuel Macron a présenté la création de ce régime comme une « erreur », il a jouté qu’ « avoir un régime propre pour les indépendants ne me paraît pas être une bonne idée ». Il a annoncé des réformes, tout en mentionnant que, selon lui, ces réformes ne sont que l’aménagement d’un régime en place, que selon sa conviction ce régime n’est pas optimal.

Du côté des Républicains, le RSI n’est pas non plus une bonne idée, Bruno Le Maire parle d’un « régime spoliateur des indépendants », d’indépendants qui souffrent et ne supportent plus le RSI.

Au Front National, Marine Le Pen évoque un  « véritable racket social », elle précise : «  Aujourd’hui, le bilan du RSI est tout simplement désastreux et ses conséquences dramatiques. Ce sont des dizaines de milliers d’entreprises en liquidation, ce sont des milliers de travailleurs jetés dans le gouffre du chômage. »

Quant aux indépendants, ils manifestent dans la rue contre le RSI en criant « Stop au racket ». Pour illustrer ce slogan, un patron de laverie explique que le RSI lui demande 11 000 euros de cotisations alors qu’il ne perçoit que 12 000 euros de chiffre d’affaires.

Une fleuriste précise travailler 60 heures par semaine et gagner moins que le SMIC parce qu’après vérification avec son comptable le RSI lui prend 50 à 60 % de son revenu.

Un carreleur livre sa conclusion  : « plus on travaille, moins on gagne. Autant ne rien faire ! Sauf que, nous, on n’aura pas le droit au chômage ».

Tous ces manifestants ne se sont pas désaffiliés. Ce ne sont pas des déserteurs selon la MGEN qui se félicite d’ailleurs de ce que le RSI ait spécialement créé un observatoire qui « surveille de près ces insurgés et leur tentative de départs ». Mais le magazine précise bien que « les « libérés de la Sécu », comme ils s’autoproclament, remettent en cause le système solidaire et universel de la Sécurité sociale française », tout en rappelant que : « Dans le cadre du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS), les sanctions ont d’ailleurs été renforcées. Inciter à s’en affranchir est punissable de deux ans d’emprisonnement (contre six mois jusqu’alors) et/ou de 30 000 euros d’amende (contre 15 000 euros) »

Il ne manque donc plus qu’une loi contre la dénonciation du RSI pour mettre les « insurgés » en prison. Mais pour l’instant le magazine se contente d’une dénonciation morale pour tous ces manifestants qui se demandent s’ils ne préféreraient pas le RSA au RSI.

Pour la MGEN ces insurgés veulent donc « le règne du chacun pour soi », ce sont des individualistes, ils critiquent l’État-Providence, se défient du politique, ils s’en prennent au modèle social français lui-même.

 

rdotQuestions :
  1. Quelles différences existe-t-il entre les prestations offertes par le régime social des indépendants et celui des salariés ? Vous préciserez la logique de fonctionnement de ces régimes.
  2. Peut-on dire que le RSI bénéficie d’un monopole pour les indépendants exerçant en France ?
  3. Pourquoi les indépendants critiquent-ils le RSI et que veulent-ils obtenir ?
  4. Comment expliquer la virulence de la MGEN contre ceux qui quittent la Sécu  ?
  5. Répondez de façon argumentée à la question suivante : « En quoi la remise en cause du RSI est-elle une menace pour le modèle social français ? » Vous vous interrogerez aussi sur l’efficacité et l’équitabilité de ce modèle social.

Dette grecque : les clés de la crise

17 Oct

Depuis les années 90 l’État grec emprunte massivement et les gouvernements successifs dépensent l’argent emprunté pour nourrir leur clientélisme en soignant tout particulièrement leurs fonctionnaires. Il y a beaucoup de chômeurs dans une économie qui produit peu ? Qu’à cela ne tienne, l’État embauche des centaines de milliers de fonctionnaires et les paie grassement, le quart de la population active travaille directement pour l’État .

Il n’y a pas forcément beaucoup à faire pour tous, mais il faut faire comme si avec des primes pour récompenser ceux qui arrivent à l’heure au travail ou encore ceux qui savent utiliser un ordinateur. Quant aux agents de l’État qui travaillent en plein air exposés aux rigueurs de l’hiver, ils  perçoivent aussi une prime en compensation. Tous les fonctionnaires peuvent prétendre à un treizième mois, et même un quatorzième mois.

L’État grec ce sont aussi des emplois dans des entreprises publiques, des dettes pour ne pas produire grand-chose sinon des services gratuits qui font plaisir. Une entreprise ne fait théoriquement pas dans les services non marchands, sauf peut-être en Grèce où la compagnie aérienne publique distribue des vols gratuits avant les élections.

Les entreprises publiques participent largement à l’endettement de l’État, comme l’avait précisé Stefanos Manos, ministre grec des finances en 1992 : « cela reviendrait moins cher à la compagnie ferroviaire nationale de payer le taxi à tous ses passagers plutôt que de continuer à exploiter ses lignes ». Hé oui, les entreprises publiques sont au service de leurs employés et non à celui du public.

Alors que la dette ne cesse de grimper, il aurait été intelligent de cesser les gaspillages clientélistes, mais non ce n’est pas dans les mœurs politiques qui échappent d’ailleurs à toute logique économique. Pourquoi donc limiter les dépenses et arrêter d’embaucher des fonctionnaires quand on peut toujours emprunter davantage pour régler les dépenses et payer le personnel ?

Tout cela se paie à crédit avec l’argent emprunté par l’État grec..

Mais la dette cela se rembourse notamment par les recettes fiscales. Sauf que l’impôt est impopulaire et cela se comprend. Les gouvernements grecs ne veulent pas mécontenter leur population qui déjà ne déclare qu’une partie de ses revenus. Les percepteurs ne sont pas chiens, une petite enveloppe permet d’éviter le redressement fiscal sinon pour les plus riches on peut s’arranger directement avec le ministre. Et puis, clientélisme oblige, on ne fait pas de contrôle fiscal avant les élections.

argent grecDifficile de faire payer les Grecs, mais il faut dire que depuis 2001, l’Union européenne a accepté d’intégrer la Grèce dans la zone euro. La dette n’a plus besoin de se payer en drachmes, mais en euros. Autrement dit, plus besoin de compter sur la solidarité transgénérationnelle en faisant payer les Grecs de demain pour les dépenses d’aujourd’hui, non, on met en place la solidarité européenne, les Européens vont payer pour les Grecs et en euros.

Mais alors fallait-il permettre à la Grèce de rentrer dans l’euro ?

En 2001 la Grèce comme tous les autres pays devait respecter les critères de Maastricht pour entrer dans la zone euro. Parmi ces critères il fallait une dette publique inférieure à 60 % du PIB et un déficit budgétaire inférieur à 3 % du PIB. Sur le papier la Grèce respectait ces critères, sauf que la comptabilité nationale était falsifiée, en réalité le déficit budgétaire était de 14 % du PIB !

Une véritable escroquerie internationale.

Il n’y avait alors plus de banque centrale grecque pour faire marcher la machine à imprimer les billets, la Grèce devait aller quémander ses euros auprès de la BCE. La solidarité européenne venait de se révéler une mauvaise affaire pour les Européens de la zone euro qui n’étaient pas Grecs.

En 2010, l’État grec n’a plus les moyens de rembourser ses échéances et les banques grecques n’ont plus un euro en caisse.Le FMI, l’Union européenne et la BCE (la fameuse troïka) acceptent de faire des prêts d’urgence. La situation n’a jamais cessé de se reproduire depuis, autrement dit la Grèce ne peut rembourser ses prêts qu’à condition de se faire prêter l’argent à rembourser…

Oui, enfin les prêts ne sont pas censés être consacrés à fonds perdus. La troïka impose donc à l’État grec d’assainir sa situation : il faut diminuer les dépenses publiques et licencier des fonctionnaires tout en augmentation les recettes publiques en accroissant la charge fiscale.

Les conséquences de cette cure devraient donc être une disparition progressive des déficits publics mais au prix d’un serrement de ceinture, on appelle cela l’austérité. Sous le poids des impôts les entreprises n’embauchent plus, la production recule. Il est demandé aux ménages et aux entreprises grecques de rembourser la dette des politiques aberrantes menées pendant des années par leur État. Ainsi la moitié des jeunes entrant sur le marché de l’emploi vont pointer au chômage, la moitié des retraites versées avoisinent un montant inférieur au seuil de pauvreté, les salaires sont à la baisse et le PIB est en chute libre…

Le reste de l’histoire c’est l’arrivée au pouvoir de l’extrême-gauche de Tsipras et ses exigences pour l’effacement de la dette grecque, sur la tonalité du « on remet les compteurs à zéro et on recommence les conneries ».

Les dépenses publiques repartent donc ne serait-ce que par la réouverture de la chaîne publique de radiotélévision ERT qui s’était fait remarquer pour ses dépenses extravagantes, employant presque quatre fois plus de personnels que les chaînes privées pour une part d’audience cumulée de 11 % face à 28 % pour la première chaîne privée.

Cette réouverture est donc tout un symbole, sans compte les 3 000 structures para-étatiques qui continuent à fonctionner. Par exemple la ville de Thessalonique possède trois centre de promotion de la fourrure …Est-ce bien utile ?

Quant au port du Pirée, sa privatisation est suspendue, c’était pourtant la seule structure économique qui marchait depuis que les Chinois avaient doublé le volume total de marchandises transitant par ce port.

Tsipras ne dit pas «merde à l’Europe », mais merde aux Européens condamnés à payer pour les mauvaises habitudes de l’État grec. À moins évidemment que la Grèce ne finisse par sortir de la zone euro, mais cela les Grecs ne le veulent pas.

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QUESTIONS

Comparez la situation de la France avec celle de la Grèce en répondant aux questions suivantes :

  • Combien représentent les dépenses publiques dans le PIB et combien représentent les prélèvement obligatoires dans ce même PIB ?
  • Comment peut-on dépenser plus que l’on ne perçoit lorsque l’on est un État ?
  • Depuis quand ces États dépensent-ils plus qu’ils ne perçoivent ?

Expliquez pourquoi la dette grecque ne sera pas remboursée en réalité par les Grecs mais par l’ensemble des habitants des pays de la zone euro ? Pour cela réfléchissez aux conséquences de la création d’euros pour rembourser la dette.

Pensez-vous que la Grèce devrait sortir de la zone euro, avec quelles conséquences pour eux et pour nous ?

La destruction créatrice mise en échec

18 Jan

Observons la complexité extrême d’un marché, fruit de l’interaction de milliards d’individus dont les volitions ne nous sont pas connaissables, mais résulteront en une autorégulation globale. Nous sommes ici dans un système ouvert et cette autorégulation suppose des déséquilibres momentanés qui se résolvent par l’adaptation des acteurs aux signes du marché.

La nécessaire adaptation des producteurs

Supposons donc, à titre d’illustration, la découverte de nouvelles méthodes de production agricole. Le développement des techniques d’hybridation par exemple. Tous les agriculteurs ne maîtriseront pas l’hybridation, comment résoudre ce problème dans une économie de marché pure ?

L’augmentation de la productivité induite par le progrès technique va permettre une hausse de l’offre de produits agricoles donc une baisse de leur prix.  En découle que les agriculteurs n’ayant pas acquis cette nouvelle technique ne vont plus pouvoir produire de façon rentable. Il leur faudra donc soit sortir de ce marché pour acquérir d’autres compétences, soit faire l’effort de s’adapter à des méthodes plus productives, soit enfin différencier leur production en phase avec les besoins des consommateurs.

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Maïs hybride

Enrichissement de la société

Au niveau global les gains de productivité seront captés par les agriculteurs innovateurs, mais aussi par les consommateurs qui bénéficieront de la baisse des prix. Les perdants seront ceux qui ne font pas l’effort de satisfaire une demande en quête d’un meilleur rapport qualité/prix.  Mais ces perdants là ne le seront que temporairement, ils réorienteront leur activité et leurs fonds vers des secteurs plus profitables pour lesquels de nouvelles compétences ou des savoir-faire déjà acquis sont nécessaires. La réorientation se fera car il n’est pas possible de continuer à produire à perte ou pour si peu.

La désastreuse béquille étatique

Supposons maintenant que l’agriculteur se voit octroyé les moyens de ne pas avoir à s’adapter, qu’il trouve moins coûteux d’investir dans l’achat de décisions politiques plutôt que dans sa reconversion. L’Etat apparaît là avec sa grande fonction de « correcteur des imperfections du marché ». Des agriculteurs ont un mauvais rhume, leurs revenus sont à la baisse c’est là le symptôme de la maladie qui les touche, maladie dont l’origine est leur inadaptation aux besoins des consommateurs. L’organisme marché devrait se soigner en secrétant les réaffectations de ressources productives tel que nous l’avons vu plus haut.

C’est sans compter sur l’existence des hommes de l’État qui vont alors justifier le rôle qu’ils se sont offerts.

D’abord dramatiser la maladie puis se poser en docteurs Diafoirus par le jeu de promesses irresponsables en faveur de ceux qui demandent la protection de leur « situation de marché acquise », ignorant qu’en matière de marché il n’existe justement aucune situation acquise des producteurs.

La politique volontariste de protection passera donc outre aux principes autorégulateurs : elle  fixera des prix de vente supérieurs à ceux résultant d’un équilibre de marché. Ainsi, par la grâce des hommes de l’Etat, sera maintenue la rentabilité des moins productifs, en passant l’abandon des nouvelles méthodes de production sera encouragé. Ce désarmement innovationnel pourra être justifié par une phobie technologique, en réalité les investissements coûteux permettant ce saut de productivité constituera un sacrifice d’adaptation trop important et inutile dans le cadre d’un marché perturbé par des prix artificiels.

Seulement voilà, faute d’une instance étatique mondiale pouvant imposer un prix minimum au niveau international, les consommateurs ont toujours la ressource de profiter de gains de productivité obtenus à l’étranger. Il faudra donc les en empêcher en mettant en place des barrières tarifaires et non tarifaires, le plus souvent sous forme de normes de santé publique.

Xavier COLLET

 Questions

1. Les innovations apparaissent-elles ici comme destructrices d’emploi.?

2. Dans ce cas quels sont les avantages et les inconvénients respectifs d’une régulation par le marché et d’une intervention de l’État ?

3. Pourquoi les partisans d’une préservation de leurs « situations acquises » obtiennent-ils souvent gain de cause ?

L’Etat sans limite

16 Nov

Dans la vision interventionniste l’État doit être partout puisque le marché se dérègle.

Pour pousser notre réflexion sur la conception interventionniste

L’expression « dérèglement du marché » suppose que celui-ci soit un phénomène physique. Il y aurait donc des lois que l’on pourrait modifier selon certaines théories où l’homme ne devrait pas être supérieur aux lois du marché, ou auxquelles l’homme serait « soumis » sous peine de contradiction. Dire que l’homme est soumis au marché en admettant que celui-ci soit un phénomène extérieur à l’homme pose un problème moral car on ne voit pas comment l’homme pourrait être soumis dans son action à autre chose que sa volonté. Mais si l’on admet que le marché est consubstantiel à l’action humaine, alors ce n’est plus seulement un phénomène physique, mais aussi une manifestation morale. L’activité économique est tout simplement la recherche de la valeur. La valeur ce n’est pas l’argent. Si la valeur était l’argent, ce qui est échangé contre de l’argent serait l’antithèse de la valeur. Or dans un échange, la valeur existe pour l’acquéreur du bien. La valeur existe quand deux personnes se sont entendues pour échanger ce qu’elles possédaient, l’un de l’argent, l’autre un bien. Parler d’équilibre c’est encore revenir à la conception mécaniste. Le marché n’est ni un lieu d’équilibre ou de déséquilibre. C’est le lieu de la création de valeur. L’Etat ne fait pas que modifier la manifestation physique du marché. Dans son intervention, l’Etat contraint l’action humaine, use de sa force pour obliger les uns et les autres à agir dans son sens. Il dit : « je ne veux pas que l’homme soit soumis au marché, mais je veux bien que l’homme soit soumis à une cohorte d’hommes »

 Fred RABEMAN

Questions et éléments de compréhension :

– Qui décide des lois du marché ? Et donc quand l’homme se soumet aux lois du marché, à qui se soumet-il ?

– Qui décide des réglementations qui vont encadrer les lois du marché ?

– À quoi sert le marché ? À créer de la valeur puisque le marché c’est la somme de tous les échanges, et les échanges sont à somme positive.

– Si le « marché est consubstantiel à l’action humaine » alors cela veut dire que toute action de l’homme se traduit par une offre et une demande.

Interview : à la recherche de la main invisible

11 Nov

Vous les économistes, vous vous intéressez aux relations entre les individus et c’est ainsi que vous avez mis en évidence un phénomène étrange, pouvez-vous nous en parler ?

Oui, globalement, nous avons mis en évidence un ordre spontané qui veut que dans une société où les échanges sont libres et consentis des individus en très grand nombre arrivent à se coordonner avec d’autres individus dont ils ne connaissent à peu près rien. Cette coordination spontanée est à la base de la compréhension du fonctionnement d’une économie.

Vraiment, mais comment cette coordination est possible entre gens qui ne se connaissent pas ?

Parce que l’on suppose que chaque individu est rationnel et à la recherche de son intérêt. Donc chaque individu met sans cesse tous ses efforts à chercher pour tout le capital dont il peut disposer l’emploi le plus avantageux (spécialisation dans son travail) : il est bien vrai que c’est son propre bénéfice qu’il a en vue, et non celui de la société, mais les soins qu’il se donne pour trouver son avantage personnel le conduisent naturellement, ou plutôt nécessairement, à préférer ce genre d’emploi même qui se trouve même être le plus avantageux à la société.

Dès lors, l’intérêt public n’est jamais mieux servi que lorsqu’on laisse les individus libres de travailler à satisfaire leurs intérêts égoïstes, comme dirait Adam Smith qui formule ainsi la main invisible du marché.

La main invisible c’est donc le règne de l’égoïsme, pas de place pour l’altruisme ?

N’opposez pas égoïsme à altruisme, par égoïsme nous voulons dire recherche de la satisfaction personnelle. Or dans l’échange chacun cherche à satisfaire ses besoins, les motifs de l’échange sont donc égoïstes, même s’il s’agit de faire la charité, c’est-à-dire faire preuve d’altruisme.

C’est un paradoxe difficilement compréhensible.

Mais non, la main invisible découle du fait que les individus réalisent par l’échange un jeu à somme positive, c’est-à-dire que chacun gagne lors de l’échange. Si je recherche un vieux numéro du journal de Mickey que je serais prêt à payer 10 € et que quelqu’un me le vend pour 7 €, je suis gagnant. Si ce quelqu’un était prêt à le céder pour 5 €, il est aussi gagnant non ? Nous ne cherchions pas à nous faire de cadeaux dans cet échange et pourtant nous y avons gagné quelque chose.

Maintenant, supposons que vous êtes altruiste, vous ne recherchez pas à entrer dans une relation commerciale, pourtant vous venez de faire l’aumône de 10 € à une personne nécessiteuse. Pour cette personne le gain est évident, mais pour vous aussi, la satisfaction que vous ressentez est supérieure à ces 10 € sinon vous ne les lui auriez pas donnés. Ce que vous devez comprendre c’est que le moteur de notre action n’est pas seulement une satisfaction d’ordre matérielle.

D’accord, je comprends mieux nous agissons donc en arbitrant entre la valeur que nous donnons à telle ou telle chose et son prix sur le marché.

Oui, le fonctionnement de la main invisible implique un marché libre régulé par la loi de l’offre et de la demande. Cette loi fixe le niveau des prix et les prix sont le signal par lequel nous agissons sur le marché. Comme le disait Jacques Garello : « Les prix traduisent les pénuries, les excédents, et poussent les agents économiques, producteurs et consommateurs, vers un ajustement de l’offre et de la demande à des niveaux plus avantageux (…)

Pour que les ajustements du marché puissent se faire, il faut que rien ne vienne fausser les prix relatifs. Une manipulation des prix prive les agents économiques d’une information significative, ils sont amenés à faire de fausses anticipations, et les déséquilibres ne peuvent se résorber : impossible de coordonner sur ces bases là. Or, ce qui caractérise les économies contemporaines, c’est l’intervention des pouvoirs publics qui ont la prétention de se substituer à l’ordre spontané du marché pour faire valoir leur propre « ordre », leurs propres priorités. Ainsi, les gouvernements ont-ils réduit la liberté des prix un nombre croissant de prix n’obéissent plus aux pressions de l’offre et de la demande, mais aux prescriptions administratives. Soutien des prix agricoles, blocage des loyers, prix de la santé, de la protection sociale : trop élevé ou trop bas, les faux prix engendrent excédents et pénuries durables. « 

Donc si je comprends bien la main invisible résulte de la recherche par chacun de la satisfaction de ses besoins et la coordination des besoins passe par le signal des prix, si un bien est trop cher par rapport à la valeur que je lui donne je ne l’achète pas et si il est moins cher je l’achète. Il faut donc que nous accordions tous une valeur différente aux choses pour que nous réalisions cette main invisible. Mais pourquoi n’avons nous pas la même perception de la valeur ?

Parce que nos goûts sont différents, mais si nous échangeons c’est aussi pour pouvoir acquérir ce que nous ne fabriquons pas et que d’autres peuvent produire moins cher et mieux ce que nous souhaitons consommer.

La concurrence est-elle nécessaire à la main invisible ?

La concurrence ou la menace de concurrence sont nécessaires, car si on est certain de garder le monopole de notre production on ne cherchera pas à satisfaire au mieux nos consommateurs, la main invisible pousse à se surpasser par rapport aux concurrents afin de capter leur clientèle. Elle assure un niveau de service optimal et au moindre prix.

D’accord, mais le problème de la main invisible c’est qu’elle repose sur un homme rationnel en recherche permanente de ce qui permet d’obtenir une satisfaction maximale, nous ne sommes pas comme cela en réalité.

Milton Friedman vous répondrait que l’homo oeconomicus (l’homme rationnel, qui maximise son utilité sous contrainte) est peut-être un être mythique, une invention des économistes, mais qu’ il ne l’est ni plus ni moins que bien des lois physiques concernant le comportement des atomes et des électrons. Comme lui celles-ci ne sont bien souvent que des lois statistiques portant sur un comportement « moyen » qui ne prétend pas décrire le comportement réel de chaque particule.

Les économistes aiment bien l’analogie entre l’économie et les sciences physiques, pouvons nous mieux comprendre l’économie à travers les sciences physiques ?

Oui je le crois, le grand physicien Ilya Prigogine s’est exprimé à ce sujet, je lui laisse la parole :

Notre Univers, né d’un chaos initial – une explosion, il y a 15 milliards d’années -, s’est organisé en galaxies et planètes. La Vie elle-même, née des hasards de la sélection naturelle, progresse vers toujours plus d’organisation et de complexité.

L’économie fonctionne aussi sur ce modèle : de la somme d’activités individuelles désordonnées surgissent l’ordre social et le progrès économique. Le destin des nations est également affecté de turbulences qui, après des fluctuations géantes – mouvements de foules, conflits -, débouchent sur un nouvel ordre social qui fait appel à davantage de ressources énergétiques.

Le décalage est gigantesque entre cette analyse « chaotique » de la société et le discours usuellement tenu par la classe politique. À les entendre, les gouvernements auraient la situation bien en main, et, s’ils pouvaient peser sur les bons leviers, obtiendraient les résultats attendus. Cette ignorance politique n’est que le reflet du retard général de l’enseignement, qui enferme l’opinion dans le système périmé de la mécanique de Newton. Dans les faits, cette vision d’un Univers prévisible comme une horloge est en permanence contredite par le modèle de la mécanique quantique .

C’est bien compliqué, cela veut-il dire que l’État ne doit pas intervenir dans l’économie car si il le fait il créé des effets pervers qui dérèglent ses mécanismes, qui faussent la main invisible ?

Vous avez tout compris.

Pourquoi les interventions de l’Etat dans l’économie perturbent-elles les équilibres du marché, qu’est ce qui en découle ?  Vous pourrez vous aider du texte de Manzoni.

Famine à Milan

11 Nov
Les fiancés, gravure originale
Les armées « amies » et ennemies » ravagent le pays 

En 1628, pour la deuxième année la récolte fut désastreuse, l’année précédente les surplus ont permis de pallier aux besoins. Mais cette récolte, longtemps attendue s’est révélée encore plus pauvre, en partie à cause des conditions climatiques mais aussi à cause de celle qui fut faite aux hommes.

Ainsi, les ravages de la guerre ont laissé à l’abandon des terres entières, les paysans ont du les fuir et furent réduit à la mendicité en lieu de travailler leurs lopins pour nourrir leur famille. Plus que jamais, en cette situation difficile, le peuple fut écrasé sous le poids de taxes, ainsi que par la cupidité et la rapine des armées aussi bien « amies » qu’ennemies.

Dès que les nouvelles de la mauvaise récoltes furent communiquées au pouvoir, la part de provision réservée pour l’armée a été perçue avec les grands gaspillages qui sont coutumiers. La rareté s’est vite fait ressentir et avec elle la hausse des prix du blé.

L’Etat détourne la vindicte populaire vers les « profiteurs privés »

Mais quand le prix des denrées a atteint un certain point, il arrive toujours la rumeur d’une cause bien particulière à cet enrichissement. On parle alors d’une abondance de blé et d’une volonté de certains esprits malfaisants d’organiser la pénurie. Rumeur qui permet de satisfaire des espoirs et de canaliser la colère vers des bouc-émissaires. Les profiteurs, réels ou imaginaires, sont nécessairement les grands propriétaires, les boulangers, tous ceux qui ont plus ou moins de biens et qui font alors l’objet d’une haine commune sous la dénomination de spéculateurs.

Le peuple jure alors d’avoir vu des sacs entiers de grains et en appelle aux magistrats et aux gouvernants pour que les spéculateurs rendent le blé. Ceux-ci, heureux d’intervenir, fixent un prix maximum pour les blés et menacent les boulangers qui refuserait de vendre à ce prix maximum fixé. Ces mesures pour autant ne peuvent diminuer la pénurie ni donner lieu à des récoltes hors-saison. Le peuple alors incrimine l’action trop timorée des gouvernants et exige des mesures plus draconiennes. Malheureusement, il se trouve toujours un homme pour les entendre.

La règlementation solution à tous les problèmes ?

Cet homme en question, le grand chancelier en la place de Milan, décide qu’un prix modéré du pain devait être fixé et qu’un ordre de sa part suffirait à relancer la production. Bien sûr l’homme n’est pas magicien et n’y peut rien à l’affaire. Il envoie donc ses hommes à l’assaut des boulangeries pour exiger la livraison de pain aux prix fixés, l’exigence est émise avec la force de la loi qui ne peut laisser personne indifférent. Les boulangers ne résistent pas donc. Ils usent de leurs derniers grains pour s’exécuter et le peuple, satisfait venant de toute le Milanais et des provinces environnantes, fait le siège des boulangeries pour obtenir ce pain tant attendu. Les boulangers travaillent alors à leur propre ruine mais sous la menace des punitions du grand chancelier d’une part, et du lynchage du peuple qui n’acceptera plus de ne pas obtenir de pain. Les boulangers tentent d’exposer la réalité de leur situation aux gouvernants, mais il sera dit que pour avoir réalisé de gros profits en des temps meilleurs, ils doivent désormais obéir à son décret.

Pour autant les limites des décrets se révélant par l’état des choses, le grand chancelier occupé aux affaires de la guerre, désigne un conseil et lui confère autorité pour fixer un prix au pain, afin de faire justice aux deux parties. Les conseillers s’assemblent et après maintes courbettes, auto-congratulations, préambules, soupirs, propositions inspirées, subterfuges, s’accordent sur le prix à fixer au pain. Le maximum est augmenté, les boulangers respirent un peu et le peuple enrage.

Les « Indignés » se mobilisent 

Alors, les rues de Milan se remplissent d’hommes bouillants de colère, chaque conversation aiguillonne les passions, échauffe les humeurs. Des histoires sont inventées, des théories sont montées et chacun sait que nul ne rentrera chez lui avant qu’un quelconque événement ne survienne. Les enfants, les femmes, les hommes, les vieillards, les mendiants se regroupent au hasard, certains ne veulent plus se bercer de mots et en arriver aux faits. Un garçon commissionnaire livrant quelques pains au domicile de clients, ayant le malheur de passer par là, attise la convoitise sur son chargement. « Voyons ce qu’il y a là » hurlent une centaine d’hommes, «à bas les tyrans bien nourris qui nous laissent crever de faim » crie un autre. « Nous sommes des Chrétiens et avons aussi le droit de manger du pain », le chargement est ainsi promptement pillé, ceux qui n’ont rien eu exigent leurs dû et partent au l’assaut des boulangeries.

Pris de panique, les boulangers se barricadent et font dépêcher les hommes d’arme de la ville, le sergent de ville demande à chacun de rentrer chez soi. Une pierre vole, puis une autre, la boulangerie est investie et pillée en un rien de temps, l’argent, le comptoir, et même les pièces du four, les sacs de farine, le mobilier des boulangers est emporté. Les autres boulangeries cèdent et distribuent les derniers pains à la population, chacun se gave comme il peut de ces pains qui disparaîtront définitivement.

Un des hommes s’écrie alors, « voilà les manœuvres de ces spéculateurs déjouées, qui a dit qu’il n’y avait plus ni pain, ni farine, ni blé, ces gens là ne pourront plus nous leurrer, vive l’abondance pour tous ! »

Alessandro MANZONI (1785–1873).  I Promessi Sposi (Les Fiancés, chapitre 12)

 QUESTIONS

1. Quelles explications donnez-vous à la pénurie du pain ?

2. Qu’est ce qu’un maximum, pour quelle raison est-il imposé, est-il efficace ?

3. Comment résoudre la pénurie ?

4. À votre avis comment évoluera la production de pain à l’avenir ?

5. Qu’aurait-il fallu faire pour éviter cette situation ?

Le retour avorté de la TVA sociale

5 Mar

La question de la TVA sociale fait la une des media, souvent proposée puis remise en ses cartons, voila qu’elle ressurgit à l’occasion des élections présidentielles et vient d’être votée pour entrer en application le premier octobre 2012 avant d’être rejetée par la nouvelle majorité socialiste.

 Mais de quoi parlait-on ?

Non pas d’une nouvelle taxe, mais d’une hausse de la TVA « à portée sociale » qui devait passer de 19,6 à 21,2 pour cent) alors que la contribution sociale généralisée (CSG) sur les revenus financiers augmente de 2 points. La mesure était censée alléger le poids du puit sans fonds de la Sécurité sociale sur la compétitivité française puisque cette surtaxation l’aurait financée. En contrepartie la cotisation sociale employeur financant les allocations familiales aurait été supprimée pour les salaires situés entre 1,6 et 2,1 fois le SMIC.

Il faut rappeler en effet que la pyramide financière dite « Sécurité sociale » repose au deux tiers sur les cotisations sociales pesant sur le coût du travail en France et pour un cinquième sur la CSG.

Les bienfaits de cette révision du taux de TVA 

La TVA sociale permettrait, en taxant les importations, d’alléger le poids du financement de la sécu sur les charges sociales dû par les employeurs, ce qui abaisserait de réduire le coût de production français.

Les entreprises sont ainsi invitées à soutenir une telle taxe qui permettrait de ne plus produire plus cher que chez nos voisins et donc de rétablir les marges tout en vendant moins cher.

En conséquence, la hausse de la TVA n’aurait pas dû trop surenchérir le prix des marchandises françaises toutes taxes comprises, tout en augmentant automatiquement le prix des produits étrangers vendus en France. Voila de quoi limiter les importations.

Pas de souci pour les exportations disaient les défenseurs de la TVA sociale, hors taxes les produits français se vendront moins chers à l’étranger. Voila donc le déficit commercial comblé par la grâce de l’État.

Les effets pervers ne sont pas à sous-estimer

Admettons, mais ce déficit comblé, un autre n’aurait pas fini de se creuser puisque l’introduction de la TVA sociale tenait pour acquise l’immutabilité d’une sécurité sociale par répartition alors même que son principe de fonctionnement est condamné.

Les arguments de Nicolas Sarkozy aurait d’ailleurs dû contenter la gauche puisqu’un tel tour de passe-passe fiscal profite aux syndicats gestionnaires de la sécurité sociale et que le discours contre la « concurrence des pays à bas salaires » ou encore « à main d’œuvre bon marché » rappelle fort la volonté de mettre en place une norme sociale en matière de commerce international.

Quant aux ménages on se demande bien ce qu’ils auraient eu à gagner à cette opération protectionniste sinon la certitude de continuer à financer à fonds perdus la répartition et de subir une perte de pouvoir d’achat (par taxe à la consommation interposée) qui risquerait de n’être pas si transitoire que cela, surtout si l’effet d’aubaine de la baisse des charges patronales joue à plein.

Bien sûr, on pourrait supposer alors que les salariés compensent cette baisse de pouvoir d’achat par une hausse des rémunérations, les retraités eux auraient obtienu une revalorisation des pensions, voila qui aurait dopé l’activité syndicale et qui du même coup aurait effacé l’effet de hausse de compétitivité dont l’on parle tant.

Questions :

1. Schématiser les effets attendus de la TVA sociale.

2. Montrez que ces effets ne sont pas les mêmes si la baisse des charges porte sur les cotisations patronales ou salariales.

3. Expliquez ce qu’est « l’effet d’aubaine ».