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La destruction créatrice mise en échec

18 Jan

Observons la complexité extrême d’un marché, fruit de l’interaction de milliards d’individus dont les volitions ne nous sont pas connaissables, mais résulteront en une autorégulation globale. Nous sommes ici dans un système ouvert et cette autorégulation suppose des déséquilibres momentanés qui se résolvent par l’adaptation des acteurs aux signes du marché.

La nécessaire adaptation des producteurs

Supposons donc, à titre d’illustration, la découverte de nouvelles méthodes de production agricole. Le développement des techniques d’hybridation par exemple. Tous les agriculteurs ne maîtriseront pas l’hybridation, comment résoudre ce problème dans une économie de marché pure ?

L’augmentation de la productivité induite par le progrès technique va permettre une hausse de l’offre de produits agricoles donc une baisse de leur prix.  En découle que les agriculteurs n’ayant pas acquis cette nouvelle technique ne vont plus pouvoir produire de façon rentable. Il leur faudra donc soit sortir de ce marché pour acquérir d’autres compétences, soit faire l’effort de s’adapter à des méthodes plus productives, soit enfin différencier leur production en phase avec les besoins des consommateurs.

crop

Maïs hybride

Enrichissement de la société

Au niveau global les gains de productivité seront captés par les agriculteurs innovateurs, mais aussi par les consommateurs qui bénéficieront de la baisse des prix. Les perdants seront ceux qui ne font pas l’effort de satisfaire une demande en quête d’un meilleur rapport qualité/prix.  Mais ces perdants là ne le seront que temporairement, ils réorienteront leur activité et leurs fonds vers des secteurs plus profitables pour lesquels de nouvelles compétences ou des savoir-faire déjà acquis sont nécessaires. La réorientation se fera car il n’est pas possible de continuer à produire à perte ou pour si peu.

La désastreuse béquille étatique

Supposons maintenant que l’agriculteur se voit octroyé les moyens de ne pas avoir à s’adapter, qu’il trouve moins coûteux d’investir dans l’achat de décisions politiques plutôt que dans sa reconversion. L’Etat apparaît là avec sa grande fonction de « correcteur des imperfections du marché ». Des agriculteurs ont un mauvais rhume, leurs revenus sont à la baisse c’est là le symptôme de la maladie qui les touche, maladie dont l’origine est leur inadaptation aux besoins des consommateurs. L’organisme marché devrait se soigner en secrétant les réaffectations de ressources productives tel que nous l’avons vu plus haut.

C’est sans compter sur l’existence des hommes de l’État qui vont alors justifier le rôle qu’ils se sont offerts.

D’abord dramatiser la maladie puis se poser en docteurs Diafoirus par le jeu de promesses irresponsables en faveur de ceux qui demandent la protection de leur « situation de marché acquise », ignorant qu’en matière de marché il n’existe justement aucune situation acquise des producteurs.

La politique volontariste de protection passera donc outre aux principes autorégulateurs : elle  fixera des prix de vente supérieurs à ceux résultant d’un équilibre de marché. Ainsi, par la grâce des hommes de l’Etat, sera maintenue la rentabilité des moins productifs, en passant l’abandon des nouvelles méthodes de production sera encouragé. Ce désarmement innovationnel pourra être justifié par une phobie technologique, en réalité les investissements coûteux permettant ce saut de productivité constituera un sacrifice d’adaptation trop important et inutile dans le cadre d’un marché perturbé par des prix artificiels.

Seulement voilà, faute d’une instance étatique mondiale pouvant imposer un prix minimum au niveau international, les consommateurs ont toujours la ressource de profiter de gains de productivité obtenus à l’étranger. Il faudra donc les en empêcher en mettant en place des barrières tarifaires et non tarifaires, le plus souvent sous forme de normes de santé publique.

Xavier COLLET

 Questions

1. Les innovations apparaissent-elles ici comme destructrices d’emploi.?

2. Dans ce cas quels sont les avantages et les inconvénients respectifs d’une régulation par le marché et d’une intervention de l’État ?

3. Pourquoi les partisans d’une préservation de leurs « situations acquises » obtiennent-ils souvent gain de cause ?