Les sources de la croissance économique

9 Mar

Un cours particulièrement clair du professeur Caccomo au sujet des sources de la croissance économique et du rôle de l’entrepreneur :

 

Le RSI au coeur du modèle social français ?

28 Déc

Valeurs Mutualistes, le magazine des adhérents de la mutuelle MGEN a consacré un article dans son numéro de janvier-février 2015, à ceux que la mutuelle appelle les déserteurs ou encore les anti-sécu. 

Il y aurait donc en France des déserteurs ?

Qui sont-ils d’après l’article ?

Ceux qui refusent de payer leurs cotisations au régime social des indépendants (RSI) en demandant à se désaffilier pour pouvoir cotiser à une assurance privée moins chère à l’étranger.

Précisons pour plus de clarté que le RSI a été créé en 2006 pour assurer une couverture sociale particulière aux commerçants, artisans et professions libérales.

Mais, selon le journal « Les Échos » du 8 décembre 2015, ce régime est assez critiqué pour être à l’origine notamment de cafouillages dans les dossiers et les appels de cotisations. Ce qui peut entrainer pour conséquences des poursuites judiciaires sans motifs ou pour condamnations pour oublis de règlement de cotisations faute de rappels de l’administration. Le RSI est aussi accusé de  coûter cher et d’assurer une couverture sociale déficiente en matière de maladie, d’invalidité et de retraite.

Le journal de la MGEN ne précisait rien de tout cela et il faut croire qu’il n’y aurait pas à se plaindre du régime des indépendants puisque les déserteurs, toujours selon la MGEN, seraient au nombre de seulement 472 personnes.

Ce développement permet de mieux saisir le terme déserteur, il qualifie donc ceux qui refusent le monopole de la Sécurité sociale pour faire le choix de cotiser ailleurs et moins cher. De la même façon que certains achètent des produits étrangers moins chers et quelquefois de meilleure qualité que les produits français.

Mais alors, il y aurait donc une guerre économique ? 

Sans guerre pas de déserteurs et parler de guerre économique dans le cadre de la mondialisation c’est avoir un mur de Berlin de retard.

Il faut donc aller voir auprès du ministre de l’économie, Emmanuel Macron, pour connaître l’opinion officielle du gouvernement sur la question. Le gouvernement socialiste a-t-il aussi un mur de Berlin de retard ?

Revenant sur la question du régime social des indépendants (RSI), Emmanuel Macron a présenté la création de ce régime comme une « erreur », il a jouté qu’ « avoir un régime propre pour les indépendants ne me paraît pas être une bonne idée ». Il a annoncé des réformes, tout en mentionnant que, selon lui, ces réformes ne sont que l’aménagement d’un régime en place, que selon sa conviction ce régime n’est pas optimal.

Du côté des Républicains, le RSI n’est pas non plus une bonne idée, Bruno Le Maire parle d’un « régime spoliateur des indépendants », d’indépendants qui souffrent et ne supportent plus le RSI.

Au Front National, Marine Le Pen évoque un  « véritable racket social », elle précise : «  Aujourd’hui, le bilan du RSI est tout simplement désastreux et ses conséquences dramatiques. Ce sont des dizaines de milliers d’entreprises en liquidation, ce sont des milliers de travailleurs jetés dans le gouffre du chômage. »

Quant aux indépendants, ils manifestent dans la rue contre le RSI en criant « Stop au racket ». Pour illustrer ce slogan, un patron de laverie explique que le RSI lui demande 11 000 euros de cotisations alors qu’il ne perçoit que 12 000 euros de chiffre d’affaires.

Une fleuriste précise travailler 60 heures par semaine et gagner moins que le SMIC parce qu’après vérification avec son comptable le RSI lui prend 50 à 60 % de son revenu.

Un carreleur livre sa conclusion  : « plus on travaille, moins on gagne. Autant ne rien faire ! Sauf que, nous, on n’aura pas le droit au chômage ».

Tous ces manifestants ne se sont pas désaffiliés. Ce ne sont pas des déserteurs selon la MGEN qui se félicite d’ailleurs de ce que le RSI ait spécialement créé un observatoire qui « surveille de près ces insurgés et leur tentative de départs ». Mais le magazine précise bien que « les « libérés de la Sécu », comme ils s’autoproclament, remettent en cause le système solidaire et universel de la Sécurité sociale française », tout en rappelant que : « Dans le cadre du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS), les sanctions ont d’ailleurs été renforcées. Inciter à s’en affranchir est punissable de deux ans d’emprisonnement (contre six mois jusqu’alors) et/ou de 30 000 euros d’amende (contre 15 000 euros) »

Il ne manque donc plus qu’une loi contre la dénonciation du RSI pour mettre les « insurgés » en prison. Mais pour l’instant le magazine se contente d’une dénonciation morale pour tous ces manifestants qui se demandent s’ils ne préféreraient pas le RSA au RSI.

Pour la MGEN ces insurgés veulent donc « le règne du chacun pour soi », ce sont des individualistes, ils critiquent l’État-Providence, se défient du politique, ils s’en prennent au modèle social français lui-même.

 

rdotQuestions :
  1. Quelles différences existe-t-il entre les prestations offertes par le régime social des indépendants et celui des salariés ? Vous préciserez la logique de fonctionnement de ces régimes.
  2. Peut-on dire que le RSI bénéficie d’un monopole pour les indépendants exerçant en France ?
  3. Pourquoi les indépendants critiquent-ils le RSI et que veulent-ils obtenir ?
  4. Comment expliquer la virulence de la MGEN contre ceux qui quittent la Sécu  ?
  5. Répondez de façon argumentée à la question suivante : « En quoi la remise en cause du RSI est-elle une menace pour le modèle social français ? » Vous vous interrogerez aussi sur l’efficacité et l’équitabilité de ce modèle social.

Dette grecque : les clés de la crise

17 Oct

Depuis les années 90 l’État grec emprunte massivement et les gouvernements successifs dépensent l’argent emprunté pour nourrir leur clientélisme en soignant tout particulièrement leurs fonctionnaires. Il y a beaucoup de chômeurs dans une économie qui produit peu ? Qu’à cela ne tienne, l’État embauche des centaines de milliers de fonctionnaires et les paie grassement, le quart de la population active travaille directement pour l’État .

Il n’y a pas forcément beaucoup à faire pour tous, mais il faut faire comme si avec des primes pour récompenser ceux qui arrivent à l’heure au travail ou encore ceux qui savent utiliser un ordinateur. Quant aux agents de l’État qui travaillent en plein air exposés aux rigueurs de l’hiver, ils  perçoivent aussi une prime en compensation. Tous les fonctionnaires peuvent prétendre à un treizième mois, et même un quatorzième mois.

L’État grec ce sont aussi des emplois dans des entreprises publiques, des dettes pour ne pas produire grand-chose sinon des services gratuits qui font plaisir. Une entreprise ne fait théoriquement pas dans les services non marchands, sauf peut-être en Grèce où la compagnie aérienne publique distribue des vols gratuits avant les élections.

Les entreprises publiques participent largement à l’endettement de l’État, comme l’avait précisé Stefanos Manos, ministre grec des finances en 1992 : « cela reviendrait moins cher à la compagnie ferroviaire nationale de payer le taxi à tous ses passagers plutôt que de continuer à exploiter ses lignes ». Hé oui, les entreprises publiques sont au service de leurs employés et non à celui du public.

Alors que la dette ne cesse de grimper, il aurait été intelligent de cesser les gaspillages clientélistes, mais non ce n’est pas dans les mœurs politiques qui échappent d’ailleurs à toute logique économique. Pourquoi donc limiter les dépenses et arrêter d’embaucher des fonctionnaires quand on peut toujours emprunter davantage pour régler les dépenses et payer le personnel ?

Tout cela se paie à crédit avec l’argent emprunté par l’État grec..

Mais la dette cela se rembourse notamment par les recettes fiscales. Sauf que l’impôt est impopulaire et cela se comprend. Les gouvernements grecs ne veulent pas mécontenter leur population qui déjà ne déclare qu’une partie de ses revenus. Les percepteurs ne sont pas chiens, une petite enveloppe permet d’éviter le redressement fiscal sinon pour les plus riches on peut s’arranger directement avec le ministre. Et puis, clientélisme oblige, on ne fait pas de contrôle fiscal avant les élections.

argent grecDifficile de faire payer les Grecs, mais il faut dire que depuis 2001, l’Union européenne a accepté d’intégrer la Grèce dans la zone euro. La dette n’a plus besoin de se payer en drachmes, mais en euros. Autrement dit, plus besoin de compter sur la solidarité transgénérationnelle en faisant payer les Grecs de demain pour les dépenses d’aujourd’hui, non, on met en place la solidarité européenne, les Européens vont payer pour les Grecs et en euros.

Mais alors fallait-il permettre à la Grèce de rentrer dans l’euro ?

En 2001 la Grèce comme tous les autres pays devait respecter les critères de Maastricht pour entrer dans la zone euro. Parmi ces critères il fallait une dette publique inférieure à 60 % du PIB et un déficit budgétaire inférieur à 3 % du PIB. Sur le papier la Grèce respectait ces critères, sauf que la comptabilité nationale était falsifiée, en réalité le déficit budgétaire était de 14 % du PIB !

Une véritable escroquerie internationale.

Il n’y avait alors plus de banque centrale grecque pour faire marcher la machine à imprimer les billets, la Grèce devait aller quémander ses euros auprès de la BCE. La solidarité européenne venait de se révéler une mauvaise affaire pour les Européens de la zone euro qui n’étaient pas Grecs.

En 2010, l’État grec n’a plus les moyens de rembourser ses échéances et les banques grecques n’ont plus un euro en caisse.Le FMI, l’Union européenne et la BCE (la fameuse troïka) acceptent de faire des prêts d’urgence. La situation n’a jamais cessé de se reproduire depuis, autrement dit la Grèce ne peut rembourser ses prêts qu’à condition de se faire prêter l’argent à rembourser…

Oui, enfin les prêts ne sont pas censés être consacrés à fonds perdus. La troïka impose donc à l’État grec d’assainir sa situation : il faut diminuer les dépenses publiques et licencier des fonctionnaires tout en augmentation les recettes publiques en accroissant la charge fiscale.

Les conséquences de cette cure devraient donc être une disparition progressive des déficits publics mais au prix d’un serrement de ceinture, on appelle cela l’austérité. Sous le poids des impôts les entreprises n’embauchent plus, la production recule. Il est demandé aux ménages et aux entreprises grecques de rembourser la dette des politiques aberrantes menées pendant des années par leur État. Ainsi la moitié des jeunes entrant sur le marché de l’emploi vont pointer au chômage, la moitié des retraites versées avoisinent un montant inférieur au seuil de pauvreté, les salaires sont à la baisse et le PIB est en chute libre…

Le reste de l’histoire c’est l’arrivée au pouvoir de l’extrême-gauche de Tsipras et ses exigences pour l’effacement de la dette grecque, sur la tonalité du « on remet les compteurs à zéro et on recommence les conneries ».

Les dépenses publiques repartent donc ne serait-ce que par la réouverture de la chaîne publique de radiotélévision ERT qui s’était fait remarquer pour ses dépenses extravagantes, employant presque quatre fois plus de personnels que les chaînes privées pour une part d’audience cumulée de 11 % face à 28 % pour la première chaîne privée.

Cette réouverture est donc tout un symbole, sans compte les 3 000 structures para-étatiques qui continuent à fonctionner. Par exemple la ville de Thessalonique possède trois centre de promotion de la fourrure …Est-ce bien utile ?

Quant au port du Pirée, sa privatisation est suspendue, c’était pourtant la seule structure économique qui marchait depuis que les Chinois avaient doublé le volume total de marchandises transitant par ce port.

Tsipras ne dit pas «merde à l’Europe », mais merde aux Européens condamnés à payer pour les mauvaises habitudes de l’État grec. À moins évidemment que la Grèce ne finisse par sortir de la zone euro, mais cela les Grecs ne le veulent pas.

rdot

QUESTIONS

Comparez la situation de la France avec celle de la Grèce en répondant aux questions suivantes :

  • Combien représentent les dépenses publiques dans le PIB et combien représentent les prélèvement obligatoires dans ce même PIB ?
  • Comment peut-on dépenser plus que l’on ne perçoit lorsque l’on est un État ?
  • Depuis quand ces États dépensent-ils plus qu’ils ne perçoivent ?

Expliquez pourquoi la dette grecque ne sera pas remboursée en réalité par les Grecs mais par l’ensemble des habitants des pays de la zone euro ? Pour cela réfléchissez aux conséquences de la création d’euros pour rembourser la dette.

Pensez-vous que la Grèce devrait sortir de la zone euro, avec quelles conséquences pour eux et pour nous ?

PIB ou IDH ?

26 Sep

principesAlors que le Production Intérieur Brut est un indicateur quantitatif, l’Indicateur de Développement Humain se veut un indicateur qualitatif donc tenant compte d’éléments participant à la qualité de vie comme le niveau d’instruction ou encore les conditions sanitaires. Il a été élaboré en 1990 par le PNUD (Programme des  Nations-Unies pour le Développement), organe des Nations-Unies proche des thèses tiers-mondistes, à partir des travaux d’Amartya Sen.

L’IDH est élaboré à partir de trois composantes :

  1. une première variable alliant le taux d’alphabétisation et de scolarisation ;
  2. l’espérance de vie à la naissance ;
  3. le revenu réel par habitant.

Le résultat se situe entre 0 et 1, plus le pays se situe aux alentours de 1 plus son niveau de développement est élevé.

Mais cet IDH pose un certain nombre de problèmes.

Un problème de fiabilité car les statistiques à partir desquelles il est établi sont de qualité inégale selon les pays. Ainsi en l’absence d’un état-civil correctement tenu, les données relatives à l’espérance de vie et à la mortalité ne sont que peu exploitables.

Un problème de sincérité concernant notamment l’alphabétisation et la scolarisation, les résultats issus sont le plus souvent gonflés d’autant que l’appareil statistique permet difficilement d’estimer le taux net de scolarisation en primaire (rapport des enfants d’âge primaire inscrits par rapport au total des enfants d’âge primaire). Les statistiques en terme de revenus ne sont pas non plus sincères lorsqu’elles émanent de dictatures comme Cuba.

Un problème de parti pris de l’IDH dans la mesure où il a été élaboré par des théoriciens anticapitalistes considérant que l’Etat devrait posséder un rôle prépondérant dans toute société et que les échanges marchands ne sont pas à somme positive ! Bien que le PIB tienne compte, à tort ou à raison, de la production non-marchande, les défenseurs de l’IDH donnent à cette production non marchande un poids plus important que la production marchande.

Ainsi l’IDH conduit à surestimer le bien-être par habitants dans les pays socialistes notamment par le critère alphabétisation nécessaire à toute diffusion de propagande.

Par contre l’IDH ne tient pas compte du respect des libertés fondamentales de l’homme, de la stabilité des institutions, du respect de l’état de droit, de la propriété privée et du droit à l’initiative, critères qui peuvent sembler « bourgeois » aux économistes tiers-mondistes mais qui n’en demeurent pas moins des conditions sine qua non de la phase de décollage économique menant au développement. À cet égard d’ailleurs la France est classée à la 44°ème place mondiale dans l’indice des libertés économiques 2006 de l’Heritage Foundation, et se situe à la 24ème place sur l’Europe des 25 (devant la Grèce).

Enfin les pays qui se sont le plus rapidement développés, à savoir les NPI d’Asie du Sud, n’ont pas fait de la scolarisation le préalable du développement. On constate d’ailleurs qu’un fort taux de croissance des dépenses d’éducation n’a pas de retombées positives sur la croissance économique.

Ainsi selon Easterly (2001), sur la période 1960-1985, la croissance annuelle des dépenses d’éducation par enfant était de 2,8 % en Asie de l’Est et de 4,3 % en Afrique sub-saharienne, pourtant la croissance n’atteint que 0,5 % par an en Afrique sub-saharienne alors qu’elle fut de 4,2 % par an en Asie de l’Est. Ceci s’explique d’une part par la qualité défaillante de l’éducation dispensée ou par son côté idéologique dans les dictatures marxistes, et d’autre part par la faible incitation à continuer des études quand les perspectives de promotion sociale sont faibles de par l’absence de développement. Effectivement c’est le développement économique à partir de la production marchande qui est le préalable à la scolarisation et à l’alphabétisation ainsi qu’à l’élévation des conditions sanitaires et non le contraire.

On peut classer des pays à niveau de développement inégal par leur IDH et leur PIB par habitant en parité de pouvoir d’achat.

Valeur de l’IDH (2012) PIB par habitant en parité de pouvoir d’achat (2011)
Norvège 0,944 63 909
USA 0,914 52 308
Japon 0,89 36 747
France 0,884 36 629
Arabie Saoudite 0.836 51 924
Cuba 0.815 20 611
Algérie 0,717 14 167
Pakistan 0,515 4 844
Libéria 0.442 840
Soudan 0,414 4 068
PNUD, Rapport sur le développement humain

Le PIB en parité de pouvoir d’achat (PPA) est le PIB converti à un taux de change (calculé par la Banque Mondiale et l’OCDE) qui permet de niveler les différences de prix entre pays. Un dollar exprimé en PPA a le même pouvoir d’achat dans un pays donné qu’un dollar américain aux États-Unis.

rdotQUESTIONS

  1. En quoi le PIB est-il un indicateur quantitatif ? N’est-il pas aussi d’un certain façon qualitatif ?

Quantitatif car le PIB mesure des quantités, c’est-à-dire la somme des valeurs ajoutés. Mais il possède des implications qualitatives car c’est bien l’augmentation des richesses dans un pays (notion quantitative) qui permet une amélioration qualitative.

  1. Comparer la situation de ces différents pays selon les indicateurs IDH et PIB par habitant, que constatez-vous ? Expliquez 

Ces richesses qui échappaient au PIB !

28 Avr

Quitte à utiliser un agrégat des richesses produites autant en trouver un qui nous permette de mesurer vraiment la richesse créée sur le territoire d’un pays, afin qu’il puisse nous renseigner sur l’évolution du niveau de vie et que nous puissions effectuer des comparaison de richesse entre pays par l’utilisation du ratio PIB par habitant.

Malheureusement le PIB a quelques faiblesses dues à ce qu’il ne recense pas à tort ou à raison et à ce qu’il recense abusivement ou non.

En réalité le problème du PIB c’est qu’il est un indicateur dont l’évaluation est issue d’informations statistiques déclarés er enregistrés par la comptabilité nationale, mais également traités par les services fiscaux. Or les créateurs de richesses font quelquefois des cachoteries au fisc.

I. Jusqu’à présent, on ne comptabilisait pas :

A. La production informelle

1. Les aspects de la production informelle

Le bouilleur de cru clandestin fabrique de l'alcool sans le déclarer au fisc. Il est à la fois dans la production domestique et dans l'économie informelle

Le bouilleur de cru clandestin fabrique de l’alcool sans le déclarer au fisc. Il est à la fois dans la production domestique et dans l’économie informelle

La production informelle c’est le dépanneur de télévision qui fournit son service de réparation et se fait payer en liquide ; le restaurateur qui minimise le nombre de repas servis ; une amie qui fabrique des bijoux artisanaux et les vend par le bouche à oreille sans avertir les services fiscaux de ce que lui rapporte son commerce, toutes ces activités sont  clandestines et non déclarées.

Mais la production informelles ce sont aussi des activités illégales par nature, comme l’ami d’un ami qui copie des logiciels et en écoule des versions pirates ; le dealer qui vend de la drogue ; le fabriquant de produits textiles qui propose des griffes en contrefaçon.

À noter que les activités clandestines et activités illégales sont pénalement répréhensibles et que les activités illégales sont, par définition, toujours clandestines. Eh oui, imaginez un peu ce qui va arriver aux fabricants de faux sacs Vitton qui s’empresse de déclarer aux impôts qu’il a un chiffre d’affaires de 100 000 euros de sacs en contrefaçon.

Pourtant, indépendamment du jugement moral que l’on peut porter sur les activités informelles, celles-ci correspondent à des besoins donc possèdent une valeur aux yeux de ceux qui les consomment. À ce titre elles font partie des richesses produites même s’ils ne sont pas recensables.

Ainsi un impôt 0 pour celle qui fabrique des bijoux à domicile aboutirait au recensement de son activité et à une hausse du PIB, on remarque d’ailleurs que les mesures favorisant le statut d’auto-entrepreneur favorise la déclaration de richesses créées, mais que les allègements fiscaux disparaissent et c’est la production informelle qui augmente.

2. Effets de la production informelle sur le PIB

La production informelle issue des activités non déclarées et illégales, on parle aussi d’économie souterraine, n’apparaît pas dans la création de richesse du pays. Cela conduit à sous-estimer la production de certains pays ou de certaines régions comme par exemple celle du sud de l’Italie ou encore la Grèce, considérant les oublis de déclaration de richesses qui ont battu des records dans ce pays.

En fait la déclaration d’une partie de la production réalisée a tout simplement été omise afin de limiter les impôts et taxes à payer et cela se vérifie dans les faits. Ainsi le PIB de la Russie a remonté avec l’instauration d’une taxation plus simple et moins écrasante, ce n’est pas dû au fait que la production ait explosé du jour au lendemain, mais au fait que la production non déclarée ait baissé.

B. La production domestique

Comme nous l’avons vu, le prix de marché sert à estimer la valeur de la production. De même qu’il est difficile d’estimer la valeur de la production non-marchande, il ne sera pas facile non plus d’estimer la valeur de la production produite et consommée par le producteur que l’on appelle aussi production domestique. Bien que cette production soit la plupart du temps le fait des ménages, donc de personnes privées à la différence d’une production non-marchande, elle ne sera pas non plus cédée sur un marché.

Il en va ainsi des carottes cultivées dans le jardin pour être mangées par le cultivateur du dimanche et sa famille, sa production comptera pour rien dans le PIB alors que s’il avait acheté ses carottes au marché, la valeur ajoutée du  maraîcher qui les lui aurait vendu serait tombée dans les chiffres de la production intérieure.

Anormal peut-être, puisque l’autoconsommation de carottes n’enlève rien au fait que ces carottes aient été produites.

Mais l’exemple le plus amusant des effets de la production privée non vendue sur le PIB concerne le mariage d’un particulier avec sa domestique. Avant le mariage, la domestique dûment déclarée aux services sociaux et fiscaux, participe à l’accroissement du PIB par sa prestation de service marchand, après le mariage c’en est fini car les tâches ménagères ne feront plus l’objet de prestations marchandes. Évidemment il est aussi toujours possible que l’ex-domestique force son nouveau mari à faire la vaisselle, mais cela ne nous regarde pas.

Cependant ces cas de production privée non rémunérée sont marginaux dans les pays développés et leur recensement pose problème à moins d’obliger chacun à déclarer ce qu’il cultive ou de vérifier si l’ancienne bonne fait toujours le ménage.

Pour les pays en développement par contre la production domestique est importante. La production de l’agriculture vivrière n’est pas recensée alors qu’elle assure le moyen de subsistance d’une partie encore importante de la population.

C. Le bénévolat

La production non rémunérée ne peut être recensée dans le PIB. Le travail bénévole, qui, hors association, est souvent suspecté d’être du travail au noir, ne compte donc pas pourtant il génère bien une valeur mais elle est difficile à estimer.

II. Mais maintenant on compte aussi :

Le problème étant que les statistique doivent être harmonisées au seins de l’Union Européenne. Or en Europe ce qui est illégal dans un pays ne l’est pas forcément dans l’autre.

A. La production informelle

Pour l’institut statistique européen Eurostat, il convient donc de comptabiliser dans chaque pays de l’Union européenne les activités de prostitution et le commerce de la drogue dans le calcul du PIB. Eurostat impose en effet que toutes les transactions commerciales librement consenties, légales ou non, soient comptabilisées dans le PIB.

Ainsi le PIB de l’Espagne a, d’un coup de baguette statistique, augmenté de 9 % pour l’année 2010 avec la prise en compte de ces activités.

L’INSEE pour la France a refusé d’appliquer cette nouvelle comptabilisation en considérant que de telles activtés ne sont pas librement consenties, reconnaissant que certes la prostitution est partiellement comptabilisée car les prostituées sont censées déclarer leur revenu, mais qu’il n’est pas question d’intégrer le proxénétisme ou le trafic de drogue.

B. La production domestique

jardinIl était convenu que toute production aux fins de satisfaire ses propres besoins sans passer par le marché ne pouvait figurer dans le PIB faute de pouvoir estimer un montant facturé : on ne peut se facturer à soi-même.

Cependant les statisticiens de l’INSEE pratiquent des exceptions puisqu’ils comptabilisent tout de même une production non vendue et autoconsommée : celle des jardins ouvriers.

Dans la même logique mais avec un raisonnement un peu tordu l’INSEE nous considère tous comme des locataires réels ou fictifs. Il est évidemment normal  que les services d’hébergement soient comptabilisés, ainsi un propriétaire louant son appartement est un prestataire de service marchand. Mais le fait pour un propriétaire d’habiter son propre logement correspond à une prestation de service qu’il se fait à lui-même, le PIB enregistrera donc pour chaque propriétaire résidant chez lui un loyer fictif correspondant à ce qu’il aurait perçu en tant que bailleur. Tu aurais loué l’appartementque tu occupes 600 euros par mois si tu étais locataire, mais tu es propriétaire  ? Alors on va rajouter la somme au PIB !

On peut conclure de tout cela que le PIB n’est pas le meilleur des indicateurs pour  exprimer le bien-être dans une société, tout cela parce qu’il a subi de multiples transformation de son mode de calcul.

Il pourrait d’ailleurs en subir bien d’autres, puisque certains  veulent exclure du PIB la valeur ajoutée généré par des produits polluants. C’est là un argument souvent développé par les partisans de la croissance 0 et du développement durable, nous aurons l’occasion d’en reparler dans le chapitre consacré aux relations entre l’économie et l’environnement.

Mais nous ne pouvons que constater que la réponse aux défis écologiques passe par le développement économique et le progrès technologique. Ainsi si la croissance du PIB s’accompagne de pollutions, elle créé également un marché pour la dépollution qui à son tour vient alimenter le PIB.

Ce qui pourrait le mieux traduite les richesses créées c’est la valeur ajoutée marchande. Ceci précisé le PIB reste tout de même le « moins pire » des indicateurs.

Le PIB, un indicateur critiqué

24 Jan

 

Gregory Mankiw

Gregory Mankiw

Le PIB mesure à la fois le revenu total de l’économie et la dépense totale en biens et services. Le PIB par tête nous indique donc le revenu et la dépense du Français moyen. Chacun préférant gagner plus et dépenser plus, le PIB par habitant semble donc être une mesure naturelle du bien-être économique individuel de l’individu moyen.

Néanmoins, tout le monde n’est pas d’accord sur ce point. En 1968, alors qu’il était candidat à l’élection présidentielle, le sénateur américain Robert Kennedy s’exprimait ainsi :

« [Le PIB] ne reflète pas la santé de nos enfants, la qualité de leur éducation ou le plaisir de leurs jeux. Il n’inclut pas la beauté de notre poésie, la force de nos mariages, l’intelligence du débat public ou la probité de nos fonctionnaires. Il ne mesure pas notre courage, ni notre sagesse, ni notre dévotion à notre pays. En fait, il mesure tout sauf ce qui fait que la vie vaut d’être vécue, et nous dit tout sur l’Amérique, sauf pourquoi nous sommes fiers d’être Américains.» 

Robert Kennedy a raison. Pourquoi attache-t-on alors autant d’importance au PIB ?

Parce qu’un PIB important nous permet de vivre mieux. Certes, le PIB ne mesure pas la santé de nos enfants, mais les pays à PIB élevé ont les moyens d’assurer des prestations médicales de qualité pour les enfants. Le PIB ne mesure pas la qualité de l’éducation dispensée aux jeunes, mais les pays à PIB élevé sont dotés de systèmes éducatifs de meilleure qualité. Le PIB ne mesure pas la beauté de la poésie, mais les pays à PIB élevé peuvent se permettre d’apprendre à lire à davantage de gens et leur offre donc la possibilité d’apprécier la poésie. En résumé, le PIB ne mesure pas directement ces choses qui font que la vie vaut d’être vécue, mais il mesure notre capacité à produire ce qui rend la vie agréable.

Le PIB n’est donc certainement pas une mesure parfaite du bien-être. Des choses essentielles ne sont pas prises en compte dans le PIB. Les loisirs, par exemple. Si tout le monde travaillait sept jours par semaine, au lieu de cinq aujourd’hui, la production de biens et de services serait nettement supérieure, et le PIB bien plus élevé. Mais la perte du week-end et de ses possibilités de loisirs ne serait certainement pas une bonne chose en termes de qualité de vie.

Autre exemple d’élément qui n’entre pas dans le calcul du PIB, la qualité de l’environnement. Si le gouvernement éliminait toute la réglementation antipollution, les entreprises entreprises pourraient produire davantage sans se préoccuper de la pollution qu’elles génèrent. Le PIB augmenterait donc, mais le bien-être social pourrait bien décliner.

Et comme le PIB valorise les biens et services à l’aide des prix de marché, il exclut par construction toutes les activités qui s’exercent en dehors des marchés. L’éducation des enfants par exemple contribue de toute évidence au bien-être social, mais n’est pourtant pas reflétée par le PIB. Si les parents décidaient de travailler moins afin de consacrer davantage de temps à leurs enfants, la production de biens et services diminuerait et le PIB déclinerait, une diminution qui ne signifierait pas nécessairement une détérioration des conditions de vie.

Par conséquent, on pourra conclure que le PIB est un indicateur correct du bien-être social, dans la plupart des cas, même s’il est important de se souvenir de ce qu’il prend en compte et de ce qu’il ignore.

Gregory MANKIW, Principes de l’économie, Economica, 1998

On peut aussi reprendre une démonstration habituellement utilisée pour critiquer la notion du PIB :

Supposons que votre professeur d’économie, après un repas un peu trop arrosé, prenne son véhicule pour se rendre au lycée. Sous l’effet de l’ivresse il percute un pilône électrique et perd connaissance.

Un tel évènement est certes regrettable, il aurait mieux valu qu’il n’advienne pas, mais il va contribuer à augmenter le PIB.

Ainsi suite à l’accident un véhicule du SMUR viendra transporter le professeur blessé dans un service hospitalier. Les policiers pourront demander un alcootest sanguin qui révèlera l’état du conducteur et conduira à un retrait de permis. Le véhicule hors d’usage sera pris en charge par un casseur et le pilône électrique sera remis en état par les services du conseil général. Transféré dans une clinique pour une rééducation de la hanche, le professeur fera intervenir sa mutuelle et enfin il devra repasser son permis de conduire et se racheter un nouveau véhicule.

Cette triste affaire a permis d’augmenter le PIB en créant de nouvelles valeurs ajoutées d’abord pour les services hospitaliers et la clinique, pour le casseur, pour le fabricant d’appareils d’éclairage urbain, pour l’auto-école et le concessionnaire automobile.

Maintenant imaginons que le même accident ait eu lieu dans un pays très pauvre comme la Mauritanie, le conducteur a fait une sortie de route et son véhicule s’est retourné. L’absence de véritables services de secours a fait qu’il a été pris en charge par des particuliers, malheureusement il est décédé avant d’atteindre le premier hôpital, fin de l’histoire. L’accident n’a pas permis d’augmenter le PIB car la victime est morte.

Que peut-on conclure de cette démonstration ?

La production non marchande a-t-elle de la valeur ?

23 Jan

 

nice peopleL’hôpital avant la télé-réalité ?

Le numéro de juin 2003 d’Alternatives Economiques, sous la plume de Denis Clerc s’est intéressé à la réforme du RMI et plus particulièrement à la création du Revenu Minimum d’Activité qui permettrait d’aider des emplois non seulement dans le secteur non marchand – comme c’était le cas pour les contrats emploi-solidarité – mais aussi dans le secteur marchand. Là dessus il précise vite pour ceux qui auraient pu le croire « qu’il ne s’agit pas pour autant d’affirmer, comme le font les libéraux, que ce seront donc de «vrais » emplois, alors que les CES seraient de « faux » emplois : comme si les besoins qui poussent les gens à aller à l’hôpital public ou dans une association de lutte contre les violences conjugales étaient moins importants et fondamentaux que ceux qui les poussent à aller acheter des grilles de PMU ou à s’abonner à la diffusion en continu de Nice People ! (émission de télé-réalité) »

On peut synthétiser cette indignation par une profession de foi : « Il est faux de considérer que les emplois publics seraient inutiles, en réalité on peut estimer que les besoins satisfaits par l’hospitalisation publique sont plus importants que ceux liés à l’abonnement à une chaîne de diffusion en continu de Nice People. »

L’utilité, une notion subjective et quantifiable

À cela un de mes élèves répond : « L’auteur de l’article juge en fonction de ce qu’il considère lui comme utile, il considère que ses besoins à lui doivent être les besoins de tous, c’est un dictateur et je ne permettrai jamais plus à personne de juger de ce que je trouve utile ». Ca c’est le cri du cœur, mais il a bien compris que les besoins sont subjectifs et l’utilité que nous ressentons à utiliser ce qui satisfait nos besoin est donc tout aussi subjective. En conséquence dire que ceci est plus utile que cela correspond à une analyse de ses besoins personnels, analyse pas forcément transposable au reste de l’humanité, même si l’on peut supposer qu’elle le soit dans le cas cité.

Mais la critique étudiante est poussée plus loin : « En plus le problème est très mal posé, si j’étais gravement malade je préfèrerais consacrer mon budget à me soigner plutôt qu’à regarder Nice People, je pense que ce serait pareil pour tout le monde. Mais alors dans ce cas on verrait facilement ce qui est considéré comme le plus utile au niveau d’un ensemble de personnes tout ça grâce au système des prix.  » . Bien raisonné, le système des prix permet de confronter des besoins différents lors d’un échange, effectivement lorsque le besoin que nous ressentons pour un bien ou un service est supérieur à son prix, nous choisissons de l’acquérir. Mais pour l’acquérir faut il encore que quelqu’un nous le propose et pour que ceci arrive, il faut que le prix obtenu de ce bien ou service soit supérieur à l’utilité ressentie pour ce bien par son offreur. Le prix se fixe donc à un niveau médian entre des besoins subjectifs tous différents.

Qu’elle est l’utilité de la production non marchandes ?

Mais mon élève continue sa démonstration : « Le problème des services publics c’est qu’ils sont décidés en dehors des besoins véritablement exprimés par la population mais en fonction des intérêts de groupes organisés qui n’en sont pas forcément consommateurs. En fait les services non marchands sont ressentis comme gratuits puisque ceux qui en paient le prix n’ont pas le choix de ne pas payer. Ces services non marchands pourront être consommés sans limitation sauf contrôle administratif ou files d’attente, ils seront donc proposés et créeront des emplois publics toujours plus nombreux, maintenant ce qu’on sait seulement est que leur utilité est supérieure à 0, mais quand on sait ce que ça nous coûte en impôts et taxes, je dirais que globalement c’est désutile. Enfin pour moi. »

La vrai question est donc la suivante : comment juger de l’utilité en dehors d’un marché libre ? Et partant comment déterminer la valeur créé par la production non marchande ?

C’est bien la le problème, quelle est la valeur c’est-à-dire la satisfaction issue de la prestation d’un service non marchand ?

gaspipublicÀ cette question bien malin qui répondra. C’est encore dans le magazine « Alternatives Economiques » que Jacques Généreux pose ainsi le problème : « Un gouvernement à la recherche d’un État plus efficace se demanderait si chaque euro dépensé peut, ou non, être plus utilement affecté à un autre emploi public. » Ici il n’est pas question de dépenser moins mais à la rigueur de dépenser autrement, certaines dépenses publiques peuvent donc être moins utiles que d’autres ? D’accord avec le syndicaliste lambda je dirais que cela n’a aucun sens, alors que ce dernier dirait que ce qui est utile c’est ce pourquoi il est payé, j’avancerais qu’il est impossible de mesurer l’utilité d’une dépense publique dans la mesure où l’utilité ne se révèle que par des choix individuels réalisés par ceux qui paient le prix desdits choix. A coût égal l’employé de la voirie est-il plus utile que celui de la piscine municipale ?

La production non marchande augmente-t-elle artificiellement le PIB ?

Les services non marchands peuvent être utilisés aussi longtemps que leur utilité est supérieure au coût d’opportunité de leur consommation auquel on peut ajouter la participation éventuellement demandée pour en jouir. Il en découle évidemment une surconsommation qui d’apparence légitime le rôle desdits services. Cependant un service non marchand s’il se révèle correspondre véritablement à des besoins fondamentaux et pas forcément vitaux d’ailleurs, n’a plus besoin de rester service non marchand. Les acteurs de ce service trouveront alors la juste rémunération de leur utilité à travers un prix de marché qui éteindra toute pénurie ou surproduction.

Questions :

Chaque euro dépensé par l’Etat ne serait pas plus utilement rendu aux entreprises et aux contribuables pour qu’ils en fassent l’usage de leur choix. »
Si oui, cela permettrait-il alors d’augmenter le Produit Intérieur ?

Non
Considérer que la production non marchande augmente de façon artificielle le PIB revient-il à remettre en cause l’action de l’Etat dans la société ?
Non, les fonctions régaliennes de l’Etat, la notion de biens publics et d’externalités mis en avant pour justifier le rôle actuel de l’Etat sont un autre problème, que ces fonctions soient légitimes ou non leur prestation par l’Etat ne créé pas une valeur estimable par un indicateur de croissance.
Pourrait-on trouver un moyen d’estimer la valeur relative des services non marchands ?
On pourrait tenter de déterminer la valeur de telle ou telle production non marchande, mais on se heurte à la non-révalation volontaire des choix individuels (cavalier libre) et au paradoxe d’Arrow.
L’augmentation du PIB traduit-il un augmentation du pouvoir d’achat ?
L’augmentation du poids des services non marchands se traduit par des prélèvements obligatoires plus importants. Dans un pays comme la France où la moitié des richesses sont prélevées par l’Etat, la croissance du PIB reflète en partie la croissance des fonctions de l’Etat dans l’économie, ce qui ne coïncide pas nécessairement avec une augmentation du pouvoir d’achat.

Un agrégat de la création de richesses ne peut qu’additionner des valeurs créées

L’économiste Murray Rothbard tient compte du problème de comptabilisation de la production non marchande dans le PIB.

Afin de déterminer un agrégat additionnant vraiment les valeurs créées, il définit deux agrégats :

    La Produit National Privé (PNP) défini comme le Produit National Brut (PNB) dont l’on retire les production issue de l’Etat et des entreprises publiques. Mais dans la mesure où les entreprises publiques vendent leur production sur un marché, il semble plus judicieux de ne déduire que la part subventionnée de leur production.

    Le Produit Privé restant aux Producteurs (PPP) est calculé en déduisant du PNB les revenus de transfert ainsi que les dépenses publiques. Effectivement ces postes sont déduits car ils sont versés aux non-producteurs, ils représentent une ponction sur les richesses créées. Mais là encore on pourrait considérer que déduire les revenus de transferts et les dépenses de l’Etat revient, en partie, à déduire deux fois la même chose. A cela Rothbard répond par un exemple. Supposons une économie simplifiée dans laquelle les agriculteurs produisent 1 000 boisseaux de blé, l’Etat en prélèvera 200 sous forme de taxes afin de subventionner des productions non marchandes. Le PNB serait alors de 1 200 boisseaux de blé, le PNP de 1 000 boisseaux et le PPP de 800 boisseaux. 800 boisseaux seulement car il s’agit de ce qui resterait entre les mains des producteurs après impôts.

leclercL’utilisation de ces nouveaux agrégats concernant l’économie américaine (une économie dans laquelle l’intervention de l’Etat est bien moindre qu’en France) nous montre qu’alors que le PNB a crû au rythme moyen de 3,5 % par an entre 1947 et 1983, le PNP n’a augmenté que de 2,4 % par an. Cet écart se creuse lorsque l’on considère la période 1973-1983, en effet la hausse du PNB est de 2,8 % contre seulement 1 % pour le PNP, on constate même que sur la période 1978-1983 le PNB continue à augmenter alors que le PNP baisse de 0,4 % par an. Si l’on transpose à la situation française, on se rend compte que les écarts sont encore plus importants attendu la place prépondérante prise par l’Etat dans l’économie, ceci expliquerait que la faible augmentation du PNB s’accompagne d’une baisse du pouvoir d’achat de la population puisque la valeur ajoutée créé par le secteur marchand n’augmente plus… (voir la publicité d’Edouard Leclerc)

En effet le meilleur indicateur de l’augmentation du niveau de vie serait alors le PPP que l’on divise par le nombre de producteurs marchands, ce qui implique que l’on ne tienne pas compte des producteurs non marchands tels que les fonctionnaires. Des travaux statistiques montrent qu’à partir de 1966 l’augmentation du PPP par producteur aux Etats-Unis n’augmente plus, qu’il stagne voire régresse puisqu’il est le même en 1964 et en 1983.

Mais la principale critique à faire aux indicateurs de Murray Rothbard est le refus de prendre en considération la valeur générée par la production non marchande. Les fonctions régaliennes de l’Etat : armée, justice et police ont une utilité, il est très difficile d’estimer leur valeur mais celle-ci ne peut être rendue égale à zéro. La non-excluabilité de ces services non-marchands en ferait des biens collectifs, c’est-à-dire des biens pour lesquels les bénéficiaires ne révèlent pas spontanément la valeur qu’ils leur attribuent puisqu’ils espèrent en bénéficier en laissant les autres payer ces services à leur place, on parle là de cavaliers libres.

 Même en supposant le caractère de biens collectifs de certains services non-marchands, leur inclusion dans le PNB pose véritablement problème dans la mesure où ces services procurent rarement une utilité directe à leurs usagers, il s’agit en effet le plus souvent de consommations intermédiaires ce qui est évident pour la défense. Or le PNB est défini comme la somme des valeurs ajoutés, il exclut donc les consommations intermédiaires. En conséquence, exclure les services non marchands du PNB ne revient pas à leur dénier toute utilité, il s’agit seulement d’une rigueur comptable.

D’un autre côté, nombreux sont ceux qui jugent certains services non marchands inutiles même s’ils ne s’accordent pas sur ceux qui le seraient. Lipset et Schneider citent un sondage auprès des contribuables révélant que ceux-ci considèrent que 48 % des prélèvements obligatoires auxquels ils sont soumis sont gaspillés (1). David Boaz a estimé qu’une part des dépenses publiques ne servent à personne sauf aux intérêts particuliers qui ont fait pression pour en bénéficier directement (2). La Commission Grace s’est penchée sur l’efficacité des dépenses publiques et leur intérêt, elle a déduit de son enquête que le tiers des dépenses était « dilapidée en gaspillages » (3).

D’après Robert BATEMARCO, Review of Austrian Economics

Questions : 

1. Expliquez en quoi la production non marchande peut être en grande partie assimilée à des consommations intermédiaires, indiquez-en des exemples.

2. Comment le PNB par habitant peut-il croître alors que le pouvoir d’achat des ménages stagne ?

3. Rappeler ce que sont les biens collectifs, les cavaliers libres, les dépenses publiques sont-elles à classer dans les financement des biens collectifs ?

4. Pourquoi utilisera-t-on de préférence le PNP au PNB en tant qu’indicateur de croissance économique ?

(1) Lipset et Schneider, The Confidence Gap (New York, Free Press, 1983).

(2) David Boaz, How to Really Cut the Budget, Inquiry, 12 avril 1982.

(3) Peter Grace, War on Waste : President’s Private Sector Survey on Cost Control (New York : Macmillan, 1984).